Le découvert séduit autant les Français que leurs banquiers !

Un chiffre négatif et inscrit en rouge au bas du relevé de compte ? Une réalité pour un nombre croissant de foyers français si l’on en croit le dernier rapport de l’observatoire des crédits aux ménages !

les Français sont de plus en plus à découvert
Pour éviter que le recours au découvert ne devienne récurrent, certains établissements bancaires proposent d'alerter leurs clients par e-mail ou SMS dès que le solde de leur compte courant approche d’une limite dangereuse.

L'observatoire des crédits aux ménages pointe la progression inexorable du découvert bancaire comme mode de gestion au quotidien. S'agit-il d'une évolution des mentalités vis-à-vis de la dette ou d'un effet direct du contexte de crise économique ?

Dans tous les cas, les établissements bancaires ne s'opposent pas au mouvement et ont même à tendance à l'accompagner dans la mesure où les découverts représentent pour eux une importante source de revenus.

Le découvert : une pratique en augmentation constante…

Il devient de plus en plus courant de dépenser de l'argent qu'on n'a pas, ou pas encore. À la fin 2014, l'observatoire des crédits aux ménages indique ainsi que 26,4 % des foyers, soit plus d'un sur quatre, plongeaient régulièrement dans le rouge et avaient recours aux facilités de découvert offertes par leur banque. Comparé avec les 24,5 % de ménages concernés en 2004, ce chiffre ne dénote qu'une augmentation modeste du phénomène. Cependant, elle trahit une diffusion progressive de la pratique du découvert dans les mentalités.

Dans le détail, les statistiques indiquent la vulnérabilité toute particulière des foyers qui doivent supporter le remboursement combiné d'un crédit immobilier et d'un ou plusieurs crédits à la consommation (voiture, travaux…). Ces ménages, au mois de novembre 2014, étaient pas moins de 46 % à recourir aux découverts bancaires. À peine 16 % des ménages sans aucun crédit, à l'inverse, exploitaient cette possibilité.

L'encours total des découverts bancaires confirme l'impression d'une croissance lente mais inexorable. À la fin du deuxième trimestre 2015 (soit les derniers chiffres disponibles pour l'instant), il atteignait 7,6 milliards d'euros contre, par exemple, 6,2 milliards d'euros en 2006. Il s'agit du plus haut niveau atteint depuis le début des études statistiques réalisées à ce sujet, en 1993.

…au détriment du crédit renouvelable

Les 7,6 milliards d'euros dont les Français sont débiteurs sur leurs comptes courants ne représentent au final qu'une somme modeste par rapport aux crédits classiques à la consommation, dont l'encours total s'élève actuellement à environ 140 milliards d'euros. Rien à craindre donc de ce côté-là pour les établissements de crédit, d'autant que les formules de location avec option d'achat (LOA) connaissent actuellement un succès inespéré dans le domaine du financement automobile.

La croissance du découvert bancaire, en revanche, semble expliquer au moins en partie le déclin parallèle du crédit renouvelable et des autres « réserves d'argent ». Alors que cette forme de crédit atteignait encore un encours de 31 milliards d'euros en 2008, ce montant n'est plus que de 20 milliards d'euros au deuxième trimestre 2015 et est en diminution constante depuis des années. La loi Lagarde de 2008 et les autres textes législatifs intervenus depuis, qui visaient à encourager le crédit classique à la consommation au détriment du crédit renouvelable, semblent aussi avoir indirectement favorisé un repli vers le bon vieux découvert bancaire.

Une niche extrêmement rentable pour les banques

Loin d'être craint par votre banquier, un découvert sur votre compte courant a au contraire toutes les chances de lui donner le sourire ! La dernière étude de la Banque de France indique en effet qu'un découvert coûte très cher au client, et que la somme imputée en négatif sur son compte lui est facturée en moyenne à un taux d'intérêt de 10,02 %.

Dans le détail, rappelons qu'un découvert même « autorisé » donne lieu au prélèvement d'agios dont le taux d'intérêt oscille entre 8 et 15 % selon les réseaux bancaires et les conditions négociées par le client. Cette rémunération est plus que généreuse pour le banquier dans le contexte actuel de taux bas… Lorsque le montant total du découvert dépasse le seuil autorisé, le taux appliqué aux agios augmente encore et peut atteindre jusqu'à 20 %. Sans compter le prélèvement des fameuses « commissions d'intervention » pour toute opération au-delà de ce seuil, à raison de 8 € par opération et d'un plafond de 80 € par mois. En bref, les particuliers habitués à se servir de leur découvert s'exposent vite à une véritable explosion de leurs frais bancaires.

Comment éviter la multiplication des découverts ?

Un découvert bancaire peut être relativement anodin lorsqu'il survient de façon ponctuelle ou lorsque le titulaire du compte ne fait qu'anticiper une rentrée d'argent imminente. Il peut devenir plus problématique lorsqu'il s'installe comme un mode de vie permanent (vivre « un mois en retard ») et/ou comme un expédient pour vivre au-dessus de ses moyens.

Dans la majorité des cas, les découverts des ménages français restent peu importants et peuvent être facilement éliminés en supprimant certains postes de dépenses récurrents et non essentiels. Toutes les études pointent également que le risque de découvert diminue très vite lorsqu'un particulier prend la peine de consulter régulièrement ses finances sur son espace en ligne, au moins une fois par semaine. À défaut, de nombreux établissements bancaires proposent en option des services très pratiques, comme des alertes par mail ou SMS dès que le solde de leur compte courant devient débiteur ou approche d'une limite dangereuse (en-dessous de 100 €, par exemple).

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