Montant de l'ATS 3 en 2026
L'ATS 3 est le cadre tarifaire pluriannuel du stockage souterrain de gaz naturel en France pour la période 2024 – 2027. La Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) fixe une trajectoire de revenus autorisés sur quatre ans, puis procède à des mises à jour annuelles (au 1ᵉʳ avril, en cohérence avec la saison gazière et les calendriers de commercialisation des capacités).
L'ATS est payé par tous les consommateurs. Il est intégré dans le prix du kWh de gaz facturé par le fournisseur.
Concrètement, l'ATS 3 agrège trois familles de coûts :
- les charges nettes d'exploitation (personnel, maintenance, énergie, consommables, prestations, sûreté) ;
- les charges de capital (rémunération des actifs régulés, amortissements, coût du financement), et un volet investissements qui prépare la sécurité et l'adaptation du système ;
- les mécanismes incitatifs (qualité de service, maîtrise des budgets, performance des enchères, trajectoire de R&D) et l'apurement du Compte de Régularisation des Charges et Produits (CRCP), qui corrige a posteriori les écarts entre prévisions et réalité.
La structure de tarification repose sur le fait que le stockage finance une flexibilité saisonnière : il pèse davantage sur les profils qui sollicitent cette flexibilité, c'est-à-dire les logements chauffés au gaz, qui consomment surtout et beaucoup quand il fait froid.
Ainsi, par exemple :
- Pour un foyer qui ne se chauffe pas au gaz mais l'utilise pour cuisiner ou produire son eau chaude, l'ATS coûte en moyenne 0,00264 €/kWh (fourchette 0,00164 € à 0,00328 €). Avec une consommation annuelle de référence de 3 075 kWh, cela représente entre 5,0 € et 10,1 € par an sur la facture TTC ;
- Pour un foyer qui se chauffe au gaz, l'ATS coûte en moyenne 0,00594 €/kWh (fourchette 0,00351 € à 0,00732 €). Pour une consommation annuelle de référence de 11 510 kWh, cela équivaut à entre 40,4 € et 84,3 € par an au Prix repère actuel.
| Usage du gaz | Minimum | Moyen | Maximum |
|---|---|---|---|
| Cuisson / eau chaude | 1,64 €/MWh | 2,64 €/MWh | 3,28 €/MWh |
| Chauffage | 3,51 €/MWh | 5,94 €/MWh | 7,32 €/MWh |
Montants ATS en € TTC, source CRE. L'ATS est facturé en plus de l'Accès des Tiers aux réseaux de transport (ATRT) et de distribution (ATRD).
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Que finance l'ATS 3 sur la période 2024 – 2027 ?
Le gaz est principalement consommé durant l'automne et l'hiver, lorsque les températures chutent. Sans stockage, il faudrait surdimensionner les importations, les terminaux méthaniers et les interconnexions pour quelques dizaines de jours par an, ce qui coûterait encore plus cher. Le stockage permet d'injecter du gaz quand il est disponible (et souvent moins cher) au printemps et en été, puis de le soutirer rapidement lors des pointes hivernales.
L'ATS finance à la fois un service et des biens très concrets : des puits d'injection et de soutirage, des compresseurs, des installations de traitement et de mesure, des systèmes de contrôle-commande, des opérations de maintenance lourde, des dispositifs de sûreté et de cybersécurité, et des programmes d'investissement qui évitent le vieillissement accéléré d'actifs parfois anciens.
La logique régulatrice de l'ATS combine un revenu autorisé et des mécanismes incitatifs qui récompensent ou pénalisent la performance. Elle entend, d'un côté, assurer que ces sites nécessaires à la sécurité d'approvisionnement restent disponibles et remplissables ; de l'autre, éviter qu'un monopole naturel ne gonfle ses coûts aux dépens du consommateur.
Comment la CRE détermine-t-elle les tarifs de l'ATS ?
La CRE raisonne d'abord en « revenu autorisé » pour les opérateurs, puis en « terme tarifaire » qui permet de collecter ce revenu auprès des utilisateurs. Ce sont les fournisseurs de gaz qui collectent l'ATS via les factures, puis le reversent aux gestionnaires de transport, NaTran et Teréga. Ces derniers répercutent les sommes vers les opérateurs de stockage (Storengy, Teréga et Géométhane) selon les règles de la régulation.
Le revenu autorisé s'appuie sur des trajectoires pluriannuelles de charges (exploitation, capital, investissements), puis ajustées chaque année : indexation à l'inflation, apurement du CRCP, et prise en compte d'éléments de performance (bonus/malus).
Revenu autorisé 2026 : 862,1 M€
En 2026, la CRE a mis à jour le revenu autorisé à 862,1 M€, en intégrant des enveloppes dédiées aux obligations du règlement méthane (charges d'exploitation additionnelles, investissements prévisionnels et couverture via CRCP).
Investissements nécessaires
L'ATS finance des investissements de maintien (renouvellement, mise en conformité, maintenance préventive lourde) autant que des investissements d'adaptation (cybersécurité, réduction des émissions, compatibilité avec des gaz de composition différente, capacité de modulation).
Le stockage de gaz repose sur des actifs longs, chers et soumis à des contraintes de sécurité très strictes : têtes de puits, tubages, systèmes de compression, traitements, instrumentation, contrôle-commande, intégrité des cavités. Même si la France consomme de moins en moins de gaz, ces actifs doivent être maintenus, parce que la sécurité d'approvisionnement se joue sur les pointes, pas sur la moyenne annuelle.
Qualité de service, sécurité et continuité d'acheminement
Le stockage n'est utile que s'il est disponible quand le système en a besoin, c'est-à-dire lors des séquences de froid ou des aléas d'approvisionnement. Il sert à éviter des risques coûteux (pannes, indisponibilités en hiver, incidents de sûreté) pour les ménages et les entreprises.
Transition énergétique
Si la consommation de gaz recule en France sous l'effet des prix, de la sobriété et de l'électrification, le système gazier doit se transformer pour accueillir des molécules moins carbonées, ce qui change la nature des dépenses à financer.
D'abord, la montée du biométhane multiplie les points d'injection et impose de mieux gérer la qualité du gaz. Ensuite, l'hydrogène et les mélanges H2/CH4 posent des questions de matériaux, d'étanchéité et de sécurité. Enfin, la réduction des émissions de méthane se traduit par des campagnes de détection, des capteurs, des procédures et des investissements dédiés, explicitement pris en compte dans les dernières mises à jour de l'ATS 3.
Maîtrise des coûts
La CRE fixe des trajectoires de dépenses pluriannuelles et introduit des mécanismes incitatifs pour que les opérateurs aient intérêt à faire mieux que ces trajectoires. Les gains de productivité peuvent être conservés en partie par l'exploitant, tandis que les dérives injustifiées restent à sa charge.
- les grands projets d'investissement sont encadrés par des budgets-cibles assortis de primes ou de pénalités si les coûts s'écartent d'un couloir prédéfini ;
- chaque année, le CRCP corrige les hypothèses trop optimistes ou trop pessimistes, notamment sur les postes volatils comme l'énergie ;
- un contrôle direct de la CRE audite, questionne et peut réduire des demandes jugées surestimées (personnel, maintenance, prestations externes) ;
- enfin, des bonus liés aux enchères de capacités poussent les opérateurs à maximiser le remplissage des sites, condition première de la sécurité hivernale.
Comment les enchères de capacités affectent-elles les tarifs ?
Les capacités de stockage sont commercialisées par enchères : vendre des droits d'injection et de soutirage pour la saison gazière à des expéditeurs/fournisseurs, afin d'assurer le remplissage en hiver. Les recettes d'enchères viennent en déduction du besoin de compensation tarifaire : elles réduisent ce que le tarif doit collecter auprès de l'ensemble des utilisateurs pour atteindre le revenu autorisé.
Autrement dit, plus les enchères rapportent, moins il y a à prélever via le tarif, donc moins la pression est forte sur la facture. À l'inverse, si la demande de stockage est faible, les recettes d'enchères diminuent et la compensation remonte.
Qui sont les opérateurs de stockage en France ?
Teréga, Storengy et Géométhane sont les trois opérateurs de stockage souterrain en France. Au-delà de la gestion des sites, ils assurent la disponibilité des capacités d'injection et de soutirage, maintiennent l'intégrité des ouvrages et coordonnent l'exploitation avec les gestionnaires de transport.
Un monopole naturel régulé
On ne construit pas facilement un site concurrent à côté d'un aquifère ou d'une cavité saline existante : le stockage souterrain est un monopole naturel. La régulation garantit aux opérateurs une couverture des coûts efficaces et une rémunération normale des capitaux, tout en contrôlant les trajectoires.
Teréga
Teréga est un acteur historique du Sud-Ouest, à la fois transporteur et opérateur de stockage. Ses sites emblématiques (Lussagnet dans les Landes, Izaute dans le Gers) sont typiquement des stockages aquifères, donc associés à la modulation saisonnière.
Storengy
Storengy, filiale d'Engie, est le principal opérateur de stockage souterrain en France (environ 100 TWh) et l'un des leaders européens. Son portefeuille couvre à la fois des aquifères (grands volumes) et des cavités salines (forte réactivité), ce qui lui donne un rôle structurel dans l'équilibre national.
Les sites gérés par Storengy incluent notamment Chémery, Beynes, Étrez, Saint-Illiers-la-Ville, et d'autres répartis sur le territoire.
Géométhane
Géométhane, société conduite par Géostock, exploite le site de stockage souterrain de Manosque, une cavité saline.
Comment stocke-t-on le gaz ?
Le stockage de gaz naturel en France est majoritairement souterrain, parce que c'est la solution la plus efficace en coût par kWh stocké et la plus réaliste pour des volumes saisonniers. L'idée est de transformer des structures géologiques en réservoirs pressurisés, puis d'utiliser des puits et des équipements de surface pour injecter (comprimer et envoyer dans le sous-sol) et soutirer (laisser remonter sous pression et acheminer vers le réseau).
Deux grandes familles dominent : les aquifères et les cavités salines. Elles n'offrent pas le même service : les aquifères servent surtout la modulation saisonnière (beaucoup de volume, moins de réactivité), tandis que les cavités salines apportent une flexibilité rapide (injection/soutirage vite, volumes plus limités).
- dans des structures aquifères : des formations poreuses initialement remplies d'eau, dans lesquelles on injecte du gaz sous pression pour remplacer une partie de l'eau, avec des cycles adaptés à la modulation saisonnière et des volumes importants pour sécuriser l'hiver ;
- dans des cavités salines : des cavités créées par lessivage du sel, très étanches, permettant des injections et soutirages rapides, particulièrement utiles pour les pointes de consommation, même si les volumes unitaires sont plus modestes.
À cela s'ajoutent des stockages en gisements déplétés (anciens gisements) et des stockages de GNL en cuves de terminaux.
Le stockage souterrain a une empreinte environnementale concentrée sur trois sujets : l'eau, les effluents et les émissions fugitives de méthane. Pour les aquifères, l'enjeu est la maîtrise des interactions avec les formations aquifères et l'intégrité des puits (cimentation, tubages). Pour les cavités salines, l'impact le plus visible est la production de saumure lors du lessivage, qui doit être gérée selon des règles strictes. Le troisième sujet, commun aux deux, est le méthane : même si le sous-sol est étanche, les émissions se produisent surtout en surface (vannes, joints, compresseurs, maintenance).
Évolution du coût et des orientations de l'ATS
Ce n'est que depuis 2018 que les revenus des opérateurs de stockage de gaz sont régulés par des mécanismes introduits par la loi (articles L. 421-3-1 à L. 421-10 et L. 452-1 du Code de l'énergie). Et depuis, les coûts ont nettement augmenté.
L'évolution du coût de l'ATS s'explique par une addition de facteurs structurels :
- d'abord, les infrastructures vieillissent et nécessitent des programmes de rénovation et de maintenance plus lourds ;
- ensuite, le contexte financier influence directement les charges de capital à couvrir, car l'activité est intensément capitalistique ;
- troisième facteur, l'adaptation à la transition énergétique, qui n'est pas gratuite (qualité du gaz, instrumentation, R&D, réduction du méthane) ;
- la baisse de la consommation, qui réduit l'assiette sur laquelle on répartit les coûts fixes, ce qui peut pousser les termes unitaires à la hausse même si la facture totale d'un ménage baisse ;
- enfin, la réglementation elle-même évolue, ajoutant des incitations ou de nouvelles obligations.
| Poste | ATS 3 | Réalisé 2022 | Différence |
|---|---|---|---|
| Charges d'exploitation | 284 M€/an | 232 M€/an | +22 % |
| Storengy | 207 M€/an | 161 M€/an | +29 % |
| Teréga | 57 M€/an | 53 M€/an | +8 % |
| Géométhane | 20 M€/an | 18 M€/an | +11 % |
| Charges de capital | 564 M€/an | 478 M€/an | +18 % |
| Storengy | 409 M€/an | 351 M€/an | +17 % |
| Teréga | 119 M€/an | 105 M€/an | +13 % |
| Géométhane | 36 M€/an | 22 M€/an | +64 % |
| Investissements | 333 M€/an | 266 M€/an | +25 % |
| Storengy | 237 M€/an | 191 M€/an | +24 % |
| Teréga | 69 M€/an | 49 M€/an | +41 % |
| Géométhane | 24 M€/an | 27 M€/an | −11 % |
Extrait de la délibération de la CRE relative à l'ATS 3.
Pour comprendre le niveau actuel, il est utile de revenir sur les périodes tarifaires précédentes :
Enjeux principaux
L'ATS 2 a structuré la période 2020-2023 autour d'un double objectif : assurer la continuité du financement des stockages tout en renforçant les mécanismes incitatifs. Dans un contexte de consommation incertaine, la CRE a voulu éviter le piège d'un tarif qui augmenterait mécaniquement quand les volumes baissent. Elle a fixé des trajectoires de dépenses basées sur les performances passées, tout en intégrant de nouveaux besoins comme la cybersécurité et la R&D.
Demandes tarifaires des opérateurs
Les demandes auraient conduit à des hausses annuelles de l'ordre de +5,9 % pour Storengy, +6,6 % pour Teréga et +8,7 % pour Géométhane. La CRE a jugé ces niveaux excessifs et retenu une évolution plus modérée. Le paramètre clé a été le coût moyen pondéré du capital (CMPC), qui détermine la rémunération des actifs régulés.
Régulation incitative et enchères
L'ATS 2 a transposé au stockage les logiques déjà appliquées au transport : les opérateurs ne sont plus simplement remboursés de leurs coûts, mais incités à faire mieux que les trajectoires. Le dispositif combine partage des gains d'efficacité, pénalités sur la qualité de service et régularisation via le CRCP. La commercialisation par enchères est devenue le mode principal d'allocation des capacités.
Mise en place d'un cadre simplifié
L'ATS 1 a marqué la bascule d'un modèle contractuel vers un accès régulé national. Conçu dans l'urgence, il reposait sur la couverture quasi intégrale des charges constatées afin de sécuriser l'exploitation des sites. Les écarts entre prévisions et réalisations étaient régularisés a posteriori, ce qui garantissait la stabilité mais incitait peu à l'efficience.
Revenus autorisés et compensation
La CRE a évalué la base d'actifs régulés à environ 3,5 Md€ pour Storengy, 1,15 Md€ pour Teréga et 0,19 Md€ pour Géométhane, avec un CMPC de 5,75 % réel avant impôts. Les revenus autorisés 2018 ont atteint 714,6 M€ pour l'ensemble du système.
Commercialisation et périmètre
Les capacités ont été attribuées par enchères publiques, remplaçant les anciens contrats bilatéraux. La CRE a imposé la publication des niveaux de remplissage, des capacités disponibles et des maintenances, améliorant la transparence du marché.
Quel avenir pour le stockage de gaz en France ?
La consommation de gaz tend à reculer sous l'effet de la sobriété, de l'efficacité énergétique et de l'électrification, tandis que le système doit intégrer davantage de biométhane et, à terme, possiblement de l'hydrogène.
Ces évolutions interrogent la taille du parc et la nature des services attendus : certaines cavités salines, très réactives, pourraient devenir centrales pour gérer un mix plus variable. Les opérateurs étudient déjà des conversions partielles : injection de mélanges contenant de l'H2, valorisation pour le stockage de CO2, ou nouveaux services industriels.
Cette diversification répond aussi à une contrainte économique : la baisse structurelle des volumes fossiles impose de préparer des relais d'activité sans affaiblir la mission première de sécurité d'approvisionnement, tant que le gaz reste un pilier du chauffage et de l'industrie.