Approvisionnement en électricité : un état de vigilance pour cet hiver

L’électricité ne peut pas être stockée en grande quantité, contrairement au gaz par exemple, et la production injectée dans le réseau doit être égale à tout moment à la quantité d’électricité consommée. Autrement dit, si la consommation perdure là où la production faiblit, cela peut entraîner des coupures.

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L’importance de l’approvisionnement en électricité

La France est de plus en plus sensible à la sécurité d’alimentation et à la qualité de fourniture en énergie. De fait, il est essentiel de garantir l’approvisionnement en électricité pour éviter les risques de coupures de courant, qu’elles soient localisées ou à grande échelle.

Quelques notions peuvent impacter l’équilibre entre l’offre et la demande :

  • des pointes de consommation, qui apparaissent lors d’évènements climatiques extrêmes
  • des fluctuations dues à la saisonnalité de production intermittente. C’est le cas des énergies renouvelables (en fonction des conditions climatiques, de vent, de nébulosité, d’ensoleillement…)
  • un défaut générique affectant plusieurs réacteurs nucléaires

Deux fois par an, RTE (le réseau de transport de l’électricité) réalise des analyses saisonnières. Cela permet d’anticiper d’éventuels problèmes d’approvisionnement en électricité. Ainsi, nous pouvons évaluer les stocks pour le passage en été, mais aussi le passage en hiver, saison où la consommation augmente.

La problématique de l’intermittence des énergies vertes face à la pointe de consommation

Jusqu’au milieu voire à la fin des années 2000, elle ne représentait pas d’enjeu à proprement parler. En revanche, la mise en place des premiers parcs éoliens et photovoltaïques ont posé un réel questionnement. RTE a effectué et publié un bilan prévisionnel pour montrer les impacts de ces énergies sur le système électrique. N’ayant aucun stockage possible à ce jour, leur approvisionnement en électricité reste une réelle problématique. L’éolien crée un besoin de flexibilité hebdomadaire où le photovoltaïque en crée un journalier, voire à l’heure (temps d’ensoleillement, etc.).

A l’horizon 2030, RTE témoigne d’une augmentation de la variabilité hebdomadaire, notamment si plusieurs jours sans vent ni soleil se succèdent.
Il faut donc voir la variabilité de la production avec celle de la demande. Cette dernière se caractérise par les différentes périodicités :

  • saisonnière, qui démontre une consommation plus forte en hiver qu’en été
  • hebdomadaire, on consomme plus les jours ouvrés qu’en week-end
  • journalière, avec une pointe de consommation le matin et le soir, avec un creux d’autant plus important pendant la nuit

En France, le principal risque sur l’approvisionnement en électricité est la pointe de consommation hivernale. Des pics de demande ont lieu lors des vagues de froid qui font grimper la consommation électrique moyenne. Il faut donc dimensionner le parc de production en fonction du pic de consommation et non de la demande moyenne annuelle.

offre d'électricité verte d'EDF

Pourquoi une vigilance sur l’approvisionnement en électricité pour cet hiver 2021 /2022 ?

La crise sanitaire affecte toujours la production d’électricité en France. Les températures baissent à l’arrivée de l’hiver, et RTE prévoit un hiver sous vigilance particulière pour l’approvisionnement en électricité. Les différents confinements et autres mesures ont fait prendre du retard aux travaux de maintenance du parc nucléaire. Le gestionnaire estime 5 à 15 réacteurs à l’arrêt cet hiver, sur les 56 que compte le pays. RTE précise qu’il se tournera alors vers l’énergie renouvelable, dont les installations éoliennes et solaires sont plus nombreuses qu’en 2020. « Le parc de production renouvelable (éolien, solaire et barrages), reposant sur des stocks hydrauliques dans la moyenne historique et des installations éoliennes et solaires plus nombreuses que l’année précédente, contribuera à l’équilibre du système », précise RTE.

« En 2021, on a un programme de maintenance du parc nucléaire qui est toujours assez chargé », a indiqué Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE. Au début 2022, « il faut s’attendre à une disponibilité du parc nucléaire plus faible que la moyenne historique puisque les confinements successifs ont décalé sur la période hivernale la maintenance de certains réacteurs », a-t-il ajouté. Néanmoins, RTE précise avoir anticipé ces éléments. Ces arrêts s’ajoutent à ceux liés aux visites décennales des réacteurs prévues quant à elles de longue date. La problématique reste sensible puisque, rappelons-le, 70 % de la production électrique française sont d’origine nucléaire.

RTE parle alors de la fin d’année en exprimant un « risque de tension relativement faible », mais prône plus de prudence pour janvier et février. Ces deux mois représentent cependant la période la plus centrée sur des vagues de froid potentielles.

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La météo sur janvier et février, source d’incertitudes sur l’approvisionnement en électricité

Bien évidemment, on ne peut pas « prédire » la météo et les vagues de froid potentielles du début d’année, mais on se doute que l’approvisionnement en électricité, au vu des points ci-dessus, va être tendu.

« On n’a pas encore de boule de cristal sur les conditions météos pour les mois de janvier et février », confirme Jean-Paul Roubin au micro d’Europe, directeur d’exploitation de RTE. « Est-ce qu’il fera froid ? Il y aura-t-il du vent ? On va attendre d’avoir plus de certitudes. Pour autant, avec les données dont on dispose aujourd’hui, on considère qu’on n’est pas dans des disponibilités de production qui permettent d’évacuer tout risque par rapport à la sécurité d’approvisionnement, mais sans générer une alerte très forte à ce sujet-là. »

Face à ces incertitudes, RTE fera une actualisation de son diagnostic fin décembre et courant janvier. De fait, il pourra y intégrer les dernières informations sur la disponibilité des centrales et sur les prévisions météorologiques. Une réévaluation du risque pesant sur ces deux premiers mois aura donc lieu.

« On ne peut pas exclure de rentrer ponctuellement dans des situations de tension entre l’offre et la demande », précise-t-il. Ceci dit, il n’est pas impossible d’agir pour une baisse de la consommation, en cas d’urgence.

Le dernier recours, des coupures ciblées

Pas de panique, nous ne sommes pas dans un scénario catastrophe où le black-out entre en scène. En revanche, si l’électricité venait à manquer, RTE pourrait prendre plusieurs mesures. Parmi elles, l’incitation aux écogestes. De plus, une baisse de tension sur l’ensemble du réseau est envisageable. Enfin, et en dernier recours, des coupures d’électricité ciblées ne sont pas impossibles

Comment cela se passe-t-il ? C’est ce que l’on appelle une procédure d’effacement. Elle permet ainsi de réduire temporairement la consommation d’électricité de sites industriels. Ces derniers accepteraient un décalage de leur production en échange d’une rémunération.

Au vu de la situation, en temps et en heure, ce qui peut arriver de pire serait des baisses de tension. Ces dernières, évaluées tout au plus à 5 %, pourraient être décidées sur l’entièreté du réseau de distribution d’électricité, mais seraient « imperceptibles » pour le consommateur, comme le précise RTE.

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