La rentabilité des agences bancaires en baisse

Les réseaux bancaires français subissent des bouleversements structurels dont nous commençons seulement à mesurer les effets à long terme. C'est du moins le message qui pourrait être retenu d'une récente étude menée par le cabinet de consultants Score Advisor, au sujet de l'avenir économique des agences bancaires physiques. Le document estime notamment que 15 % des quelque 38 000 agences implantées sur le territoire français seraient désormais déficitaires. Ce constat pessimiste est même partagé par les principaux intéressés : un sondage publié par l'EFMA en décembre dernier révélait ainsi que 90 % des patrons du secteur pronostiquent la non viabilité des agences physiques à moyen terme.

  • Publié le 16/05/2013 (mis à jour le 17/05/2013)
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Un constat alarmant pour les agences

Alors qu'elles représentent un coût fixe équivalent en moyenne à 60 % du budget de la maison-mère, les agences de proximité affichent une profitabilité qui ne cesse de s'effriter avec le temps. Tous réseaux confondus, on estime que la baisse de fréquentation par la clientèle atteint entre 5 et 7 % par an, et ce depuis déjà quelques années. L'étude publiée par Score Advisor indique d'ailleurs que dans les grandes villes, près des deux tiers des clients se contentent désormais de moins d'une visite par mois. Au final, plus de 60 % des agences françaises passent régulièrement sous le seuil critique des cinq clients en simultané, c'est-à-dire un nombre inférieur à celui du personnel.

Les analyses les plus alarmistes estiment même que les chiffres avancés ci-dessus pourraient être largement sous-estimés. C'est le cas notamment de Brett King, dans son dernier ouvrage intitulé Bank 3.0 : les résultats financiers des agences physiques, selon lui, sont artificiellement gonflés par le fait que les clients sont obligés d'y passer pour souscrire un service bancaire. Autrement dit, ces derniers s'en passeraient volontiers si tout pouvait être réglé par Internet...

Comment expliquer cette désaffection ?

La baisse de rentabilité des agences bancaires trouve son origine dans la conjonction de deux phénomènes. Les banques par Internet, d'une part, grignotent les parts de marché des banques physiques avec une régularité remarquable depuis le milieu des années 2000 : même les grands réseaux ayant développé leur propre offre sur Internet ne sont pas à l'abri d'un phénomène de cannibalisation. Cette concurrence a été particulièrement mal anticipée par les banques, qui avaient au contraire parié sur l'échec des banques en ligne en lançant l'ouverture de nombreuses nouvelles agences entre 2000 et 2005. La baisse globale de fréquentation, conjuguée à la multiplication des coûts fixes, engendre mécaniquement une baisse dangereuse de la rentabilité de ces agences.

Une spécificité bien française

Conséquence directe de la politique "expansionniste" des banques au début des années 2000, la France fait désormais figure à part en ce qui concerne son réseau bancaire physique. Alors que la moyenne des pays européens s'établit à environ 450 agences par million d'habitants, le modèle français culmine à une moyenne de 600 agences. Un régime de luxe probablement insoutenable à long terme.

L'avenir réside-t-il dans la spécialisation des agences ?

Bien que des regroupements ou des restructurations semblent inéluctables, l'étude de Score Advisor relativise le risque de fermeture d'agences. Le phénomène pourrait certes toucher les zones les moins densément peuplées et les moins porteuses, mais devrait rester modéré d'ici à 2020. En revanche, la modernisation des réseaux bancaires va sans doute impliquer une spécialisation accrue de certaines agences pour conserver un avantage de compétitivité : dans les grandes agglomérations, il est ainsi possible que des guichets se spécialisent dans le prêt immobilier, le prêt automobile ou encore la banque privée.

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