L’avènement d’un géant du très haut débit fixe et mobile en France

Samedi, Vivendi a mis un terme au suspense entourant la revente de sa filiale SFR. Au terme de semaines d'âpres négociations, le cablô-opérateur Numericable remporte finalement la mise, pour un coût global estimé à hauteur de 17 milliards d’euros. Dans l’immédiat, cette cession renforce le holding Altice, apte à devenir un géant du fixe-mobile. À l’inverse, pour le groupe Bouygues, il s’agit là d’une indéniable défaite. Mais la fin du « feuilleton SFR » pourrait annoncer le début d’une toute nouvelle saga. D’ores et déjà, des rumeurs enflent quant à un hypothétique rapprochement Bouygues-Free, rumeurs en l’état fermement démenties par les principaux intéressés.

Vivendi s'est décidé à siffler la fin de la récréation. Par le biais d'un communiqué paru samedi, la maison-mère de SFR a annoncé avoir retenu l'offre de Numericable au détriment de celle de Bouygues. Le conseil de surveillance de Vivendi met ainsi un terme définitif à ce feuilleton à rebondissements. 

Vivendi, vainqueur haut la main du match Bouygues-Numericable

À l'unanimité de ses membres, le directoire a validé l'offre d'Altice, portant sur la cession de l'opérateur téléphonique pour un montant de 13,5 milliards d'euros, perçu à la réalisation de l'opération. Altice-Numericable prévoit en outre de verser un complément de 750 millions d'euros à Vivendi via une option dite d'« earnout* », laquelle reste tributaire de l'accomplissement d'objectifs financiers futurs. Enfin, l'accord signé offre à Vivendi la possibilité de céder ultérieurement sa participation de 20 %. Le montant total de l'opération est ainsi évalué à plus de 17 milliards d'euros.

Pour que Numericable puisse « avaler » SFR, un groupe de près de trois fois son envergure, le cablô-opérateur a dû consentir à des efforts financiers conséquents. Altice a ainsi négocié auprès d'un pool de banquiers les crédits nécessaires à l'opération. Dès à présent, le holding a fait savoir que Numericable va lancer une augmentation de capital évaluée à 4,7 milliards d'euros. La future entité Numericable-SFR, elle, devra alors supporter une dette de 11,6 milliards d'euros.

Dans cette course à laquelle ont pris part Bouygues et Numericable, c'est bel et bien Vivendi qui apparaît comme grand vainqueur sur la ligne d'arrivée. Il s'agit là d'une nette victoire pour Jean-René Fourtou, président du directoire. Son groupe, bien aidé en cela par les surenchères de Bouygues, aura réussi à céder la marque au carré rouge au prix fort. 17 milliards d'euros semblait en effet être un montant inespéré, quand on se souvient que le marché ne valorisait l'opérateur qu'entre 12 et 14 milliards d'euros à l'hiver 2013.

Numericable-SFR, désormais acteur pleinement intégré du fixe-mobile

Patrice Drahi, patron du holding Altice, réalise son rêve. De la même manière que ce-dernier avait réussi à faire de son groupe un géant du câble,  le milliardaire franco-israélien entend bien parvenir à faire du nouvel ensemble un opérateur intégré fixe et mobile, apte à rivaliser, à terme, d'avec Orange. Cette victoire s'inscrit en cohérence avec la pensée de M. Drahi, ce-dernier s'étant déclaré à plusieurs reprises « convaincu » que l'avenir des télécoms repose désormais sur une convergence accentuée entre le fixe et le mobile. 

Pour Numericable, le jeu, semble-t-il, en valait la chandelle. Le cablô-opérateur n'a jamais fait mystère de l'intérêt industriel qu'il porte au projet. D'une part, Numericable parie sur l'attrait des consommateurs quant aux offres dites « quadruple play », associant fixe, internet, TV et mobile. D'autre part, le géant de la fibre espère tirer partie des convergences technologiques à venir de cette opération. En effet, le déploiement de l'internet mobile très haut débit – 4G – est rendu possible par la mise en place d'antennes, mais aussi par la connexion de ces dernières entre elles, assurée par des lignes fixes. À ce titre, la complémentarité des deux entités semble exemplaire et porteuse d'une croissance certaine. 

D'aucuns ont parlé de « camouflet » pour le nouveau ministre de l'Économie français, Arnaud Montebourg. Il est vrai que celui-ci n'avait pas ménagé ses efforts pour privilégier une offre de reprise de SFR par Bouygues, à grand renfort de critiques ouvertes sur la situation fiscale du patron de Numericable. Dès l'annonce du nom du vainqueur du match, M. Montebourg a immédiatement déclaré vouloir redoubler de vigilance quant aux conséquences de cette opération, tant sur « l'emploi à SFR [que concernant] la poursuite du plan d'équipement de la France en très haut débit ». Enfin, le nouveau patron de Bercy, renouvelant son engagement envers la « marque France », a appelé Numericable à faire preuve de « patriotisme économique » quant à ses futurs choix en termes de fournisseurs.

La fin de partie a été sifflée, vraiment ? 

Candidat malheureux au rachat de SFR, le groupe de Martin Bouygues avait pourtant redoublé d'efforts afin de contrer Numericable. Le géant du BTP avait joué son va-tout dans cette dernière ligne droite, allant jusqu'à déposer une nouvelle contre-offre « sensiblement améliorée » vendredi. Mais, en dépit de la forte mobilisation des pouvoirs publics en sa faveur ainsi que du soutien apporté par les investisseurs ayant adhéré à son projet, Bouygues ne sera pas parvenu à voler la mariée à Numericable. Ayant perdu cette bataille financière, le groupe Bouygues s'apprête désormais à croiser le fer contre cette union sur le plan juridique. 

Dans l'avenir immédiat, jouer la montre semble constituer la meilleure option possible pour ce-dernier. En effet, selon des sources proches du dossier, Bouygues serait prêt à contester cette opération et, de ce biais, étirer en longueur la réalisation de l'opération. Un fort lobbying de sa part auprès de l'Autorité de la concurrence est ainsi à prévoir. Défait mais pas résigné, Bouygues va désormais faire pression en vue que soient exigées des garanties concurrentielles les plus strictes possibles sur le segment des télécoms. 

Bouygues a perdu une bataille, mais n'a pas perdu la guerre

Au-delà, faire traîner la conclusion de l'opération va également lui donner le temps nécessaire afin de repenser son positionnement stratégique. Dans un premier temps, cette fenêtre de tir pourrait lui permettre de lancer des offensives commerciales agressives à l'adresse des actuels abonnés de SFR. Puis, invariablement, va ensuite se poser le devenir de Bouygues et notamment l'hypothèse d'un partenariat d'avec Free mobile. Alliés sur ce dossier, cet éventuel rapprochement pourrait, à terme, conduire à l'érection d'un troisième grand groupe de télécom, combinant la forte position acquise par Free dans le fixe à celle de Bouygues dans le mobile. 

Des rumeurs allant dans ce sens ont tôt fait de circuler. Rumeurs immédiatement démenties par les principaux intéressés. Il n'empêche que le « séisme SFR » pourrait prochainement entraîner de profondes répliques. Demeuré – relativement – discret depuis le début des opérations, l'on attend désormais de connaître la réaction d'Orange. L'opérateur historique aura à composer d'avec ce nouveau rabattage de cartes dans les télécoms français : le nouvel ensemble Numericable-SFR se positionne d'entrée de jeu comme un concurrent à prendre au sérieux. L'on considère déjà le groupe à naître de cette opération comme nouveau n°2 du secteur.

N.D.L.R. : à l'occasion d'une conférence de presse tenue par les dirigeants de Numericable ce lundi, Patrice Drahi a confirmé la conservation du label SFR pour l'ensemble des offres de la nouvelle entité. De même, le patron du cablô-opérateur a assuré ne pas craindre d'éventuelles contre-offensives lancées par Bouygues sur le plan judiciaire. Enfin, Numericable s'est voulu particulièrement rassurant quant à la poursuite des contrats de mutualisation liant en l'état Numericable et SFR à Bouygues Telecom.

*Earnout : en français, « clause d'indexation sur les bénéfices futurs », l'earnout est une clause qui permet d'indexer une partie du prix de la transaction sur les résultats futurs de la société achetée.

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