Nucléaire prêt à passer au vert, en attente de la commission européenne

Même si le stockage des déchets reste à ce jour problématique, le nucléaire risque de passer "énergie verte" selon la commission.

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Un classement vert pour le nucléaire : une volonté d’obtention de finances

La taxonomie consiste à dresser une liste des énergies bonnes pour l’environnement. Les énergies qui y seront inscrites auront de gros avantages, entre autres financiers. Ce qu’on appelle des crédits de finance verte, composés de subventions européennes mais aussi d’investissements privés. Le nucléaire et le gaz dans la taxonomie, une possibilité ?

Les énergies composant cette liste seront donc considérées comme durables. Elles permettront, selon l’Union européenne d’atteindre les objectifs de la décarbonation. Cette dernière vise des objectifs ambitieux, comme une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux années 90. Enfin, cette liste devait être rendue à la fin de l’année, mais a été repoussée à début 2022.

mix électrique en France

De la même manière que le nucléaire, la France voudrait mettre le gaz, sous certaines conditions, sur cette liste. Si l’Allemagne se montre contre le nucléaire, elle soutient le passage du gaz. La commission européenne doit donc proposer la liste des énergies qui auront donc accès aux finances. Cette dernière risque d’être controversée, mais patience…

La Commission européenne doit proposer, avant la fin janvier, une liste des énergies considérées comme vertueuses pour le climat, dite « taxonomie verte ». Cette classification ouvrira l’accès à la finance verte, donnant un avantage compétitif crucial aux filières reconnues. « Nous sommes très proches de la finalisation de notre travail sur l’acte délégué, qui inclura à la fois le gaz et le nucléaire », affirme le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt. « Nous allons avoir besoin d’encore dix jours ou deux semaines pour des consultations. J’espère que nous serons en mesure de présenter notre proposition finale mi-janvier ».

La position française vis-à-vis du nucléaire

La France, pro nucléaire, voudrait faire passer le nucléaire sur cette liste puisque ce dernier est non émetteur de CO2. En revanche, le nucléaire coûte cher actuellement. 49 milliards d’euros devraient être engagés pour les travaux sur les centrales actuelles, leur permettant de rester en activité dix ans de plus. De plus, la France a pour projet de relancer la construction de centrales, des EPR, alors que celui de Flamanville est toujours en cours de construction après avoir été estimé à 19 milliards d’euros. Une aide financière ne serait donc pas de refus.

Où plusieurs pays se montrent contre le nucléaire civil, d’autres affirment qu’on ne pourra pas atteindre les objectifs sans cette ressource. Le nucléaire et le gaz étant des énergies nécessaires à la transition, comme l’a précisé RTE. Lors d’une allocution présidentielle, Emmanuel Macron ne s’est pas caché de cet aspect. Le nucléaire est une énergie dont nous avons besoin « pour garantir l’indépendance énergétique de la France, pour garantir l’approvisionnement électrique de notre pays et atteindre nos objectifs. En particulier la neutralité carbone en 2050. Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la production de réacteurs nucléaires dans notre pays, et continuer de développer des énergies renouvelables« .

La France est aujourd’hui le plus gros producteur européen avec un parc de 56 réacteurs. Actuellement, la politique serait de conserver ce monopole puisqu’en plus de nous permettre de conserver une indépendance en électricité, elle permet de même de se servir d’une énergie décarbonée et économique, car le nucléaire, selon certains, devrait coûter moins cher. C’est néanmoins la question soulevée par les opposants au sein même du pays, qui voient cette énergie comme « coûteuse et dangereuse », voire « irresponsable ».

Une énergie verte ou un risque ?

Il faut dire que l’Europe est divisée sur la question. La France y voit aussi un domaine de souveraineté et surtout son indépendance énergétique. D’un côté, on retrouve les défenseurs du nucléaire qui le prônent comme une énergie en faveur de la transition écologique. D’ailleurs, c’est bien de ça qu’il est question, ils revendiquent le statut de « transition ». D’autres renoncent à cette ressource, notamment l’Allemagne qui souhaite sa sortie du nucléaire pour 2022.

Les aspects majeurs de l’opposition au nucléaire sont la dangerosité de cette énergie et sa pollution via les déchets. Tout le monde garde en tête le drame de Fukushima, entre autres.

Concernant la taxonomie, si le gaz et le nucléaire devaient s’y trouver, ils ne seraient pas au même niveau que les énergies renouvelables. Il y aurait donc une sous-catégorie englobant les énergies de transition. « Il s’agirait d’un système reposant sur un accord explicite et dans lequel un acteur du marché financier dirait : “le gaz et/ou le nucléaire peuvent être inclus dans mon portefeuille d’investissement, et ce n’est pas un problème pour moi », comme l’affirme Pascal Canfin, président de la commission de l’environnement au Parlement. Il s’agirait donc d’un compromis pour inclure le gaz et le nucléaire dans une catégorie transitoire, nous permettant d’atteindre nos objectifs.

Le gaz et le nucléaire ne seraient pas classés aux mêmes niveaux que les énergies naturelles renouvelables mais figureraient dans une sous-catégorie, type « énergie de transition ». Assez vert pour être dans la liste, mais pas assez pour figurer au sommet…

A noter qu’à ce jour, les fournisseurs verts prennent part à l’Arenh, dispositif mis en place par rapport à la revente de la production nucléaire à bas prix.

Des pays européens qui décident de sortir du nucléaire

  • L’Allemagne
    • En 2011, c’étaient 17 réacteurs exploités. 6 restaient en activité en 2021 et le pays prévoit d’arrêter toutes les centrales d’ici fin 2022. En revanche, cette opération demande un recours au gaz et au charbon pour compenser. Le pays prévoit de même d’arrêter ces dernières, et se donne 2030 comme horizon. La part des énergies renouvelables étant en augmentation, plus de 50 % en 2020.
  • La Belgique
    • Elle compte actuellement 7 réacteurs en activité et, sous condition, a l’intention de les mettre à l’arrêt d’ici 2025.
  • L’Espagne
    • Le pays compte 6 réacteurs en activité. Ces derniers représentent environ 20 % du mix énergétique du pays. L’Espagne compte une sortie du nucléaire échelonnée entre 2027 et 2035.
  • La Suisse
    • Elle dispose actuellement de quatre réacteurs et la dernière date théorique de sa sortie totale du nucléaire serait 2034. En revanche, le pays est mitigé par la question de l’approvisionnement, et la date n’est pas fixée.

Enfin, cinq pays sont formellement contre le passage du nucléaire dans la taxonomie. On retrouve notamment l’Allemagne, l’Espagne, le Luxembourg, le Danemark, mais aussi l’Autriche.

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