stock de gaz naturel en France

ATS gaz : Coût du stockage du gaz en France en 2026

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L'Accès des Tiers aux Stockages est le tarif régulé qui permet de financer les infrastructures de stockage du gaz naturel en France. La majeure partie du gaz utilisé par les Français est importée puis stockée dans des réserves réparties tout au long du réseau national. Les frais de stockage pour un foyer moyen chauffé au gaz peuvent représenter un montant annuel allant de 34 € à 69 €, au Prix repère du gaz actuel.

Montant de l'ATS 3 en 2026

L'ATS 3 est le cadre tarifaire pluriannuel du stockage souterrain de gaz naturel en France pour la période 2024 – 2027. La Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) fixe une trajectoire de revenus autorisés sur quatre ans, puis procède à des mises à jour annuelles (au 1er avril, en cohérence avec la saison gazière et les calendriers de commercialisation des capacités).

L'ATS est payé par tous les consommateurs. Il est intégré dans le prix du kWh de gaz facturé par le fournisseur.

Concrètement, l'ATS 3 agrège trois familles de coûts :

  • les charges nettes d'exploitation (personnel, maintenance, énergie, consommables, prestations, sûreté) ;
  • les charges de capital (rémunération des actifs régulés, amortissements, coût du financement), et un volet investissements qui vient préparer la sécurité et l'adaptation du système ;
  • les mécanismes incitatifs (qualité de service, maîtrise des budgets, performance des enchères, trajectoire de R&D) et l'apurement du Compte de Régularisation des Charges et Produits (CRCP), qui corrige a posteriori les écarts entre prévisions et réalité.

La structure de tarification repose sur le fait que le stockage finance une flexibilité saisonnière, donc il pèse davantage sur les profils qui sollicitent cette flexibilité, c'est-à-dire les logements chauffés au gaz qui consomment surtout et beaucoup quand il fait froid.

Ainsi par exemple :

  • Pour un foyer qui ne se chauffe pas au gaz mais l'utilise pour cuisiner ou produire son eau chaude sanitaire, l'ATS coûte en moyenne 0,00198 €/kWh, mais suit une fourchette pouvant aller de 0,00131 € à 0,00242 € par kilowattheure. Avec une consommation annuelle de référence de 3075 kWh, cela représente entre 4 € et 7,4 € par an sur la facture TTC au Prix repère du gaz actuel.
  • Pour un foyer qui se chauffe au gaz, l'ATS coûte en moyenne 0,00519 €/kWh et peut aller de 0,00316 € à 0,00638 € par kilowattheure. Pour une consommation annuelle de référence de 10882 kWh, cela équivaut à entre 34,4 € et 69,4 € par an sur la facture TTC au Prix repère actuel.
Montants de l'ATS valables en janvier 2026 pour 6 profils types selon leurs usages
Usage du gaz Minimum Moyen Maximum
Cuisson / eau chaude 1,31 €/MWh 1,98 €/MWh 2,42 €/MWh
Chauffage 3,16 €/MWh 5,19 €/MWh 6,38 €/MWh

L'ATS est facturé en plus de l'Accès des Tiers aux réseaux de transport et de distribution.

Que finance l'ATS 3 sur la période 2024 – 2027 ?

Le gaz est principalement consommé durant l'automne et l'hiver, lorsque les températures chutent. Sans stockage, il faudrait surdimensionner les importations, les terminaux méthaniers et les interconnexions pour quelques dizaines de jours par an, ce qui coûterait encore plus cher. Le stockage permet d'injecter du gaz quand il est disponible (et souvent moins cher) au printemps et en été, puis le soutirer rapidement lors des pointes hivernales, quand la demande explose.

L'ATS finance à la fois un service et des biens très concrets : des puits d'injection et de soutirage, des compresseurs, des installations de traitement et de mesure, des systèmes de contrôle-commande, des opérations de maintenance lourde, des dispositifs de sûreté et de cybersécurité, et des programmes d'investissement qui évitent le vieillissement accéléré d'actifs parfois anciens.

La logique régulatrice de l'ATS combine un revenu et des mécanismes incitatifs qui récompensent ou pénalisent la performance. Elle entend d'un côté, assurer que ces sites nécessaires à la sécurité d'approvisionnement restent disponibles et remplissables ; de l'autre, éviter qu'un monopole naturel ne gonfle ses coûts aux dépens du consommateur.

Comment la CRE détermine-t-elle les tarifs de l'ATS ?

La CRE détermine l'ATS en raisonnant d'abord en « revenu autorisé » pour les opérateurs, puis en « terme tarifaire » qui permet de collecter ce revenu auprès des utilisateurs. Ce sont les fournisseurs de gaz qui collectent l'ATS au travers des factures de gaz puis le reversent aux gestionnaires du réseau de transport, NaTran et Teréga. Ces gestionnaires répercutent ensuite les sommes vers les opérateurs de stockage (Storengy, Teréga et Géométhane) selon les règles prévues par la régulation.

Le revenu autorisé s'appuie sur des trajectoires pluriannuelles de charges (exploitation, capital, investissements) définies dans la décision cadre, puis ajustées chaque année selon une méthode publiée : indexation à l'inflation (réelle vs prévisionnelle), apurement du CRCP (pour régulariser les écarts), et prise en compte d'éléments de performance (bonus/malus) lorsque la régulation incitative s'applique.

En 2026, la CRE a proposé un revenu autorisé mis à jour à 862,1 M€, en intégrant en plus des enveloppes dédiées aux obligations du règlement méthane (charges d'exploitation additionnelles sur quatre ans, investissements prévisionnels et couverture via CRCP).

Investissements nécessaires

L'ATS finance des investissements de maintien (renouvellement, mise en conformité, maintenance préventive lourde) autant que des investissements d'adaptation (cybersécurité, réduction des émissions, compatibilité avec des gaz de composition différente, capacité de modulation).

Le stockage de gaz repose sur des actifs longs, chers, et soumis à des contraintes de sécurité très strictes : têtes de puits, tubages, systèmes de compression, traitements, instrumentation, contrôle-commande, intégrité des cavités, et parfois raccordements à renforcer. Même si la France consomme de moins en moins de gaz, ces actifs doivent être maintenus parce que la sécurité d'approvisionnement se joue sur les pointes, pas sur la moyenne annuelle.

Qualité de service, sécurité et continuité d'acheminement

Le stockage n'est utile que s'il est disponible quand le système en a besoin, c'est-à-dire lors des séquences de froid ou des aléas d'approvisionnement. Il sert à éviter des risques coûteux (pannes, indisponibilités en hiver, incidents de sûreté) pour les ménages et les entreprises.

Transition énergétique

Si d'un côté, la consommation de gaz recule en France sous l'effet des prix, de la sobriété, de l'électrification et d'une production électrique moins dépendante du gaz ; de l'autre, le système gazier doit se transformer pour accueillir des molécules moins carbonées. Cela change la nature même des dépenses à financer.

D'abord, la montée du biométhane multiplie les points d'injection et impose de mieux gérer la qualité du gaz (impuretés, teneurs variables) et les flux. Ensuite, l'hydrogène et les mélanges H2/CH4 posent des questions de matériaux, d'étanchéité, de compatibilité des équipements et de sécurité. Enfin, l'exigence environnementale devient un poste tangible : la réduction des émissions de méthane se traduit désormais par des campagnes de détection, des capteurs, des procédures, des réparations rapides, et des investissements dédiés, explicitement pris en compte dans les dernières mises à jour du cadre ATS 3.

Maîtrise des coûts

La CRE fixe des trajectoires de dépenses pluriannuelles et introduit des mécanismes incitatifs pour que les opérateurs aient intérêt à faire mieux que ces trajectoires. Les gains de productivité peuvent être conservés en partie par l'exploitant, tandis que les dérives injustifiées restent à sa charge.

  • Les grands projets d'investissement sont encadrés par des budgets-cibles assortis de primes ou de pénalités si les coûts s'écartent d'un couloir prédéfini.
  • Chaque année, le compte de régularisation des charges et produits (CRCP) corrige les hypothèses trop optimistes ou trop pessimistes, notamment sur les postes volatils comme l'énergie. L'utilisateur n'est donc pas censé payer durablement pour une prévision erronée, et les aléas conjoncturels ne se transforment pas en rente.
  • À cela s'ajoute un contrôle direct de la CRE, qui audite, questionne et peut réduire des demandes jugées surestimées en matière de personnel, de maintenance ou de prestations externes. Une incitation à la qualité de service complète le dispositif afin que la recherche d'économies ne se fasse jamais au détriment de la disponibilité des stockages.
  • Enfin, la régulation encourage la performance commerciale : des bonus liés aux enchères de capacités poussent les opérateurs à proposer des produits attractifs et des calendriers lisibles pour maximiser le remplissage des sites, condition première de la sécurité d'approvisionnement hivernale.

Comment les enchères de capacités de stockage affectent-elles les tarifs finaux pour les consommateurs ?

Les capacités de stockage sont commercialisées par enchères, avec une logique très concrète : vendre des droits d'injection et de soutirage pour la saison gazière à des expéditeurs/fournisseurs, afin d'assurer le remplissage et la disponibilité en hiver. Les recettes d'enchères viennent en déduction du besoin de compensation tarifaire, c'est-à-dire qu'elles réduisent ce que le tarif doit collecter auprès de l'ensemble des utilisateurs pour atteindre le revenu autorisé.

Autrement dit, plus les enchères rapportent (toutes choses égales par ailleurs), moins il y a à prélever via le mécanisme tarifaire, donc moins la pression est forte sur la facture. À l'inverse, si la demande de stockage est faible (par exemple si les spreads été/hiver se resserrent, si la consommation baisse, ou si les acteurs anticipent un hiver doux), les recettes d'enchères peuvent diminuer et la compensation remonte.

Qui sont les opérateurs de stockage en France ?

Teréga, Storengy et Géométhane sont les trois opérateurs de stockage souterrain en France.

Au-delà de la gestion de sites, ils assurent la disponibilité de capacités d'injection et de soutirage, maintiennent l'intégrité des ouvrages, coordonnent l'exploitation avec les gestionnaires de transport.

Opérateurs de stockage gaz naturel en France

Le stockage souterrain est un monopole naturel : on ne construit pas facilement un site concurrent à côté d'un aquifère ou d'une cavité saline existante, et l'utilité collective du stockage (sécurité d'approvisionnement) justifie une forme d'obligation de service. La régulation est nécessaire pour garantir aux opérateurs une couverture des coûts efficaces et une rémunération normale des capitaux investis, tout en contrôlant les trajectoires, et à intégrer des obligations nouvelles (par exemple environnementales).

Teréga

logo Teréga

Teréga est un acteur historique du Sud-Ouest, avec un rôle à la fois de transporteur et d'opérateur de stockage. Côté stockage, ses sites emblématiques (comme Lussagnet dans les Landes et Izaute dans le Gers) sont typiquement associés aux stockages aquifères, donc à la modulation saisonnière.

Storengy

logo Storengy

Storengy, filiale d'Engie, est le principal opérateur de stockage souterrain en France (environ 100 TWh) et l'un des leaders européens. En France, son portefeuille couvre à la fois des aquifères (grands volumes) et des cavités salines (forte réactivité), ce qui lui donne un rôle structurel dans l'équilibre national.

Les sites gérés par Storengy incluent notamment Chémery, Beynes, Étrez, Saint-Illiers-la-Ville, et d'autres sites répartis sur le territoire.

Stockage gaz Storengy

Géométhane

logo Géométhane

Géométhane, société conduite par Géostock, exploite le site de stockage souterrain de Manosque, qui est une cavité saline.

Les stocks de gaz en France en temps réel

Le stock en temps réel correspond au volume de gaz effectivement présent dans les stockages souterrains (gaz en stock), comparé à la capacité dite « utile » (working gas). En France, la capacité utile est de 133,4 TWh, soit un peu moins d'un tiers de la consommation annuelle nationale. Les réserves françaises permettent aussi un soutirage maximal de 2 196 GWh par jour.

Données à jour du 25/01/2026. Source : Terega et Storengy.

Au 25/01/2026, les stocks de gaz de la France sont remplis à 35,89%, soit 44714 GWh sur une capacité totale de 124600 GWh.

PITSRemplissageCapacitéTaux de remplissage
Storengy Centre15729 GWh45000 GWh34,95%
Storengy Sediane B2339 GWh6000 GWh38,98%
Storengy Serene4843 GWh15000 GWh32,29%
Storengy Sediane4043 GWh13500 GWh29,95%
Storengy Saline5466 GWh12000 GWh45,55%
Terega12294 GWh33100 GWh37,14%
Total44714 GWh124600 GWh35,89%

Données à jour du 25/01/2026. Source : Terega et Storengy.

En hiver, ces réserves peuvent couvrir une part majeure de la consommation, jusqu'à 51 % lors des périodes tendues, ce qui montre que le stockage est autant un outil économique (arbitrage saisonnier) qu'un outil de sûreté énergétique. Le stockage revêt une vraie fonction d'équilibrage entre l'offre et la demande de gaz en fonction des saisons.

A noter que la délivrabilité n'est pas une constante : elle varie selon la pression, la géologie et le niveau de remplissage. C'est précisément pour cela qu'un stock à 40 % n'a pas la même valeur opérationnelle qu'un stock à 90 % : en dessous de certains seuils, la capacité à sortir vite se réduit, et le système devient plus dépendant des importations instantanées. C'est aussi un indicateur de marché : une campagne d'injection estivale réussie se traduit souvent par un meilleur amortisseur face aux chocs de prix hivernaux, tandis qu'un remplissage en retard accroît la sensibilité du pays aux aléas géopolitiques, aux indisponibilités techniques et aux vagues de froid. D'où l'importance d'une commercialisation efficace des capacités, encadrée par la CRE, pour que le remplissage ne dépende pas uniquement de décisions opportunistes de court terme.

Comment stocke-t-on le gaz ?

Le stockage de gaz naturel en France est majoritairement souterrain, parce que c'est la solution la plus efficace en coût par kWh stocké, et la plus réaliste pour des volumes saisonniers. L'idée est de transformer des structures géologiques en réservoirs pressurisés, puis d'utiliser des puits et des équipements de surface pour injecter (comprimer et envoyer dans le sous-sol) et soutirer (laisser remonter sous pression et acheminer vers le réseau).

Deux grandes familles dominent : les aquifères et les cavités salines. Elles n'offrent pas le même service : les aquifères servent surtout la modulation saisonnière (beaucoup de volume, moins de réactivité), tandis que les cavités salines apportent une flexibilité rapide (injection/soutirage vite, volumes généralement plus limités).

  • Dans des structures géologiques aquifères : ce sont des formations poreuses initialement remplies d'eau, dans lesquelles on injecte du gaz sous pression pour remplacer une partie de l'eau, avec des cycles adaptés à la modulation saisonnière et des volumes importants pour sécuriser l'hiver.
  • Dans des cavités salines : ce sont des cavités créées par lessivage du sel, très étanches, permettant des injections et soutirages rapides, particulièrement utiles pour répondre aux pointes de consommation et aux aléas, même si les volumes unitaires sont souvent plus modestes.

À cela s'ajoutent des stockages en gisements déplétés (anciens gisements), et des stockages de GNL en cuves de terminaux.

Sites de stockage du gaz naturel en France

Le stockage souterrain a une empreinte environnementale principalement concentrée sur trois sujets : l'eau, les effluents, et les émissions fugitives de méthane. Pour les aquifères, l'enjeu est la maîtrise des interactions avec les formations aquifères : l'injection et le soutirage modifient les pressions et peuvent impliquer des mouvements d'eau, d'où l'importance des barrières géologiques (couches imperméables), de l'intégrité des puits (cimentation, tubages), et de la surveillance. Pour les cavités salines, l'impact le plus visible est la production de saumure lors du lessivage ou de certaines opérations, qui doit être gérée selon des règles strictes pour éviter tout impact sur les milieux aquatiques. Le troisième sujet, commun aux deux, est le méthane : même si le sous-sol est conçu pour être étanche, les émissions se produisent surtout en surface (vannes, joints, compresseurs, opérations de maintenance).

Évolution du coût et des orientations de l'ATS

Ce n'est que depuis 2018 que les revenus des opérateurs de stockage de gaz sont régulés par des mécanismes introduits par la loi (articles L. 421-3-1 à L. 421-10 et L. 452-1 du Code de l'énergie). Et depuis, les coûts ont nettement augmenté.

L'évolution du coût de l'ATS s'explique par une addition de facteurs structurels :

  • D'abord, les infrastructures vieillissent et nécessitent des programmes de rénovation et de maintenance plus lourds.
  • Ensuite, le contexte financier influence directement les charges de capital à couvrir, parce que l'activité est intensément capitalistique.
  • Troisième facteur : l'adaptation à la transition énergétique, qui n'est pas gratuite (qualité du gaz, instrumentation, R&D, compatibilité, réduction du méthane).
  • La bombe à retardement de la baisse de la consommation, qui réduit l'assiette sur laquelle on répartit les coûts fixes du système, ce qui peut mécaniquement pousser des termes unitaires à la hausse, même si la facture totale d'un ménage baisse parce qu'il consomme moins.
  • Enfin, la réglementation elle-même évolue : elle peut ajouter des incitations, corriger des dérives, ou intégrer de nouvelles obligations.
Charges déclarées par les opérateurs de stockage dans le cadre de l'ATS3
  ATS3 Réalisé en 2022 Différence (%)
Charges d'exploitation 284 M€/an 232 M€/an +22%
Storengy 207 M€/an 161 M€/an +29%
Teréga 57 M€/an 53 M€/an +8%
Géométhane 20 M€/an 18 M€/an +11%
Charges de capital 564 M€/an 478 M€/an +18%
Storengy 409 M€/an 351 M€/an +17%
Teréga 119 M€/an 105 M€/an +13%
Géométhane 36 M€/an 22 M€/an +64%
Investissements 333 M€/an 266 M€/an +25%
Storengy 237 M€/an 191 M€/an +24%
Teréga 69 M€/an 49 M€/an +41%
Géométhane 24 M€/an 27 M€/an -11%

Extrait de la délibération de la CRE au sujet de l'ATS3

ATS 2 (2020 – 2023) : montée en puissance de la régulation incitative

Enjeux principaux

L'ATS 2 a structuré la période 2020-2023 autour d'un double objectif : assurer la continuité du financement des stockages tout en renforçant les mécanismes incitatifs. Dans un contexte de consommation de gaz plus incertaine, la CRE a voulu éviter le piège d'un tarif qui augmenterait mécaniquement quand les volumes baissent. Elle a donc fixé des trajectoires de dépenses basées sur les performances passées, tout en intégrant de nouveaux besoins comme la cybersécurité et la R&D.

Le cadre a aussi accompagné l'apprentissage de la commercialisation par enchères : le remplissage des sites est devenu un enjeu central, non seulement économique mais aussi de sécurité d'approvisionnement. Les outils de régulation (CRCP, incitations sur coûts et qualité, contrôle des investissements) ont été consolidés pour préparer l'ATS 3, marqué ensuite par une forte hausse des charges d'exploitation.

Demandes tarifaires des opérateurs

Les demandes formulées durant l'ATS 2 auraient conduit à des hausses annuelles de l'ordre de +5,9 % pour Storengy, +6,6 % pour Teréga et +8,7 % pour Géométhane. La CRE a jugé ces niveaux excessifs et a retenu une évolution plus modérée, justifiée par l'activité, la cybersécurité et la R&D, mais strictement encadrée.

Le paramètre clé a été le coût moyen pondéré du capital (CMPC), qui détermine la rémunération des actifs régulés. Son calibrage a permis de maintenir un équilibre entre protection du consommateur et capacité des opérateurs à financer les infrastructures sans transformer le tarif en rente.

Régulation incitative et enchères

L'ATS 2 a transposé au stockage les logiques déjà appliquées au transport : les opérateurs ne sont plus simplement remboursés de leurs coûts, mais incités à faire mieux que les trajectoires. Le dispositif combine partage des gains d'efficacité, pénalités sur la qualité de service et régularisation via le CRCP.

La commercialisation par enchères est devenue le mode principal d'allocation des capacités. Des bonus ont été instaurés pour récompenser la performance commerciale et maximiser le remplissage, condition indispensable pour garantir la flexibilité hivernale du système gazier.

ATS 1 (2018 – 2019) : fondation du modèle régulé

Mise en place d'un cadre simplifié

L'ATS 1 a marqué la bascule d'un modèle contractuel vers un accès régulé national. Conçu dans l'urgence, il reposait sur la couverture quasi intégrale des charges constatées afin de sécuriser l'exploitation des sites. Les écarts entre prévisions et réalisations étaient régularisés a posteriori, ce qui garantissait la stabilité financière mais incitait peu à l'efficience.

Cette phase a néanmoins permis d'imposer des obligations de transparence inédites sur les actifs, les coûts et les investissements, socle indispensable pour bâtir ensuite une régulation plus exigeante.

Revenus autorisés et compensation

La CRE a évalué la base d'actifs régulés à environ 3,5 Md€ pour Storengy, 1,15 Md€ pour Teréga et 0,19 Md€ pour Géométhane, avec un CMPC de 5,75 % réel avant impôts. Les revenus autorisés 2018 ont atteint 714,6 M€ pour l'ensemble du système.

La différence entre ces revenus et les recettes d'enchères était compensée via le tarif de transport, garantissant le remplissage des sites même lorsque le marché valorisait mal le stockage.

Commercialisation et périmètre

Les capacités ont été attribuées par enchères publiques, remplaçant les anciens contrats bilatéraux. Le périmètre couvrait l'ensemble des sites jugés nécessaires par la PPE, avec une clause de révision possible selon l'évolution des besoins.

La CRE a imposé la publication des niveaux de remplissage, des capacités disponibles et des maintenances, améliorant la transparence du marché. Cette première expérience a montré que les enchères pouvaient concilier logique concurrentielle et exigence de sécurité d'approvisionnement.

Quel avenir pour le stockage de gaz en France ?

La consommation de gaz tend à reculer sous l'effet de la sobriété, de l'efficacité énergétique et de l'électrification, tandis que le système doit intégrer davantage de biométhane et, à terme, possiblement de l'hydrogène.

Ces évolutions interrogent la taille du parc et la nature des services attendus : certaines cavités salines, très réactives, pourraient devenir centrales pour gérer un mix plus variable, alors que des aquifères conçus pour la modulation saisonnière massive verront sans doute leur rôle évoluer. Les opérateurs étudient déjà des conversions partielles des infrastructures : injection de mélanges contenant de l'H₂, valorisation pour le stockage de CO2, ou nouveaux services industriels.

Cette diversification répond aussi à une contrainte économique : la baisse structurelle des volumes fossiles impose de préparer des relais d'activité sans affaiblir la mission première de sécurité d'approvisionnement, tant que le gaz reste un pilier du chauffage et de l'industrie. L'hydrogène soulève en effet des enjeux d'étanchéité, de compatibilité des matériaux et de maîtrise des risques ; et le CO2 pose des questions de pureté, de phase et de surveillance longue durée.

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