Mobilité bancaire : l'UFC dessine un bonnet d'âne aux Français

Les offres promotionnelles des grandes banques françaises se succèdent de plus en plus vite dans les médias. Et on pourrait s’attendre par ailleurs à ce que les nouvelles banques 100 % en ligne, avec leurs frais imbattables et leurs super-livrets, donnent un bon coup de pied dans la fourmilière. Mais dans les faits, les Français changent-ils plus souvent de banque pour autant ?

La mobilité bancaire
Alors que dans nombre de secteurs, les Français n'hésitent pas à faire jouer la concurrence, des freins à la mobilité bancaire perdurent, dénonce l'union fédérale.

Dans une étude publiée le mardi 9 décembre 2014, l'association UFC-Que Choisir dresse au contraire le portrait d'un marché bancaire sclérosé, dans lequel les clients hésitent à changer de réseau en raison de multiples obstacles pratiques ou psychologiques. Face à cet état de fait, l'UFC livre plusieurs pistes d'action, jugées cependant peu réalistes par certains professionnels.

Mobilité bancaire : la France mauvaise élève ?

L'association UFC-Que Choisir dénonce en préambule une situation française relativement paradoxale. D'un côté, des sondages réguliers tendent à démontrer qu'environ un quart des Français s'estiment assez ou très « insatisfaits » des prestations offertes par leur banque actuelle. De l'autre, les personnes interrogées ne sont que 3 %, à peine, à avoir franchi le pas d'un changement d'établissement bancaire au cours de l'année écoulée. Ce très faible taux de mobilité est à comparer avec la moyenne européenne, trois fois supérieure…

Les Français, dans d'autres secteurs, prouvent pourtant qu'ils sont capables de veiller à leurs intérêts et de faire jouer la concurrence : dans le domaine de la téléphonie mobile et de l'assurance, et avant même l'entrée en vigueur des dispositions de la loi Hamon, la mobilité était ainsi cinq fois supérieure à celle constatée sur le marché bancaire !

Ces chiffres sont toutefois contestés par la Fédération bancaire française (FBF), qui se base quant à elle sur les données de l'Euro-baromètre 2012 pour estimer que la mobilité bancaire, en France, est sensiblement comparable à celle observée dans les autres pays du continent.

Un enjeu jugé vital pour le pouvoir d'achat des Français

L'augmentation de la concurrence effective entre les réseaux bancaires est considérée comme un véritable enjeu d'intérêt public par l'association de consommateurs. En effet, et avec des écarts tarifaires allant, pour le même profil de client moyen, d'un facteur 1 à 24 ou jusqu'à 265 € par an, même une faible augmentation de la concurrence se traduirait par des gains significatifs pour le portefeuille des Français. Une baisse généralisée de 1 % des tarifs suffirait par exemple à réinjecter 100 millions d'euros de pouvoir d'achat.

L'UFC estime, en particulier, que si les banques en ligne parvenaient à grignoter 10 % des parts de marché du secteur (contre seulement 4 % aujourd'hui), la décrue des tarifs pourrait se traduire par une économie de deux milliards d'euros pour les clients, voire trois milliards dans une configuration un peu plus concurrentielle.

Faible mobilité : un blocage psychologique, mais pas seulement

Il reste intimidant d'engager les démarches pour changer de banque principale, et l'UFC Que-Choisir ne nie pas l'existence de certaines barrières psychologiques en la matière. L'association, toutefois, pointe aussi du doigt les nombreux obstacles bien réels qui se dressent très souvent face au client : outre le coût de transfert de certains produits bancaires comme le Plan d'Épargne Logement, la principale difficulté est constituée par le transfert des virements et prélèvements automatiques, qui peut prendre un certain temps. Sans compter le risque représenté par les chèques non encore encaissés au moment du changement de banque. L'UFC estime que 250 000 à 450 000 chèques reviennent ainsi en impayé chaque année en raison d'une clôture de compte bancaire.

Rappelons que les banques ont mis chacune en place, au 1er novembre 2009, un « service d'aide à la mobilité » censé justement accompagner chaque client dans le transfert de son compte et de ses opérations bancaires courantes. Il n'est toutefois sollicité que par une minorité des clients concernés (12 % en 2012 selon l'UFC). La FBF ne conteste pas ces chiffres mais indique que l'information du client est systématique. Celui qui choisit de se débrouiller seul, en conséquence, le ferait en toute connaissance de cause.

Numéro Alias, portabilité : les pistes lancées par l'UFC

Changer de banquier mais garder son numéro de compte et son RIB, tout comme on peut garder un numéro de téléphone ? L'idée, par sa simplicité, a évidemment de quoi séduire, et c'est la raison pour laquelle l'UFC Que-Choisir demande officiellement à la Commission européenne de réfléchir à la question. Rien ne garantit toutefois que cette proposition sera prise au sérieux : la portabilité bancaire n'est pour l'instant pas à l'ordre du jour au sein des instances européennes, et n'existe nulle part dans le monde. La FBF, par ailleurs, fait déjà valoir les problèmes posés en termes de normes de sécurité et de standards bancaires.

À défaut, et dans l'immédiat, l'association entend profiter des discussions en cours sur la loi Macron pour suggérer deux autres pistes de réforme : soit la création d'un numéro Alias personnel et unique, qui servirait d'intermédiaire lors d'un transfert de compte bancaire, soit un système de redirection automatique des opérations bancaires depuis l'ancienne banque vers la nouvelle, un peu comme un transfert de courrier postal ! Un rapport public à paraître prochainement, rédigé par la P-DG de Boursorama Inès Mercereau et dédié justement à la mobilité bancaire, devrait indiquer si les solutions mises en avant par l'UFC ont une chance d'aboutir.

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