Rachat de Bouygues Telecom : les raisons du refus d’Orange

Orange a annoncé mercredi qu’il renonçait à acquérir son concurrent Bouygues, estimant que « les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui » pour une telle opération. Les discussions auront achoppé sur le prix, aggravant d’autant le désaccord naissant entre Orange et Free quant au faible engagement du second aux yeux du premier dans ce dossier. Bouygues Telecom, filiale télécom du géant des BTP français, va ainsi continuer à faire cavalier seul. Pour l’heure.

Orange renonce à racheter Bouygues

« Orange a exploré les possibilités de participer à une consolidation du marché français des télécoms et juge que les conditions que le groupe avait fixées ne sont pas réunies aujourd'hui pour y donner suite ». Par ce communiqué laconique, Orange a ainsi officialisé son refus de participer au rachat de Bouygues Telecom.

Pas de ménage à trois dans les télécoms

À l'heure de se passer la bague au doigt, l'ensemble des voyants étaient pourtant au vert. Le principal frein à ce projet d'union, à savoir le risque concurrentiel, avait été indirectement levé à l'exemple de l'autorisation récemment accordée par Bruxelles à Telefonica et KPN de fusionner outre-Rhin. Les fiançailles avaient reçu la bénédiction de l'État, par l'intercession du ministre Montebourg, l'un des soutiens les plus proactifs à une consolidation du secteur. Les places boursières avaient quant à elles accueilli favorablement ce rapprochement, les cours d'Orange comme d'Iliad grimpant dès l'annonce rendue publique de l'opération.

Autant de signaux avant-coureurs qui auront paradoxalement conduit nombre d'analystes du secteur dans l'erreur. Le mariage, ou plutôt, le démembrement de Bouygues n'aura pas lieu. Du moins, pas pour le moment. « Démembrement », car au vu des derniers éléments relayés dans les rédactions, il s'agissait bien plus dans ce dossier d'un partage d'actifs entre les deux candidats – Orange et Free – que d'une fusion au sens strict du terme. 

Dans le détail, soulignons que la particularité de l'échec des négociations tient tant à un désaccord entre Bouygues et ses acheteurs qu'à une mésentente entre les deux candidats au rachat. Pour partie, le prix exigé par Martin Bouygues pour sa filiale éponyme a constitué une première pomme de discorde. Des bruits de presse évoquent un montant compris entre 7,5 et 8 milliards d'euros défendu par le P-DG du groupe industriel, quand Orange associé à Bouygues envisageait un prix d'achat moindre, portant sur l'ensemble des actifs de Bouygues.

La question du prix n'explique pas tout

Une seule question de « gros sous » comme principal écueil à ce mariage ? Si ce refrain peut sembler familier, c'est qu'il a déjà été entonné en guise d'explication à l'échec de l'offre déposée au mois d'avril par Free, alors candidat au rachat de Bouygues. Souvenons-nous que les négociations avaient à l'époque – déjà – buté sur le montant de la valorisation du troisième opérateur français. Xavier Niel s'était alors vu répondre une fin de non recevoir à son ébauche de proposition à hauteur de 6 milliards d'euros.

Si un désaccord persistant portant sur le prix de rachat de Bouygues a pu de nouveau gripper les négociations récentes engagées avec Orange, ce n'est pas là l'unique pierre d'achoppement. Dans ce dossier, Orange a toujours fait preuve de retenue, à l'instar de son P-DG Stéphane Richard, soucieux de « ne pas engager [son groupe] dans une aventure ». Il est alors progressivement apparu naturel aux actionnaires de l'ancien monopole public de s'associer à Iliad, maison-mère de Free, en vue de partager et circonscrire les risques concurrentiels d'une telle opération.

Précisément, la raison de l'échec des négociations est autant le fait d'une mésentente entre candidats au rachat qu'entre vendeur et acheteurs. C'est du moins le sens des propos du dirigeant d'Orange, interrogé par La Tribune au lendemain de l'échec du rapprochement. Clairement, le faible engagement de Free dans ce dossier a contribué pour une large part à cette rupture de noces. Comme l'explique M. Richard, « Iliad ne voulait pas aller suffisamment loin dans sa participation à l'opération ». Autrement dit, Free ne se serait porté candidat qu'à la reprise du réseau et de certaines fréquences de Bouygues, quand Orange attendait de sa part un partage à parts plus égales des actifs de l'opérateur.

Un autre mariage n'est pas exclu

Résumons. Un désaccord sur le prix de vente et le faible engagement de Free dans le dossier auront conduit à la rupture des négociations. Soit. Mais est-ce à dire que tout mariage est définitivement exclu ? Pour l'heure, oui. Mais c'est toutefois sans préjuger du fait que le dossier ne se rouvre dans quelques mois, à l'initiative d'autres parties prenantes, tel SFR-Numericable… Dans l'immédiat et face à ce constat d'échec, Bouygues, fidèle à sa décision de continuer en solitaire, ne peut que poursuivre ses offensives commerciales agressives, et taper notamment là où cela fait mal : sur le fixe, « rente » de son rival Free. 

Mais la problématique à laquelle l'opérateur doit faire face reste inchangée. À savoir, l'acquisition d'une taille critique pour affronter une concurrence qui fait rage sur le marché depuis deux ans déjà et rogne les marges de revenu de l'ensemble de ses acteurs. De même que les conséquences sociales directes qu'entraîne la nécessité pour le groupe de réaliser des économies d'échelle demeurent plus que jamais d'actualité. Rappelons que la filiale télécom de Martin Bouygues prévoit toujours l'exécution d'un plan social – massif – visant à couper dans ses effectifs d'ici à l'automne. Des pertes d'emploi brutes dans un secteur qui bénéficie pourtant d'une relative croissance.

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