L'ATRT, tarif de transport du gaz sur le réseau haute pression de NaTran et Teréga

Montant actuel de l'ATRT 8 en 2026

L'ATRT 8 est le cadre tarifaire pluriannuel entré en vigueur le 1ᵉʳ avril 2024, conçu par la Commission de Régulation de l'Énergie (CRE) pour 4 ans. Il est mis à jour chaque année au 1ᵉʳ avril, en appliquant une formule qui prend en compte l'inflation et un correctif lié au Compte de Régularisation des Charges et Produits (CRCP).

Au début de l'année civile 2026, nous sommes donc encore sur la grille applicable depuis le 1ᵉʳ avril 2025, puis une nouvelle mise à jour s'appliquera au 1ᵉʳ avril 2026.

Pour un ménage, l'ATRT n'apparaît pas toujours comme une ligne explicite, mais il fait bien partie de la structure du prix du kilowattheure de gaz naturel facturé par le fournisseur. Il est appliqué de façon différenciée selon l'usage qui est fait du gaz (cuisson et/ou eau chaude seulement, ou chauffage) et l'éloignement entre le réseau principal et la commune de consommation (avec onze niveaux de tarifs régionaux « NTR » allant de 0 à 10).

  • Pour un foyer qui ne se chauffe pas au gaz mais l'utilise pour cuisiner ou son eau chaude sanitaire, avec une consommation annuelle de référence de 3 075 kWh dans une commune d'éloignement moyen (NTR 3), l'ATRT coûte 0,00407 € par kilowattheure, soit 12,5 € par an sur sa facture TTC ;
  • Pour un foyer qui se chauffe au gaz avec une consommation annuelle de référence de 11 370 kWh dans une commune d'éloignement moyen (NTR 3), l'ATRT coûte 0,00751 € par kilowattheure, soit 85,4 € par an sur sa facture TTC ;
  • Pour un même foyer chauffé au gaz (11 370 kWh) mais dans une commune d'éloignement maximal (NTR 10), l'ATRT coûte 0,02179 € par kilowattheure, soit 247,8 € par an sur sa facture TTC.
Montants de l'ATRT en 2026 pour 6 profils types, selon l'usage et l'éloignement
Usage du gaz Minimum (NTR = 0) Moyen (NTR = 3) Maximum (NTR = 10)
Cuisson / eau chaude 1,17 €/MWh 4,07 €/MWh 11,53 €/MWh
Chauffage 1,92 €/MWh 7,51 €/MWh 21,79 €/MWh

Montants simplifiés d'ATRT appliqués à un raisonnement « ménage » (€/MWh), cohérents avec la logique tarifaire CRE et présentés à des fins pédagogiques : le montant réel dépend du PITD, du GRT, des paramètres météo (coefficient Zi) et de la capacité de transport normalisée calculée à partir de la pointe « au risque 2 % ».

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Usage du gaz
Éloignement du réseau (NTR)

Consommation de référence kWh
Tarif ATRT €/MWh
Coût ATRT annuel €/an

Votre ATRT annuelle

 €/an

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Quelle hausse de l'ATRT 8 prévue en avril 2026 ?

Au 1ᵉʳ avril 2026, la CRE a retenu une hausse de +3,41 % des termes tarifaires de NaTran et de Teréga par rapport au niveau de 2025.

Ce taux est la résultante d'une formule qui mélange indexation et correctif. Si 2025 avait été marquée par un mouvement baissier dû à un niveau important de CRCP à restituer aux utilisateurs (avec des facteurs k négatifs), en 2026 les montants de CRCP à rendre sont nettement plus faibles : le tarif remonte donc mécaniquement et se rapproche de sa trajectoire prévisionnelle initiale.

Une nouveauté en 2026 : les émissions de méthane

La délibération intègre des charges additionnelles liées au règlement européen 2024/1787 sur la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l'énergie, avec des enveloppes d'exploitation et d'investissement à couvrir via le cadre ATRT.

Que finance l'ATRT et pourquoi il augmente ?

L'ATRT finance l'exploitation, la maintenance, la sécurité et l'évolution du réseau de transport de gaz : canalisations à haute pression, stations de compression (qui maintiennent la pression lorsque le gaz perd de l'énergie en circulant), postes d'interconnexion, raccordements aux terminaux méthaniers et aux stockages, ainsi que l'ensemble des systèmes de contrôle-commande et de supervision nécessaires pour garantir l'équilibrage et la continuité du service.

L'ATRT rémunère donc les gestionnaires du réseau de transport (GRT) NaTran et Teréga, qui acheminent le gaz sur de longues distances à haute pression depuis les points d'entrée du pays (terminaux méthaniers, interconnexions européennes, stockages) jusqu'aux portes des territoires. Leur mission s'apparente à la gestion d'une grande autoroute énergétique nationale, distincte du réseau de distribution qui prend le relais à basse pression pour desservir rue par rue les foyers et les entreprises, et qui fait l'objet d'un tarif dédié, l'ATRD.

Ce financement n'est pas proportionnel au volume transporté, car une grande partie des coûts est fixe : il faut maintenir le réseau même si l'on transporte moins de gaz, et dimensionner les capacités pour les jours les plus tendus, pas pour un jour moyen. C'est précisément pour cela que la baisse structurelle de la consommation tend à pousser le tarif à la hausse : moins de volumes et moins de consommateurs pour couvrir un socle de coûts qui ne baisse pas au même rythme.

Investissements

Les investissements pèsent lourd dans l'ATRT, parce que le transport de gaz repose sur des actifs longs (canalisations, ouvrages de compression, postes, systèmes de pilotage), amortis sur des décennies, et dont la sécurité impose une maintenance et un renouvellement continus. Même sans extension du réseau, il faut moderniser, remplacer, instrumenter, sécuriser et aujourd'hui mieux mesurer (qualité du gaz, fuites, émissions).

Baisse de la consommation de gaz

La baisse de la consommation agit comme un « réducteur d'assiette » sur un système à coûts fixes. La consommation de gaz en France a fortement reculé depuis 2022 et continue de s'éroder : NaTran indique qu'en 2024 elle atteint 361 TWh, en baisse de 5,5 % par rapport à 2023, notamment du fait d'une moindre sollicitation des centrales électriques au gaz. Si les infrastructures ont été dimensionnées pour absorber des pointes supérieures, les coûts fixes ne s'annulent pas quand les volumes baissent : le coût unitaire par MWh transporté tend à augmenter.

L'effet paradoxal de la sobriété

Consommer moins fait baisser votre facture totale, mais peut, collectivement, faire monter les tarifs d'acheminement : les coûts du réseau doivent continuer à être couverts par un nombre décroissant d'utilisateurs.

Adaptation du réseau aux énergies renouvelables

L'intégration des gaz renouvelables change profondément la logique du réseau : on passe d'un système alimenté par quelques grands points d'entrée à un système où l'injection devient plus diffuse, territoriale, parfois éloignée des grands axes. Le biométhane en est l'exemple le plus visible : près d'un millier de sites en service et un autre millier en développement, ce qui implique des raccordements, des adaptations de postes et parfois des renforcements pour gérer des flux inversés.

Cette dynamique soutient la souveraineté énergétique, mais elle a un coût d'infrastructure : connecter un site, garantir la qualité, gérer la pression, piloter les flux et maintenir la sécurité. Le réseau doit aussi préparer l'avenir des gaz bas-carbone (hydrogène, CO2 biogénique), ce qui renforce la nécessité d'investir dans la compatibilité des matériaux. L'ATRT finance ainsi non seulement le transport d'aujourd'hui, mais la capacité du système à absorber la mutation du mix gazier.

Baisse des souscriptions de long terme

Le transport de gaz se paie beaucoup via des souscriptions de capacité, c'est-à-dire une réservation de droit de passage sur des durées et des points définis. Historiquement, les souscriptions de long terme procuraient une visibilité de revenus aux gestionnaires. Or, avec un marché plus volatil et une demande en baisse, une partie des acteurs privilégie des engagements plus courts ou réduit les capacités souscrites.

Cette évolution change la nature du risque pour le réseau : si les revenus stables diminuent, il faut ajuster les paramètres tarifaires pour assurer la couverture des charges autorisées. La CRE suit précisément l'évolution des souscriptions de capacités fermes, car c'est un déterminant central de l'équilibre économique du tarif.

Hausse des taux d'intérêt

Un réseau de transport, ce sont des milliards d'euros d'actifs physiques financés sur de longues maturités : la différence entre un environnement de taux bas et un environnement de taux plus élevés se traduit mécaniquement par un coût annuel plus fort, même à investissement constant. En pratique, quand un GRT refinance une dette ou finance un nouveau programme, un point de taux en plus sur des centaines de millions d'euros représente des millions de charges annuelles supplémentaires.

Comprendre la construction tarifaire de l'ATRT 8

La combinaison des facteurs géographiques et climatiques explique pourquoi deux communes peuvent relever de zones de prix différentes : l'ATRT repose sur un compromis entre les contraintes physiques liées à la distance au réseau principal et les contraintes climatiques qui déterminent l'intensité des pointes de consommation hivernales.

Le transport est dimensionné pour tenir les journées extrêmes, celles où une vague de froid statistiquement rare survient (la pointe « au risque 2 % », un événement de froid qui n'arrive qu'environ une fois tous les 50 ans). Pour servir ces pointes, le réseau doit disposer de capacités, de pression, de compression et de marges opérationnelles. C'est pourquoi l'ATRT s'appuie sur une capacité normalisée déterminée à partir d'une consommation annuelle de référence (CAR), de coefficients météo (comme le coefficient Zi, rattaché à une station météo et au profil de consommation) et de paramètres propres au gestionnaire.

La structure tarifaire distingue ensuite le réseau principal (grands axes et interconnexions) et les réseaux régionaux, avec un terme régional (TCR) multiplié par un NTR entre 0 et 10, défini par le point d'interface transport/distribution (PITD) auquel est rattaché le consommateur.

Formule de calcul

Formule simplifiée de l'ATRT

ATRT = Capacité de transport × (TCS + TCR × NTR + TCL) + TS

On peut résumer le calcul comme une addition de briques capacité et stockage, appliquées à une capacité de transport normalisée :

  • Capacité de transport = CAR × coefficient Zi × coefficient A : la CAR est la consommation annuelle de référence, Zi traduit l'exposition climatique, et A dépend du gestionnaire (NaTran ou Teréga) ;
  • Modulation hivernale = capacité de transport − (CAR/365) : isole la part « pointe » du besoin, ce qui explique pourquoi un client chauffé est plus coûteux à servir ;
  • Terme tarifaire de stockage : reflète la valeur de la flexibilité saisonnière (injecter l'été, soutirer l'hiver), indispensable à la sécurité d'approvisionnement ;
  • TS = terme tarifaire × modulation hivernale : plus la pointe hivernale est élevée, plus TS pèse, rendant le chauffage au gaz très sensible à la météo ;
  • TCS (capacité de sortie du réseau principal) : rémunère l'acheminement sur les grands axes, sur une logique de réservation de « place » nationale ;
  • TCR (capacité de transport régional) : terme unitaire × NTR, qui matérialise le coût de la distance entre réseau principal et point de livraison ;
  • NTR (niveau de tarif régional) : de 0 à 10 selon le PITD ; plus il est élevé, plus le transport régional pèse, même à consommation identique ;
  • TCL (capacité de livraison) : rémunère la livraison au point considéré et complète TCS/TCR pour couvrir tout le service d'acheminement.

Pourquoi ces disparités de prix ?

Les disparités de prix sont la conséquence directe d'une tarification qui reflète la géographie des coûts et la saisonnalité des usages.

Emplacement géographique

Depuis la création en 2018 de la zone unique d'entrée/sortie Trading Region France, le marché du gaz est simplifié à l'échelle nationale. Ce cadre ne signifie pas un prix uniforme : il sépare l'endroit où le gaz entre du lieu où il est consommé. L'ATRT distingue ainsi deux niveaux : le réseau principal, dorsale nationale, et les réseaux régionaux qui desservent les territoires. Le premier repose sur des termes nationaux comme le TCS, le second applique un TCR multiplié par le NTR pour refléter les coûts locaux.

La localisation de la commune joue un rôle central : elle détermine la quantité de réseau régional à mobiliser avant d'atteindre la distribution. Plus une zone est éloignée du réseau principal, plus le gaz circule sur des canalisations intermédiaires, ce qui renchérit le coût via le terme TCR. Ce mécanisme se traduit par le NTR associé au PITD : proche de 0 pour une desserte simple près de la dorsale nationale, proche de 10 pour une zone éloignée et plus coûteuse à approvisionner. La CRE publie d'ailleurs le NTR de chaque ville.

Carte du réseau de transport de gaz français
Réseau de transport de gaz français.

Profil du consommateur

Un foyer utilisant le gaz pour la cuisson ou l'eau chaude présente une demande régulière tout au long de l'année. À l'inverse, un logement chauffé concentre l'essentiel de ses besoins sur l'hiver, au moment où tout le réseau est sollicité, et exige surtout une capacité élevée. Or ce n'est pas l'énergie annuelle qui dimensionne les infrastructures, mais la puissance nécessaire lors des pointes.

La capacité de transport normalisée, fondée sur le froid « au risque 2 % », traduit cette exigence. Voilà pourquoi l'ATRT des clients chauffés peut être deux fois plus élevé que celui des usages de base. Le climat local, via la station météo et le coefficient Zi, accentue encore ces différences entre territoires.