Gaz de charbon : la France reporte son intérêt sur un gisement lorrain

La guerre en Ukraine pousse les Européens à chercher des alternatives au gaz russe. Un stock de gaz de charbon dort en Lorraine, focus !

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Le gaz de charbon, qu’est-ce que c’est ?

Le charbon provient de la décomposition de matières organiques d’origine végétale, et s’est produit sur quelques millions d’années. Cette biomasse, recouverte d’eau et de boues, s’enfonce et se transforme en sédiments sous l’effet de la température et d’une pression constante. Cette transformation génère du gaz se retrouvant alors piégé. C’est ce que l’on appelle le gaz de charbon ou encore « grisou ». Dans le bassin minier de Lorraine, ce gaz de charbon est composé à 95 % de méthane.

gaz de mine

A ne pas confondre : gaz de mine et gaz de couche de charbon

En effet, le gaz convoité par la Française de l’Énergie (FDE) est du gaz de couche de charbon, et non du gaz de mine. La FDE est un producteur de gaz français, créé en 2009, en Lorraine. Son but ? Proposer une énergie en circuit court afin de répondre aux besoins de proximité dans le respect de l’écologie.

Quelle est la distinction entre le gaz de mine et le gaz de couche de charbon ?

La gaz de mine, une valorisation pertinente

Le gaz de couche de charbon, appelé « vert » par abus de langage, provient des mines abandonnées. S’il n’est pas récupéré, il s’évapore dans l’atmosphère, générant ainsi des envolées de méthane, un gaz nocif et très polluant. Il suffit simplement de le pomper pour l’exploiter. La FDE en extrait environ 600 000 tonnes par an. Elle commercialise déjà ce type de gaz via sa filiale Gazonor dans l’ancien bassin minier du Nord.

Après l’abandon d’une mine, le grisou, ou bien gaz de mine, continue à se libérer lentement dans les galeries désaffectées. Il peut alors s’échapper des mines via des conduits naturels ou artificiels, des effondrements miniers ou bien par des roches perméables. Cette libération est à risque, car elle peut être sujette à des explosions ou bien des inflammations. Des forages de décompression ont été creusés. Cela permet de contrôler au mieux cette libération. Ces forages agissent comme une soupape qui, à l’instar d’une cocotte minute, va libérer de façon régulière la pression et le gaz.

En revanche, un problème se pose, car ce gaz est composé en majeure partie de méthane. Ce gaz a un potentiel de réchauffement 28 fois plus élevé que celui du CO2. De fait, il est plus polluant et plus néfaste pour le climat. Valoriser ce gaz en le récupérant et l’exploitant reste donc pertinent et utile pour la transition énergétique.

Le gaz de couche de charbon

Le gaz de couche de charbon, quant à lui, est prisonnier de veines de charbon inexploitées. Pour récupérer ce dernier, il faut faire des forages d’un kilomètre de profondeur, à minima.

La FDE fore à la verticale jusqu’à la veine de charbon. Ensuite, un forage horizontal sur plusieurs centaines de mètres est effectué à l’intérieur de cette même veine. Là encore, il ne faut pas confondre cette extraction avec le gaz de schiste. En effet, il s’agit là d’un procédé bien moins intrusif.

Pour rappel, l’extraction de gaz de schiste s’effectue par fracturation hydraulique. Elle consiste à injecter un mélange de produits chimiques et d’eau à forte pression dans les veines. Cela fait fracturer les massifs qui laissent échapper les gaz. Ce procédé pose des problèmes environnementaux et sanitaires importants.

charbon

La FDE n’a pas recours à la fracturation hydraulique. Comme l’explique Antoine Forcinal, le Directeur général délégué de la FDE, « ces veines de charbon sont naturellement fracturées et fissurées par des épisodes géologiques de compression et de détente. C’est ce qui a fait l’intérêt de ce bassin par rapport à d’autres […]. Il faut rappeler que la liste des produits susceptibles d’être utilisés lors du forage a été soumise pour approbation d’un hydrogéologue agréé qui a rendu un avis favorable. Ces produits et les volumes potentiellement utilisés ne représentent donc pas de danger pour l’environnement et la santé du personnel sur site ».

La guerre en Ukraine vient mettre le sujet du bassin lorrain inexploité sur la table

« Dans cette période de transition écologique et environnementale, la France aura encore besoin de gaz. Or cette ressource est actuellement importée à 99 % de la mer du Nord, de Russie, mais aussi des Etats-Unis, où sont exploités les gaz de schiste », explique Pascal Mittelberger, le responsable des relations publiques à la FDE. A terme, le méthane pourrait être injecté dans le réseau gazier ou bien transformé en électricité. En effet, la combustion de ce gaz dans un moteur pour produire de l’électricité peut être intéressante. Elle permet, entre autres, de rejeter du CO2 et non du méthane, ce qui est moins dangereux et moins polluant.

En Lorraine, c’est de l’or sous nos pieds. Un gigantesque gisement de ce gaz de charbon repose, estimé à « 190 milliards de mètres cubes ». Cela ne parle pas forcément, alors sachez que c’est l’équivalent de 5 ans de consommation de gaz en France !

Actuellement, la guerre en Ukraine fait grimper les prix de l’énergie, et l’Europe réfléchit d’autant plus à gagner son indépendance vis-à-vis du gaz russe. Alors que la Russie génère environ 40 % de l’apport gazier en Europe, ce gisement se révèle d’autant plus intéressant. « On consomme en moyenne 40 milliards de m³ par an en France », précise Pascal Mittelberger. Depuis 2018, l’objectif de la Française de l’Énergie est de « capter ce gaz et le valoriser en circuit court auprès des habitants et industriels locaux, à un tarif compétitif ».

La Française de l’Énergie milite pour le droit à l’exploitation de ce gaz de charbon

En effet, cela fait quelques années que la FDE fait valoir ce bassin minier pour son gaz de charbon. Pascal Mittelberger explique que l’entreprise a « réalisé cinq forages de test, dont le dernier en 2018. Depuis ce dernier essai, nous avons déposé une demande afin de pouvoir exploiter cette concession. Le dossier est encore en instruction. A l’automne 2020, une enquête publique a débouché sur un avis favorable des commissaires enquêteurs. Nous attendons donc le feu vert de l’Etat avant de pouvoir entreprendre les forages et extraire le gaz ». Sur le puits concerné par le bassin, la surface de l’eau contenue dans les charbons a été analysée, par un laboratoire indépendant allemand. Ce dernier offre des résultats « démontrant que c’est une eau propre, compatible avec l’environnement, et se prêtant dans les futur à de possibles utilisations industrielles ».

charbon sédiment

Antoine Forcinal quant à lui, pointe du doigt un sujet supplémentaire, l’écologie. En effet, une production locale de gaz pour une utilisation locale, en plus de coûter moins cher que l’importation, propose une production plus propre que la solution d’import que nous avons actuellement. Il appuie cette économie écologique en disant qu’ils militent « pour que le gaz de couche de charbon bénéficie d’une certification d’origine, car son empreinte carbone est moindre par rapport au gaz importé ». De plus, cette production réduit la dépendance énergétique aux autres pays.

Une volonté de circuit court en priorité

Même si, comme nous l’avons vu, ce bassin minier regorge de gaz pour couvrir la consommation du pays pendant cinq ans, ce n’est pas l’objectif premier de la Française de l’Énergie. En effet, son objectif premier est de « travailler en circuit court : nous avons des contrats avec des régies locales pour alimenter les foyers lorrains », précise Pascal Mittelberger.

La FDE espère pouvoir commencer les forages en 2023 afin de mener son activité sur la concession sur plusieurs années. En tout, cela devrait être 40 plateformes d’extraction qui seraient mises en place. Il y a des procédures à respecter qui ne permettent pas de « forer n’importe où. […] Il y a des distances à respecter et nous allons nous rapprocher de chaque commune avant de commencer à opérer », explique Pascal Mittelberger.

Malgré le scepticisme de certains élus et de manifestants écologistes, des études ont été menées pour analyser l’eau du massif. Cette dernière n’a relevé aucune anomalie, elle a été reconnue propre et non polluée. De plus, dans le cas de la demande de la Française de l’Énergie, la fracturation hydraulique ne sera pas utilisée.

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