Quand Orange accuse Free d'avoir « foutu par terre » l'équilibre des télécoms

Selon Stéphane Richard, l'arrivée de Free en 2012 aurait eu un effet dévastateur sur la capacité d'investissement des différents opérateurs. Une interprétation de l'histoire pourtant contredite par les chiffres officiels de l'ARCEP. Explications.

Stéphane Richard - Xavier Niel
À l'occasion d'un grand oral au Sénat, Stéphane Richard a clairement laissé échapper son amertume envers Free, filiale télécom de Xavier Niel. (Crédit : Le Figaro)

Peu après Patrick Drahi la semaine dernière pour le groupe SFR/Altice, c'était au tour du P-DG d'Orange Stéphane Richard de passer un grand oral devant la commission des affaires économiques du Sénat ce mardi 14 juin. Sans doute poussé par un sentiment d'amertume encore vif après l'échec retentissant du rapprochement avec Bouygues Telecom, le grand patron s'est exprimé ouvertement pour dire tout le mal qu'il pensait de la structure actuelle du marché français des télécoms.

L'arrivée de Free en tant que quatrième opérateur, en 2012, se serait traduite selon lui par une concurrence excessive et une guerre des prix qui commencent à avoir, aujourd'hui, un effet dévastateur sur la capacité d'investissement de son groupe. Cette interprétation de l'histoire est cependant contestée par les derniers chiffres de l'ARCEP.

Free : le concurrent de trop selon le P-DG d'Orange

La commission des affaires économiques du Sénat semble décidément être un lieu propice aux déclarations chocs des patrons des télécoms ! Quelques jours après les ambitions décomplexées affichées par Patrick Drahi, Stéphane Richard s'est lui aussi prêté à l'exercice d'une audition et n'a pas mâché ses mots sur certains sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur.

Interrogé sur les raisons qui pourraient expliquer la diminution des investissements engagés par le numéro un des télécoms, le P-DG a répliqué en substance qu'« on ne peut pas tout avoir », en rappelant qu'il est impossible de cumuler « les prix les plus bas possibles » avec « les infrastructures les plus rapidement déployées ». La guerre des prix, autrement dit, serait directement préjudiciable à la politique d'investissement des opérateurs et donc, in fine, à la qualité de service.

L'origine de cette guerre des prix ? Inutile de chercher bien loin selon Stéphane Richard, qui rappelle qu'« on nous a imposé un quatrième opérateur en détruisant un équilibre de marché ». L'arrivée fracassante de Free Mobile en 2012, avec son fameux forfait à 2 €, a ainsi « foutu par terre » cet ancien équilibre et entraîné une spirale de baisse des prix, néfaste aux investissements. Le P-DG d'Orange estime que la présence de Free lui coûte « deux milliards de marges, qu'on n'a pas aujourd'hui pour investir ».

Une analyse contredite par l'évolution des investissements

L'équation entre concurrence et investissement est-elle aussi simple ? Les dernières statistiques publiées par le gendarme des télécoms permettent de mettre en doute ce raisonnement. Les investissements consentis par les opérateurs de téléphonie mobile, hors achat de fréquences, ont atteint au total 7,8 milliards d'euros en 2015. Soit un record historique et un chiffre supérieur aux 7,4 milliards investis en 2012.

Investissement des opérateurs télécoms

Évolution des investissements des opérateurs télécoms (2004/2015) - Source : ARCEP

Notons toutefois, à l'appui des déclarations de Stéphane Richard, que l'arrivée de Free Mobile semble bien avoir provoqué un trou d'air et une période d'adaptation sur le marché. En 2013 et en 2014, les investissements ont décliné respectivement à 7,3 milliards et 7 milliards d'euros.

La remontée des investissements peut être le signe que le marché des télécoms a su retrouver un nouvel équilibre à quatre opérateurs. Ou tout simplement que ces derniers cherchent désormais à se distinguer les uns des autres en privilégiant la qualité de service et les technologies les plus porteuses, comme la 4G et la fibre optique.

Orange ne renonce pas à sa « vision européenne »

Un peu comme Patrick Drahi la semaine dernière, Stéphane Richard semble se résigner à l'impossibilité durable d'une consolidation des télécoms en France - le fiasco Bouygues est passé par là. À l'instar du P-DG d'Altice, le patron d'Orange veut lui aussi se concentrer désormais sur les ambitions de son groupe à l'international. Certes déjà installé dans des pays stratégiques comme l'Espagne, le Portugal, la Pologne, la Roumanie ainsi qu'une vingtaine de pays africains, Orange veut cependant aller plus loin.

L'objectif de l'opérateur est de se donner les moyens de survivre sur un marché européen où il anticipe une concentration de plus en plus forte des acteurs. Stéphane Richard est très clair à ce sujet : « s'il doit rester un ou deux acteurs ayant une vision européenne, on en fera partie ».

L'échec des négociations avec Bouygues implique cependant qu'Orange part avec un handicap dans sa stratégie de conquête. En effet, une consolidation réussie aurait probablement fait s'envoler la valorisation boursière d'Orange et aurait pu lui donner de meilleures armes pour absorber d'autres grands leaders européens comme Deutsche Telekom ou Vodafone.

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