Energie : quels sont les impacts de la guerre en Ukraine ?

En plus du chaos socio-politique qu'elle génère, la guerre déclarée par la Russie à l'Ukraine a un impact sur l'énergie en France et en Europe. Lequel ?

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En 2021, la flambée des prix du gaz était conjoncturelle. Elle était due à la reprise de l’activité mondiale et aux diverses pénuries qui en ont découlé. De fait, les producteurs gaziers allaient au plus offrant. Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet. Il a déclaré : « Moi je suis un être rationnel, j’envoie mon gaz où il est le mieux payé. Et s’il est payé 2 dollars de plus en Chine qu’en Europe, j’envoie mon gaz en Chine, et vice-versa. C’est comme ça que ça se passe ». La Chine fait alors appel au gaz pour pallier la pénurie d’électricité. Elle avait décidé de stopper son importation de charbon.
Mais la guerre en Ukraine pose d’autres problématiques.

L’impact de la guerre en Ukraine sur l’importation de gaz

La situation est différente à ce jour, l’attaque de la Russie contre l’Ukraine inquiète le monde de l’énergie. Le gaz russe représente environ 40 % du marché européen du gaz, et environ 20 % du marché français. En Europe, actuellement, il y a de grandes problématiques industrielles qui pourraient bien bloquer le ravitaillement sur le vieux continent.

Ukraine sur l'importation de gaz

Selon Patrick Pouyanné toujours, il n’y a que deux solutions de ravitaillement en Europe. Pour cela, « soit on a des tuyaux, soit on a des terminaux de regazéification où on amène du gaz naturel liquéfié. […] Il faut deux à trois ans pour construire un terminal. La France en a, l’Allemagne n’en a aucun ». De fait, prendre le relai « rapidement » sur l’importation est très voire trop complexe pour pouvoir le faire, car on a des problèmes d’infrastructures.

De plus, il est important de noter que, s’il y a des terminaux dans les pays importateurs et des infrastructures dans le pays producteur, le transport reste indispensable. L’import maritime quant à lui est complexe, car il y a un manque mondial de navires méthaniers. Le fret maritime représente un des blocages à la reprise du commerce mondial.

L’impact de la guerre en Ukraine sur TotalEnergies, dont la Russie est le premier pays producteur

En effet, le fournisseur TotalEnergies a investi en Russie dès la chute du bloc URSS, en 1991. Il détient 19 % des parts du producteur russe Novatek. Par la suite, ce sont des projets qui ont vu le jour dans le nord de la Sibérie. Environ 17 % de la production de TotalEnergies sont réalisés en Russie, tant au niveau du pétrole que du gaz.

De fait, l’Ukraine joue un rôle majeur dans l’univers de l’énergie importée. C’est environ 85 millions de m3 transitent chaque jour par le pays, soit quasi 15 % des échanges. Si Gazprom confirme actuellement ne pas avoir fermé les vannes de la livraison vers l’Europe, rien n’indique que cela va durer.

De plus, le gestionnaire de réseau ukrainien, Gas TSO of Ukraine, pourrait bien être amené à fermer le transport pour des raisons de sécurité suite aux divers bombardements. Toutefois, Patrick Pouyanné reste persuadé que la Russie ne compte pas se servir du gaz comme une arme lors de la guerre en Ukraine.

Un impact qui se profile sur d’autres fournisseurs en France

Le fournisseur historique vient de racheter une partie de General Electrics, les turbines Arabelle. Cependant, le plus gros client de l’enseigne est le Russe Rosatom. Le rachat de ces turbines par la France, qui sont essentielles pour sécuriser ses activités nucléaires et les ancrer sur le territoire français, se fait via la filiale Framatome (ex Areva). Là encore, Framatome est partenaire de Rosatom sur plusieurs chantiers et vient de signer un accord avec le groupe russe pour une coopération dans le développement de fabrication.

Vattenfall, l’énergéticien suédois présent en France, a annoncé stopper la livraison de combustible nucléaire russe dans ses centrales.

D’autres enseignes françaises pourraient voir des problématiques dans cette guerre déclarée en Ukraine. Entre autres, nous retrouvons Engie, le fournisseur historique de gaz. En effet, ce dernier fait partie du projet concernant le gazoduc Nord Stream 2. Projet très controversé qui aurait permis à la Russie de contourner l’Ukraine pour livrer son gaz à l’Europe s’est vu gelé par le gouvernement allemand. Engie affiche un investissement d’environ 985 millions d’euros restant alors en suspens.

La directrice générale de l’enseigne, Catherine Mc Gregor, a déclaré à la mi-février que « le gaz russe est un composant majeur du mix gazier européen, français pour Engie. Donc on envisage un potentiel conflit russo-ukrainien comme vraiment une mauvaise nouvelle ». Elle ajoute que « s’il y avait de manière très ponctuelle et très court terme un problème, nous saurions faire […]. Mais à moyen ou long terme, on a besoin du gaz russe pour re remplir les stockages durant l’été. »

nord stream 2
Le projet de gazoduc sous-marin divise la planète

Focus : ce qu’il faut savoir sur le projet Nord Stream 2

Le projet du gazoduc est depuis longtemps controversé, un sujet diplomatique capital dans les derniers mois. En effet, les Etats-Unis se sont longtemps opposés à la construction de Nord Stream 2. Le gouvernement américain a été jusqu’à menacer les entreprises impliquées dans la construction. Nous retrouvons entre autres parmi elles Engie, le fournisseur français, et Shell, l’anglo-néerlandais. Les Etats-Unis voient dans ce gazoduc une dépendance supplémentaire à la Russie. Déjà en 2018, Trump annonçait que « l’Allemagne est prisonnière de la Russie. Elle paye des milliards de dollars pour ses approvisionnements en énergie, et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Ce n’est pas juste ».

A cette époque, la problématique sur le contournement de l’Ukraine était déjà présente. Il faut dire qu’à ce jour, les gazoducs russes alimentant l’Europe passent par des pays frontaliers comme la Pologne, ou bien l’Ukraine. Ce dernier retire un profit de ce transit, mais aussi une certaine sécurité, pensant que la Russie n’attaquerait pas un pays dans lequel il détient des infrastructures. C’est alors à partir de là que naît la volonté russe de faire passer ses livraisons énergétiques en sous-marins.

La construction de Nord Stream 2 s’est terminée le 10 septembre 2021 avec le remplissage d’une première conduite effectué en octobre et celui de la deuxième qui débutait à la mi-décembre. Si la mise en service du gazoduc devait permettre à l’Allemagne de doubler ses capacités de transport de gaz, elle a été suspendue par le chancelier et n’est plus d’actualité.

Il faut dire que l’Allemagne et les pays frontaliers avaient quelque chose à gagner avec le projet, et Poutine précisait que ce dernier n’était qu’à des fins commerciales qui arrangeaient tout le monde en ces temps de crise énergétique. En effet, la Russie avait ordonné une augmentation de livraison de gaz en novembre dernier. L’Allemagne voulait laisser une « échappatoire » pour lancer la mise en service du gazoduc dans le futur. Dans le même temps, elle a annoncé vouloir construire deux terminaux pour recevoir du gaz liquéfié.

Ce que la guerre en Ukraine a comme impact supplémentaire sur le gazoduc

En ce qui concerne le projet Nord Stream 2, le pays a précisé via l’Agence allemande fédérale des réseaux que sa décision sur la certification du gazoduc ne se ferait pas avant le milieu d’année. A partir de là, la Commission européenne devra aussi se prononcer sur l’homologation de ce dernier. Actuellement, au vu de la situation et de la déclaration de guerre en Ukraine, l’Allemagne est passée du côté des Américains qui, en fin d’année 2021, se servaient de la carte Nord Stream 2 pour calmer les ardeurs. En effet, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, avait alors déclaré que « si Vladimir Poutine veut que le futur Nord Stream 2 transporte du gaz, il ne prendra peut-être pas le risque d’envahir l’Ukraine ». De son côté, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a confirmé qu’il y aurait des répercussions et des conséquences claires si l’Ukraine venait à être envahie.

Les Etats-Unis ont alors assumé le fait que, s’il le fallait, ils étaient prêts à mettre fin au projet eux-mêmes en coupant les infrastructures sous-marines.

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