De l’eau ! Quand le climat impacte la production d’énergie

La tension sur le marché de l'énergie ne cesse de grimper. Des réacteurs à l'arrêt, des centrales hydroélectriques fermées, l'impact du manque d'eau sur notre production.

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Une centrale nucléaire a besoin d’eau pour refroidir

En effet, ces derniers jours, EDF a annoncé la baisse de production de plusieurs de ses réacteurs à cause de la sécheresse. Pourquoi ? Parce que les centrales puisent l’eau des rivières pour le refroidissement des réacteurs et des turbines.

L’énergéticien a fait ce choix notamment pour la centrale du Blayais, en mai, « en raison des prévisions de températures élevées sur la Garonne. De faibles restrictions de production sont susceptibles d’affecter le site de production nucléaire » explique EDF. En juillet, c’est en effet le site de Golfech qui est touchée. Par souci environnemental et parce que l’eau utilisée pour refroidir les centrales est réinjectée dans les rivières après opération.

Des limites réglementaires ont été mises en place dans l’hexagone. Le réchauffement entre l’amont et l’aval de la centrale est contrôlé lui aussi, et il ne doit pas dépasser les 1.25°C dans le Tarn-et-Garonne. Ces limites ont été décrétées pour la protection de la faune et de la flore des cours d’eau concernés.

Fin mai 2022, Jean-Luc Mélenchon expliquait aux micros de RTL qu’il y avait « la moitié des réacteurs déjà à l’arrêt pour des raisons de corrosion. Je vous mets en garde, il risque d’y en avoir d’autres cet été à cause de la sécheresse ».

EDF effectue un dispositif d’adaptation au manque d’eau

Selon l’énergéticien, des dérogations existent « en cas de nécessité pour le bon fonctionnement du réseau électrique ». En effet, les règles concernant les prélèvements et réinjections d’eau ont été assouplies en 2014. Ce dispositif d’assouplissement n’a été utilisé qu’une seule fois en 2018. Et ce pour une durée de 36 heures, à la centrale de Golfech.

Toutefois, en 2022, ce sont quatre centrales qui ont demandé à en bénéficier. Celle de Golfech notamment, mais aussi celle du Blayais, celle de Bugey et la centrale de Saint-Alban, en Isère. Cette demande a été acceptée en partie dans la mesure où on serait dans « des situations où le gestionnaire de réseau de transport de l’électricité (RTE) requiert le fonctionnement de l’installation pour assurer la sécurité du réseau ou l’équilibre consommation / production ».

Pour respecter les limites, EDF a choisi de ne faire tourner la centrale de Golfech qu’à un cinquième de sa puissance.

Dans cette dérogation, seules les limites de température dans les rejets sont suspendues. Autrement dit, il n’y a aucune suspension concernant les différences de réchauffement entre l’amont et l’aval de la centrale.

Les baisses de production ont commencé dès début juin en 2022. De fait, Cécile Laugier, la directrice environnement à la direction de la production nucléaire, admet que cette année, de fortes chaleurs sont en avance par rapport à d’habitude. Selon elle, « l’été pourrait être marqué par des épisodes anticycloniques assez longs. […] L’étiage des fleuves pourrait encore être marqué en septembre ».

L’hydroélectricité, soit environ 13 % du mix français

Le rapport RTE explique que « la gestion des stocks hydrauliques devra évoluer. Alors que la capacité du parc est stable depuis plusieurs années, des variations importantes de productions pourraient être observées à l’avenir à l’échelle annuelle ». L’eau est la deuxième source de production d’électricité après le nucléaire, avec quasi 13 % de la production nationale. En revanche, un constat troublant est porté aux micros de BFM par Pierre-Jean Grangette, le directeur de la valorisation de l’énergie à la compagnie nationale du Rhône. « Sur un an, sur le Rhône et la Durance, on observe un déficit pluviométrique de l’ordre de 30 %. Il n’y a rien de catastrophique à cette date, mais il faudrait que cela s’arrange. Globalement, on a une diminution de la production hydroélectrique sur les sept premiers mois d’environ 25 % par rapport à une année normale ».

Cette baisse est due notamment à de fortes chaleurs et une sécheresse rude. A ce jour, 92 départements sur 96 sont en alerte sécheresse. Le pays connait un déficit pluviométrique de 85 % sur le mois de juillet.

Des débits moins importants qui entraînent une production plus faible et la chaleur et le manque d’eau pèsent donc sur les barrages hydroélectriques.

Pierre-Jean Grangette n’est pas des plus favorables quand il confirme qu’on « ne rattrapera pas le retard de pluviométrie cette année. Compte tenu du printemps sec et chaud qui vient de s’écouler, nous avons peu de réserves de neige non fondue qui pourraient accroître nos réserves. Par ailleurs, les mois qui viennent sont traditionnellement plutôt secs ».

Des barrages sous haute surveillance par manque d’eau

La sécheresse frappe de plein fouet toute la France et les nappes phréatiques sont à un niveau plus bas. La production électrique par l’énergie hydraulique représente la deuxième source d’approvisionnement en France, derrière le nucléaire. Les barrages hydroélectriques sont à ce jour sous haute surveillance. Le pays compte 400 barrages de différente taille, et ces derniers produisent entre 10 et 13 % de l’électricité française.

A travers l’hexagone, certaines centrales nucléaires ont diminué leur production. Un spécialiste de l’énergie, Benjamin Wilkin, explique que « le fait d’avoir trop peu d’eau peut conduire à l’arrêt du fonctionnement des centrales. Aujourd’hui, l’hydroénergie a comme grande qualité d’avoir une capacité de production constante à l’année. A partir du moment où l’on a des épisodes de sécheresse […], on aura des périodes de non-production de ces systèmes. C’est donc une forme de perte de stabilité de production ».

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