N’enterrons pas Bouygues avant l’heure

Alors que les jeux semblaient faits suite à l’ouverture de négociations exclusives entre Vivendi et Altice, maison-mère de Numericable, nouveau coup de théâtre hier, en fin de journée. Le groupe Bouygues a surpris son monde en déposant une contre-offre quant au rachat du second opérateur français des télécoms. En sus d’améliorer la composante en numéraire de son option, le géant français du BTP a fait habilement valoir et savoir que de nouveaux actionnaires industriels et financiers appuyaient sa candidature.

Le dossier brûlant donnant le « la » de l'actualité des télécoms, à savoir, la mise en vente de SFR par Vivendi, a connu un nouveau rebondissement de taille ce jeudi soir. Alors que le rachat du second opérateur de téléphonie français semblait bel et bien acquis à Numericable, le groupe Bouygues a sensiblement redistribué la donne en déposant une contre-offre en guise de surenchère à l'adresse de la maison-mère de SFR. 

Une contre-offre de Bouygues sensiblement « améliorée »

Bouygues, par la parution d'un communiqué-coup de poing, a nettement fait monter les enchères. Dans le détail, on apprend que la multinationale française a notamment amélioré la composante en numéraire de son offre, la portant à hauteur de 13,15 milliards d'euros. De telle façon que cette nouvelle option de rachat est désormais « supérieure de 1,4 milliards d'euros dans sa composante numéraire à l'option concurrente [celle déposée par Altice-Numericable (NDLR)] actuellement en cours de négociation chez Vivendi ». Jusqu'alors, l'offre de rachat déposée par le holding de Patrick Drahi s'élevait à 11,75 milliards d'euros, soit 450 millions d'euros de plus que ce qu'avait proposé Bouygues via son offre initiale.

Autre attribut de poids associé à cette contre-offre : le groupe de BTP français propose à Vivendi 21,5 % du capital du nouvel ensemble Bouygues-SFR. Cette baisse de la participation de Vivendi, répondant en écho à la préoccupation de la maison-mère de SFR de se désengager au mieux du capital de l'opérateur, correspond à une remontée mécanique de la part détenue par Bouygues dans ce nouvel ensemble. Un signe manifeste de l'intérêt tangible et appuyé du groupe français à investir le secteur des télécoms de manière durable et consolidée. Enfin, au rang des arguments-chocs avancés par le biais de cette nouvelle offre : celui de la liquidité. Ainsi, et comme habilement souligné par Bouygues, « [l'introduction] est envisagée dès la réalisation de la fusion, offrant à Vivendi un accès immédiat à la liquidité pour le solde résiduel de sa participation ».

De nouveaux actionnaires au capital d'un ensemble Bouygues-SFR

Mais l'élément qui pourrait certainement faire pencher la balance en faveur de Bouygues est à rechercher dans l'apport de nouveaux actionnaires industriels et financiers associés au géant du BTP. Signal fort adressé à l'attention des membres du conseil de surveillance de Vivendi, la Caisse des Dépôts et Consignations, bras armé financier de l'État, est désormais placé sur les rails et deviendrait actionnaire minoritaire dans le nouvel ensemble Bouygues-SFR, si tant est que cette contre-offre aboutisse. Au-delà de ce ralliement de poids, Bouygues peut également compter sur le soutien de la famille Pinault mais aussi de celui du groupe JCDecaux, lesquels « souhaitent saisir l'opportunité de cette nouvelle offre pour rentrer ou se renforcer au capital du nouvel ensemble », toujours selon le communiqué du groupe.

L'appui reçu par Bouygues de la part de ces deux derniers actionnaires ne constitue pas une réelle surprise en soi. L'on connaît les liens personnels d'amitié unissant François Pinault à Martin Bouygues, illustrés par le soutien qu'avait témoigné au second le premier, lors de la tentative orchestrée par Vincent Bolloré de prendre le contrôle du géant du BTP à l'hiver 1997. Quant à JCDecaux, le groupe industriel français spécialisé dans la publicité urbaine, celui-ci est déjà actionnaire minoritaire au sein de Bouygues Telecom. En revanche, là où le géant français des bâtiments et des travaux publics marque indéniablement des points, c'est bel et bien via l'intérêt que la CDC témoigne à son offre de rachat. Explications.

La Caisse des Dépôts entre dans la danse

La Caisse des Dépôts peut être considérée comme le bras armé financier de la puissance publique en France. Cette institution financière publique, dirigée par Jean-Pierre Jouyet, revêt en effet une dimension de « fonds souverain ». Pour rappel, en qualité d'investisseur institutionnel, la CDC est déjà présente au capital de nombreuses entreprises : Veolia Environnement (10 %), PSA Peugeot Citroën (3 %), Eiffage (19,4 %), la Société des Autoroutes du Nord et de l'Est de la France (15 %)… Par ailleurs, ce rôle d'investisseur public de la CDC est régulièrement souligné et confirmé jusqu'au plus haut sommet de l'État.

Ce faisant, comment ne pas voir dans cet appui à l'offre de rachat de Bouygues le concours direct de l'État français ? L'on se souvient du soutien ouvertement affiché par M. Montebourg, ministre du Redressement productif en faveur de l'offre déposée par Bouygues. Tout comme l'on garde en mémoire la polémique ayant éclaté quant à la future domiciliation fiscale – suisse – de Patrick Drahi, dirigeant du holding Altice-Numericable. Pas plus tard que ce mercredi, Mme Vallaud-Belkecem, porte-parole du gouvernement, brandissait encore comme chiffon rouge la menace d'un « SFR suisse » si l'offre déposée par M. Drahi venait à aboutir. 

Quand bien même l'Élysée récuse toute « manœuvre politique » sur ce dossier, l'avis du député Henri Emmanuelli, par ailleurs président de la commission de surveillance de la Caisse des Dépôts, est à ce sujet particulièrement éclairant. Par une déclaration faite aux Échos, le député des Landes n'a pas manqué de souligner une nette préférence en faveur de la candidature de Bouygues, lequel est à ses yeux dépositaire d' « un projet […] plus intéressant sur le volet industriel, sur le volet social ».

Free dans l'expectative, Numericable « serein »

Il est peu dire que cette nouvelle offre de rachat déposée par Bouygues fait les affaires de Free. Rappelons que le quatrième opérateur français des télécoms s'est allié avec le groupe industriel sur ce dossier. Suivant le scénario tel qu'imaginé par ces-derniers, Iliad, le holding dirigé par Xavier Niel, hériterait du réseau mobile ainsi que d'une partie des fréquences de Bouygues, pour un coût net estimé à 1,8 milliards d'euros. Une aubaine pour le dernier entrant des télécoms français, lequel ne dispose pas de réseau en propre. Pour l'heure, l'on confirme de part et d'autre que cet accord demeure valide et inchangé. 

Alors que son action cédait hier 3,31 % en clôture boursière, du côté de Numericable, le ton affiché se veut volontairement serein. Le cablô-opérateur s'est fendu en soirée d'une réponse laconique à l'adresse de son concurrent. Rappelant que le holding Altice est entré depuis vendredi dernier en phase de négociations exclusives d'avec Vivendi, Numericable entend continuer à « travailler de manière étroite et efficace avec les équipes de SFR […] ». Fermez le ban.

Si le suspense entourant le rachat de SFR demeure entier, plus que jamais, il s'avère probable que le vainqueur de ce feuilleton à rebondissements sera celui qui aura réussi à conserver en dernier la maîtrise de ses nerfs… et de sa communication in fine.

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