Une majorité de Français épargne moins de 50 € par mois

Les Français sont-ils vraiment les « champions de l’épargne » qu’on se plaît régulièrement à dépeindre ? Pas forcément si l'on en croit les conclusions d'une étude récente commandée par un cabinet d'assurance...

épargne des français
D'après l'institut de sondage, 20 % des personnes interrogées se retrouveraient en difficulté au bout d'une semaine si elles perdaient leur source de revenus.

Derrière le taux moyen d'épargne des ménages de 15,3 %, en apparence satisfaisant, une récente étude commandée par le cabinet d'assurances Genworth révèle des disparités aussi profondes qu'inquiétantes. Une majorité de la population se déclare notamment incapable d'économiser plus de 50 € tous les mois.

Pour plus du quart des foyers, mettre de l'argent de côté devient même un objectif inaccessible, la priorité étant de finir le mois et de survivre au quotidien. Crise économique, prélèvements obligatoires élevés et stagnation des salaires se conjuguent et semblent entraîner le déclassement d'une part grandissante de la population.

Un faible montant mis de côté chaque mois…

L'institut de sondage SMG Insight/YouGov, mandaté par le cabinet d'assurances Genworth, a lancé au mois de juin 2015 une grande étude en France, en Espagne et en Allemagne, afin de mieux cerner le rapport entretenu par les habitants de ces trois grands pays européens avec l'épargne. Les résultats laissent clairement apparaître une situation plus dégradée dans l'Hexagone. Sur l'échantillon de 1 010 Français interrogés, 54 % déclarent épargner moins de 50 € par mois, une fois qu'ils ont réglé toutes leurs charges courantes et factures (loyer, impôts, facture d'énergie, courses, abonnement Internet…).

La situation serait même particulièrement critique pour un gros quart de la population : 11,4 millions de Français ne parviendraient en effet même pas à mettre de côté plus de 10 € tous les mois. Ce montant est d'ailleurs très théorique, si l'on considère que 42 % des personnes interrogées ont « la plupart du temps du mal à tenir jusqu'à la fin du mois », ce qui exclut par définition toute possibilité d'épargne.

L'effort d'épargne apparaît très concentré en faveur des plus hauts revenus. À peine 30 % des personnes interrogées sont en mesure d'épargner plus de 100 € par mois. Pour un effort d'épargne supérieur ou égal à 500 € par mois, il est nécessaire d'aller chercher dans le dernier décile de la population : seuls 8 % des foyers s'en déclarent capables.

…et une épargne de précaution largement insuffisante

S'ils traversent visiblement une mauvaise passe, les Français peuvent-ils au moins compter sur un bas de laine acquis précédemment, dans une période plus faste ? D'après les résultats de l'étude, il n'en est rien.

Dans l'hypothèse où ils perdraient leur source de revenus, presque quatre Français sur dix (38 %) s'estiment dans l'incapacité de tenir plus d'un mois. 20 % des sondés pourraient même se retrouver en grande difficulté en moins d'une semaine.

Les mêmes disparités sont perceptibles entre les Français au niveau de l'épargne accumulée. Un tiers de la population disposerait des ressources suffisantes pour subsister sans revenu pendant six mois, voire un an. 13 % s'estiment capables de tenir deux ans.

Les Français se serrent la ceinture pour le superflu… mais aussi l'essentiel

De nombreux ménages, au cours de l'année écoulée, ont été contraints et forcés de s'appliquer une cure d'austérité et de diminuer leur train de vie.

Les loisirs, en toute logique, sont le premier poste de dépenses sacrifié : 45 % des personnes interrogées ont indiqué avoir revu à la baisse leur budget dans ce domaine au cours des douze derniers mois. Les activités les plus touchées sont notamment les sorties au restaurant (dépenses diminuées dans 52 % des cas) et le shopping (50 %). L'allègement des portefeuilles se traduit aussi par des coupes vives dans des secteurs plus inattendus : un quart des Français aurait renoncé à un abonnement ou une adhésion dans un club de sport ou une association pour des raisons financières.

Plus inquiétant encore : même les postes considérés comme les plus essentiels sont touchés négativement pour un bon cinquième de la population. 22 % des sondés, en situation de précarité énergétique, ont restreint leur consommation d'électricité sous leur seuil de confort, tandis que 19 % allaient jusqu'à rationner l'eau et l'achat de nourriture.

Immobilier, comptes courants : quid de « l'épargne cachée » ?

Certaines conclusions de l'enquête SMG Insight/YouGov pourraient cependant être à nuancer. L'épargne prise en compte pour l'étude est en effet considérée de manière restrictive, et ne tient pas compte par exemple de la part de capital remboursé chaque mois dans le cadre d'un crédit immobilier : il s'agit pourtant d'une dépense qui contribue directement à la constitution d'un patrimoine personnel.

De même, l'enquête ne considère pas les sommes laissées en dépôt sur un compte courant comme de l'épargne, et ce alors même que la Banque de France pointe une augmentation de ces encours laissés « dormants » par les Français, sans doute par peur de l'avenir.

Ces deux éléments permettent de relativiser la fragilité économique des ménages, mais ne changent pas fondamentalement la donne : l'épargne financière nette semble bel et bien l'apanage d'une minorité de la population.

Un profil d'épargnant peu adapté aux besoins économiques du pays

En matière d'épargne, la fracture générationnelle est très nette entre les Français. Ceux qui parviennent à mettre de côté chaque mois une somme conséquente sont, en grande majorité, des particuliers âgés de plus de 40 ans, avec de grands enfants ou sans charge de famille.

Or les épargnants les plus âgés sont également ceux qui ont l'horizon d'investissement le plus court, et ceux qui s'orientent par conséquent vers les produits les plus sûrs et les moins dynamiques. Une mauvaise nouvelle pour l'économie française, qui souffre notamment de la faiblesse des investissements dans le secteur privé productif.

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