L'UFC-Que Choisir dénonce une « fracture sanitaire » qui s’aggrave

Ophtalmologistes, pédiatres, gynécologues... Quelle que soit la discipline retenue, l'UFC note que l'offre des spécialistes au tarif de la Sécurité sociale s'est raréfiée pour plus d'un Français sur deux.

Fracture sanitaire UFC-Que Choisir
Les zones rurales ainsi que plus généralement le centre du pays connaissent de réelles difficultés d'accès aux médecins généralistes. (Crédit : UFC-Que Choisir)

Les difficultés rencontrées par de nombreux Français pour obtenir un rendez-vous avec certains médecins spécialistes, ou même pour trouver un médecin traitant proche de leur domicile ne se sont pas arrangées au fil des dernières années. Dans sa dernière étude relative au sujet sensible des déserts médicaux, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir se fait virulente et dénonce une « déplorable aggravation » du phénomène.

Avec, d'ailleurs, un fait nouveau et particulièrement inquiétant : si les patients des campagnes se sentent de plus en plus éloignés des professionnels de santé, ceux des villes peuvent quant à eux avoir du mal à échapper à des dépassements d'honoraires parfois très douloureux…

L'UFC-Que Choisir dresse une carte de la fracture sanitaire en France

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Comme elle l'avait déjà fait en 2012, L'UFC-Que Choisir vient de procéder à une nouvelle analyse de « l'offre exhaustive de soins de ville » à travers tout le territoire français, en retenant au total quatre spécialités : les médecins traitants, les ophtalmologistes, les gynécologues et les pédiatres. Sur la base des professionnels recensés et de leurs coordonnées, l'association a dressé quatre cartes qui laissent apparaître les zones dans lesquelles les habitants disposent d'un accès satisfaisant ou insuffisant à ces soins médicaux.

Le critère retenu, pour le bon accès aux soins, est un délai de route maximal de 30 minutes pour un médecin généraliste et de 45 minutes pour les spécialistes. Attention toutefois : les seuls professionnels retenus par l'UFC dans le cadre de cette étude sont les médecins établis en secteur 1, c'est-à-dire ceux qui ne pratiquent aucun dépassement d'honoraires. Ce choix méthodologique, selon l'association, permet de croiser « les deux dimensions de l'accès aux soins, géographique et financière ».

Une progression des déserts médicaux dans les campagnes…

Les conclusions de l'enquête sont sans appel, et dénotent une extension rapide des déserts médicaux entre 2012 et 2016. Plus de 25 % de la population française, en particulier, aurait connu une dégradation de ses conditions d'accès au cabinet d'un médecin généraliste pendant ces quatre années. Soit le signe indubitable d'un départ à la retraite accéléré des médecins de campagne, pas toujours remplacés par de jeunes confrères.

Les chiffres sont encore plus parlants pour les médecins spécialistes. En quatre ans, 38 % des Français ont connu une dégradation de leurs conditions d'accès à un ophtalmologiste. Cette proportion passe à 40 % pour les pédiatres et même à 59 % pour les gynécologues, lanterne rouge. Au total et en moyenne, UFC-Que Choisir note que l'offre des spécialistes au tarif de la Sécurité sociale s'est raréfiée pour plus de 50 % de la population, et ce « quelle que soit la spécialité étudiée ».

Évolution de l'accès géographique aux soins entre 2012 et 2016
Évolution de l'accès géographique aux soins entre 2012 et 2016 (en pourcentage de la population française) - Source : UFC-Que Choisir à partir de données Assurance maladie

Au total, 14,6 millions de Français vivent désormais à plus de 30 minutes d'un généraliste. Ils sont 21,1 millions à habiter à plus de 45 minutes du premier pédiatre…

…mais également un « désert des villes » en secteur 1

Les habitants des grandes villes peuvent sembler mieux lotis en termes de densité médicale, mais doivent faire face à un autre obstacle, cette fois d'ordre financier. La « dérive sans fin » des dépassements d'honoraires en secteur 2, selon l'UFC Que Choisir, se poursuit au même rythme qu'auparavant malgré les dispositifs mis en place par les autorités publiques. L'association relève que le prix moyen d'une consultation médicale a connu en quatre ans une augmentation de 3,2 % à 8,8 % selon les spécialités, malgré un contexte de très faible inflation. Une hausse à mettre en perspective avec la volonté prêtée à l'Assurance maladie de revaloriser à hauteur de 25 euros le prix d'une consultation chez un généraliste.

Hausse des tarifs moyens de consultation depuis 2012
Hausse des tarifs moyens de consultation depuis 2012 - Source : UFC-Que Choisir à partir de données Assurance maladie

Résultat : même en ville, trouver un spécialiste qui ne pratique aucun dépassement d'honoraires devient un parcours du combattant. En prenant en compte ce critère, il apparaît que « plus de 8 Français sur 10 » ne peuvent ainsi plus accéder à un ophtalmo ou à un gynécologue en secteur 1 à moins de 45 minutes de chez eux ! Une situation qui ne peut que contribuer au phénomène de renoncement aux soins de la part de certains Français, le plus souvent précaires.

Évolution de l'accès aux soins sans dépassement d'honoraires entre 2012 et 2016
Évolution de l'accès aux soins sans dépassement d'honoraires entre 2012 et 2016 - Source : UFC-Que Choisir à partir de données Assurance maladie

Des préconisations très polémiques

Le constat de l'association est sévère : « plans après plans, […] les déserts médicaux s'étendent au lieu de se réduire ». Et de pointer par exemple l'effet largement surestimé du contrat d'accès aux soins, censé encadrer les dépassements d'honoraires, et qui n'aurait permis d'éviter en 2014 « que 59 millions d'euros de dépassements sur un total de 2,46 milliards ».

À situation extrême, l'UFC-Que Choisir n'hésite pas à préconiser des solutions extrêmes et notamment « la fermeture de l'accès au secteur 2 ». Concrètement, le contrat d'accès aux soins deviendrait obligatoire et non plus facultatif, et s'imposerait comme le seul cadre dans lequel les professionnels seraient autorisés à pratiquer des dépassements. L'association, en cumulant cette mesure avec un conventionnement très sélectif des médecins en zones déjà abondamment pourvues, espère par ailleurs « réinjecter de l'offre accessible dans des territoires qui en manquent ».

La CSMF, le principal syndicat des médecins libéraux, dénonce déjà l'idée d'attenter aussi lourdement à la liberté d'installation des médecins. Le seul effet, avance l'organisation, sera de décourager encore davantage les nouvelles installations en médecine libérale.

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