L'essentiel sur NaTran et Teréga
À retenir en 4 points
NaTran sur la majeure partie du pays, Teréga sur le Grand Sud-Ouest : un duopole hérité de l'histoire.
Ils acheminent le gaz à haute pression entre les points d'entrée et les réseaux de distribution, comme RTE en électricité.
Un tarif régulé par la CRE, répercuté sur le prix du kWh selon onze niveaux régionaux (NTR 0 à 10).
Biométhane et hydrogène redessinent les flux : capacités de rebours, corridors et interconnexions européennes.
Les missions des gestionnaires du réseau de transport
Les missions d'un GRT s'articulent autour de l'acheminement, de la sûreté et de l'équilibrage, avec une obligation de continuité et une responsabilité directe sur les ouvrages. NaTran et Teréga exploitent, entretiennent et développent des canalisations principales et régionales, ainsi que des postes de sectionnement, de comptage et de détente, et des stations de compression qui pilotent les flux et maintiennent la pression.
Les gazoducs de transport sont des conduites en acier de grand diamètre, enterrées et exploitées à des pressions élevées pouvant atteindre 95 bar. Ces infrastructures assurent la flexibilité du réseau et la continuité de service, y compris lors des épisodes de froid. Les GRT doivent aussi garantir la qualité du gaz livré, organiser la maintenance en préservant les capacités, coordonner la gestion des incidents et dimensionner les investissements sur le long terme.
Sur la chaîne de valeur du gaz, les GRT acheminent en amont de grandes quantités de gaz depuis les points d'entrée et de production vers l'aval : réseaux de distribution (principalement GRDF), industriels et centrales électriques. Un rôle directement comparable à celui de RTE pour l'électricité.
- les expéditeurs (fournisseurs, traders) réservent des capacités aux points d'entrée (interconnexions, terminaux méthaniers, stockages) et de sortie (distribution, sites industriels, centrales) ;
- le transport alimente directement des clients industriels (sidérurgie, chimie, papier, agroalimentaire, verre, engrais) raccordés pour leur puissance appelée ;
- les centrales électriques au gaz appellent rapidement de gros volumes pour fournir de la flexibilité au système électrique lors des pointes ;
- en aval, la distribution prend le relais à l'échelle locale, jusqu'aux compteurs, à pression plus faible.
Les clients de NaTran et Teréga ne sont donc pas les ménages, mais des expéditeurs, opérateurs de distribution, industriels et infrastructures. La France fonctionne avec une zone de marché unique (TRF, « Trading Region France »), permettant de trader sur un point virtuel, tandis que NaTran et Teréga coordonnent finement la réalité physique des capacités.
Réseau principal
Les infrastructures stratégiques : interconnexions européennes, terminaux méthaniers, accès aux stockages et grands axes à haute pression. Tarification par réservation de capacités d'entrée et de sortie.
Réseau régional
Le dernier maillon du transport, qui achemine le gaz jusqu'aux portes de la distribution. C'est là que la géographie pèse le plus : la commune du client influence directement le montant de l'ATRT.
Comment NaTran et Teréga sont-ils rémunérés ?
Les deux GRT sont rémunérés dans un cadre régulé par la CRE, via le tarif d'utilisation des réseaux de transport (ATRT). Ce tarif suit une trajectoire pluriannuelle avec des mises à jour annuelles, et finance un service dimensionné pour la sécurité et la pointe.
L'ATRT est appliqué directement sur le prix du kWh de gaz, mais de façon différenciée selon l'usage et la situation géographique, via onze niveaux de tarifs régionaux (NTR, de 0 à 10). Pour un foyer chauffé au gaz consommant 11 510 kWh/an en 2026, l'éloignement redessine la facture :
Coût annuel du transport (ATRT) sur la facture TTC, pour 11 510 kWh/an. Du plancher NTR 0 au plafond NTR 10.
Pourquoi le transport varie de 20 à 227 € selon la commune
Au Prix Repère du gaz, le montant annuel lié au transport peut varier de 20 € à 227 € pour un même profil de consommation, selon l'éloignement de la commune par rapport au réseau principal.
NaTran et Teréga : les chiffres-clés comparés
NaTran est l'opérateur majoritaire en France métropolitaine ; Teréga opère le Grand Sud-Ouest et combine transport et stockage. Voici leurs données d'activité 2024.
| Indicateur | NaTran | Teréga |
|---|---|---|
| Zone desservie | France métropolitaine | Grand Sud-Ouest |
| Canalisations | 32 634 km | 5 095 km |
| Volume / stockage | 588 TWh transportés | 6,4 Gm³ stockage |
| Chiffre d'affaires | 2 090 M€ | 517 M€ |
| Clients industriels | 688 | 115 |
Sources : rapports d'activité 2024 de NaTran et Teréga.
Focus sur NaTran
Réseau France métropolitaine
Avec un chiffre d'affaires de transport de 2 090 M€ en France et 688 clients industriels actifs fin 2024 (dont 14 centrales électriques), NaTran est l'opérateur majoritaire du transport de gaz.
GRTgaz a changé de nom pour devenir NaTran en 2024, une évolution reflétant un positionnement plus large que le seul transport de gaz et l'ambition d'accompagner la transition vers les gaz renouvelables et bas-carbone, sans modifier son rôle de gestionnaire régulé.
NaTran est détenue majoritairement par Engie (≈ 60,8 %) ; un consortium public regroupé dans la Société d'Infrastructures Gazières (Caisse des Dépôts, CNP Assurances…) en détient environ 38,6 %, le solde revenant aux salariés.
Focus sur Teréga
Réseau Grand Sud-Ouest
Teréga opère le réseau du Grand Sud-Ouest et combine transport et stockage, avec deux sites majeurs : Lussagnet (Landes) et Izaute (Gers). L'interface avec l'Espagne rend la zone stratégique lorsque les flux européens se recomposent.
L'entreprise revendique 82 expéditeurs côté transport, 37 côté stockage, 115 clients industriels, 153 points de distribution publique et 10 postes d'injection de biométhane.
Depuis la cession par TotalEnergies en 2013, Teréga (ex-TIGF) appartient à un consortium d'infrastructures : SNAM (40,5 %), GIC via Raffles Infra Holdings (31,5 %), Ouestgaz (18 %), Predica (9 %) et Crédit Agricole Assurances Retraite (1 %).
Une dualité héritée de l'histoire
Ce duopole est un héritage industriel : deux opérateurs responsables d'actifs physiques distincts, coordonnés dans un marché unifié. Ses racines remontent à l'histoire gazière du Sud-Ouest et à l'exploitation du gisement de Lacq.
Milieu du XXᵉ siècle
Découverte et exploitation du gisement de Lacq. L'organisation industrielle confie le Sud-Ouest à Gaz du Sud-Ouest (GSO), le reste du pays à la Compagnie Française du Méthane (CFM).
1ᵉʳ janvier 2005
La libéralisation impose une séparation nette entre activités concurrentielles et activités de réseau : les périmètres sont clarifiés et GSO devient TIGF.
2013
Le gisement de Lacq arrive à épuisement, sans mettre fin au réseau régional : infrastructures, interconnexions et besoins territoriaux subsistent. La même année, TotalEnergies cède TIGF.
1ᵉʳ novembre 2018
Création d'une zone de marché unique (TRF) pour harmoniser le signal de prix et réduire les effets de frontière entre zones.
Quels chantiers pour l'avenir ?
Les chantiers des GRT se jouent sur trois fronts qui se combinent plutôt qu'ils ne se remplacent.
Sécurité d'approvisionnement
La pointe hivernale et la volatilité des flux importés imposent une infrastructure disponible, maintenue et pilotée en temps réel, même quand la consommation diminue.
Optimisation économique
Une baisse structurelle des volumes impose d'arbitrer finement les investissements, d'ajuster certains ouvrages et d'organiser la maintenance sans surcharger les tarifs.
Gaz décarbonés
Le biométhane change la géographie des flux (capacités de rebours, congestions locales) ; l'hydrogène prend la forme de corridors industriels et d'interconnexions européennes.
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