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Suivez-nous sur GoogleL'amorce d'une crise bien avant les premiers bruits de bottes
Il serait erroné de croire que l'explosion des factures de gaz a débuté avec l'entrée des chars en territoire ukrainien. Dès le premier semestre 2021, les signaux d'alerte se multipliaient sur les places boursières. Les experts du secteur observaient alors une reprise économique mondiale post-Covid extrêmement vigoureuse, venant buter sur des stocks européens historiquement bas. Entre janvier et septembre 2021, le prix du kilowattheure est passé de 0,0513 € à 0,0754 €, une progression de près de 47 % en seulement neuf mois.
Face à cette surchauffe, les autorités françaises avaient dû réagir dans l'urgence. Dès l'automne 2021, le gouvernement officialisait le "gel" du tarif réglementé de vente (TRV) pour protéger les foyers d'une courbe qui devenait verticale. À cette époque, le kilowattheure était "bloqué" à 0,0873 €, un niveau qui n'avait jamais été atteint dans l'histoire du pays.
De la pression russe à l'invasion : le gaz comme levier de force
La fin de l'année 2021 a été marquée par une stratégie de pression de plus en plus visible de la part de Gazprom. Dès décembre 2021, alors que les troupes s'amassaient aux frontières, les livraisons russes commençaient à chuter de manière anormale sur les gazoducs Yamal-Europe. Ce resserrement délibéré visait à empêcher le remplissage optimal des stocks européens avant l'hiver. Le dossier du gazoduc Nord Stream 2 a aussi joué un rôle de catalyseur majeur dans l'affolement des marchés mondiaux, avec la suspension par l'Allemagne du processus de certification de cet ouvrage stratégique reliant directement la Russie à l'Europe, dans le but de pousser les Russes à calmer le jeu. Sans succès.
Le 21 décembre 2021, les cours sur le marché de gros TTF franchissaient pour la première fois la barre symbolique des 180 € le MWh, soit environ dix fois le prix moyen des années précédentes.
L'invasion de l'Ukraine le 24 février 2022 a transformé cette tension en panique généralisée. Au printemps 2022, l'exigence russe d'un paiement en roubles pour les contrats de gaz avait entraîné des coupures sèches vers la Pologne et la Bulgarie. L'été 2022 a ensuite été celui de tous les records : entre juin et août, la réduction drastique des flux via Nord Stream 1, suivie de son arrêt total en septembre avec l'explosion spectaculaire des gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, ont scellé le divorce énergétique entre la Russie et l'Europe.
En pulvérisant les infrastructures sous-marines, l'explosion a entériné la fin du gaz russe bon marché acheminé par pipeline. Depuis, l'Europe a opéré un changement structurel et a décidé d'opter pour des importations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) américain et qatari, toutefois bien plus onéreux.
2022-2026 : le plateau de haute altitude et l'explosion des coûts fixes
Si pendant un temps, le consommateur français a été épargné par le bouclier tarifaire, la valeur réelle de l'énergie, elle, avait déjà basculé dans un autre monde.
Le retrait progressif des aides étatiques à partir de 2023 a révélé la réalité d'un marché qui ne reviendrait pas à son état initial. En janvier 2023, la fin du gel total s'est traduite par une hausse mécanique de 15 % du tarif, portant le kWh à 0,1035 €. Quatre ans après le début du conflit, le prix de référence de février 2026 stagne à 0,09982 €.
| Période | Prix du kWh | Abonnement annuel |
|---|---|---|
| Janvier 2021 | 0,0513 € | 248,72 € |
| Octobre 2021 (Gel TRV) | 0,0873 € | 249,76 € |
| Janvier 2023 | 0,1035 € | 249,86 € |
| Février 2026 (Actuel) | 0,09982 € | 343,90 € |
Pour un ménage moyen chauffé au gaz naturel.