Négociations entre Orange, Bouygues et Free : un air de déjà-vu

Alors que l'idée d'un rachat de Bouygues Telecom semblait de plus en plus improbable, la découverte de nouvelles négociations entre cet opérateur, Orange et Free prend par surprise les observateurs du secteur.

Martin Bouygues
Ayant à cœur de conserver des intérêts dans le marché des télécoms, Martin Bouygues céderait sa filiale à Orange, numéro un du secteur, en échange de 15 % de ses actions. (Source : LesEchos)

Suite à l'abandon du rachat de Bouygues Telecom par Orange en juillet 2014, l'idée d'une nouvelle consolidation des télécoms semblait s'éloigner de plus en plus, à mesure que l'opérateur affirmait son indépendance et développait une politique agressive de conquête de clientèle en Internet fixe et en téléphonie mobile 4G, notamment en devenant le premier opérateur français à proposer la technologie VoLTE.

C'est donc avec une grande surprise que les observateurs du marché français des télécoms ont appris que des négociations sont actuellement en cours entre Martin Bouygues et le numéro un du secteur, Orange, voire même qu'elles progressent sous des auspices très favorables. Quelle forme pourrait prendre un rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom ? Dans quelle mesure Xavier Niel et Free pourraient-ils s'inviter dans la danse et jouer un rôle de facilitateur ?

Vers un mariage entre Orange et Bouygues Telecom ?

Dès la fin du mois de novembre, des rumeurs faisaient état de pourparlers entre Orange et Bouygues Telecom en vue d'une éventuelle fusion des deux opérateurs. Une information que Bouygues Telecom s'était alors empressé de démentir. La dernière édition du Journal du Dimanche apporte davantage de substance à l'affaire et confirme l'existence de discussions très sérieuses entre Stéphane Richard, le P-DG d'Orange, et son homologue Martin Bouygues depuis le 27 novembre.

Les négociations seraient même assez avancées si l'on en croit une source proche du dossier, qui évoque une « bonne dynamique » et indique qu'elles doivent « entrer dans le dur » à compter de ce lundi 14 décembre. Selon ces premiers comptes-rendus non officiels, il semblerait que le principe du mariage entre les deux opérateurs soit en réalité déjà établi, et que la discussion aborde désormais les modalités pratiques.

Le dossier pourrait finalement être bouclé dès la fin du mois de décembre 2015 ou le début du mois de janvier 2016 ! Une vraie révolution dans un marché des télécoms dominé par quatre opérateurs, et qui vise une concentration à trois acteurs depuis des années.

Bouygues Telecom serait cédé en échange d'actions Orange

Le prochain rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom pourrait prendre la forme non pas d'un rachat pur et simple – comme ce fut par exemple le cas pour Numericable et SFR – mais d'un véritable marché donnant-donnant. Souhaitant à tout prix conserver des intérêts dans le marché des télécoms, Martin Bouygues céderait sa filiale en échange d'une entrée de Bouygues SA au capital d'Orange. Initialement fixé à 25 %, le pourcentage des parts cédées à Bouygues devrait finalement s'élever à 15 % des actions Orange selon les dernières informations révélées par Bloomberg. De cette manière le groupe Bouygues, bien loin de renoncer à l'activité télécom, bénéficierait d'un important pouvoir d'influence au sein du numéro un français.

Dans le même temps, l'opération nécessiterait un rééquilibrage de la participation de l'État français, qui ne détiendrait plus que 20 % d'Orange au lieu de 23 % actuellement.

Une participation probable de Free

En raison de sa situation déjà dominante sur le marché, Orange n'obtiendrait vraisemblablement pas le feu vert de l'Autorité de la concurrence et de l'ARCEP pour une absorption complète de Bouygues Telecom. C'est la raison pour laquelle Stéphane Richard doit composer avec l'autre interlocuteur incontournable qu'est Free. Afin de rendre plus « digeste » le mariage entre Orange et Bouygues Télécom du point de vue des règles de la concurrence, la firme de Xavier Niel pourrait elle-même racheter une portion de ce dernier, sous la forme d'une partie du réseau (antennes, infrastructures…), de la clientèle et des boutiques physiques.

Si le montant exact n'est pas encore connu avec certitude, la participation de Free devrait atteindre au moins 2 milliards d'euros. C'est la somme que Xavier Niel s'était déjà engagé à verser lorsque d'autres négociations, avortées depuis, avaient été engagées entre Numericable-SFR et Bouygues Telecom. Confronté à un calendrier serré pour le déploiement de ses propres réseaux 3G et 4G (60 % de la population couverte à ce jour), Free devrait en tout cas trouver un intérêt direct à entrer dans les négociations.

Accord de principe du gouvernement pour un marché à trois opérateurs

Attachées au maintien d'une concurrence saine et de prix bas sur le secteur, les autorités publiques n'ont pas manqué de faire preuve par le passé d'une certaine retenue concernant une concentration du marché des télécoms entre les mains de trois opérateurs seulement. La situation est pourtant en train d'évoluer : à l'occasion d'une réunion ministérielle, le ministre de l'Économie Emmanuel Macron a ainsi précisé qu'il n'avait « pas de religion sur le sujet en général » et que le gouvernement ne s'opposerait pas par principe à une fusion.

Seules conditions posées : que la transaction ne remette en cause ni la situation de l'emploi chez les différents opérateurs, ni la « priorité à l'investissement » dans les secteurs les plus stratégiques du moment, dont notamment la fibre optique et la technologie 4G.

Telecom Italia : un autre dossier en ébullition

Les grandes manœuvres actuelles entre Orange, Bouygues Telecom et Free ne manquent pas de donner des idées à d'autres grands groupes. En parallèle de ce dossier, d'autres discussions sont en cours, notamment concernant l'avenir de Telecom Italia, de l'autre côté des Alpes. L'opérateur italien suscite par exemple la convoitise de l'homme d'affaires Vincent Bolloré. Sachant qu'un rapprochement entre Telecom Italia et Orange semble envisagé à moyen terme, l'homme d'affaire souhaiterait acquérir le premier pour pouvoir ensuite entrer au capital du second, tout comme s'apprête à le faire Martin Bouygues.

Toutefois Xavier Niel pourrait, là aussi, jouer le rôle de trublion ou d'intermédiaire. Le fondateur d'Iliad possède déjà en effet un peu plus de 15 % des parts de Telecom Italia. Va-t-il céder cette participation à Bolloré, ou la conserver pour intégrer lui aussi le capital d'Orange ? Dans tous les cas, les pièces d'un jeu complexe semblent se mettre en place, ce qui ne manquera pas d'occuper les commentateurs pendant les mois à venir.

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