Donner du sens à son épargne avec l'investissement socialement responsable (ISR)

Qu'est-ce qu'un investissement socialement responsable, et quelles sont les options ouvertes à un épargnant désireux d'orienter son argent vers des fonds vertueux sur le plan social ou environnemental ?

L'investissement socialement responsable (ISR)
La finance responsable est un secteur en plein essor mais à la notoriété confidentielle. Le lancement du nouveau « label ISR » parviendra-t-il à changer la donne ?

La rentabilité financière et le développement durable doivent-ils nécessairement rester deux univers étrangers l'un à l'autre ? La « semaine de la finance responsable », organisée du 26 septembre au 2 octobre 2016, a été cette année l'occasion pour le gouvernement de présenter un tout nouveau label dédié aux investissements socialement responsables, ou « label ISR ».

L'initiative confirme l'intérêt des autorités publiques pour un secteur de la finance qui ne cesse de prendre de l'importance en France et en Europe depuis déjà plus de dix ans, bien qu'il reste encore largement méconnu d'une majorité de la population.

Qu'est-ce qu'un investissement socialement responsable ?

Un « investissement socialement responsable », ou ISR, désigne un placement financier qui ne se focalise pas sur la seule rentabilité et qui prend en compte d'autres critères de nature environnementale, sociale ou de gouvernance (objectifs dits « ESG »).

En sélectionnant un fonds ISR, l'épargnant fait le pari que les entreprises les plus soucieuses du respect de l'environnement, de l'éthique ou des droits des travailleurs connaîtront à terme une croissance plus forte et une rentabilité meilleure que leurs concurrentes, quitte à faire un sacrifice sur le rendement à court terme de son placement.

La thématique n'est pas entièrement nouvelle, que ce soit à l'étranger ou même en France. Dès 2002, le comité intersyndical de l'épargne salariale (CIES) créait ainsi le premier label français spécifiquement dédié aux investissements socialement responsables. Les ISR ont depuis acquis une reconnaissance internationale avec l'adoption par les Nations Unies, en 2006, des six grands « principes pour l'investissement responsable » (PIR).

Plus récemment, en France, la loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement a instauré de nouvelles obligations d'information pour les sociétés de gestion dans les brochures de leurs fonds d'investissement et OPCVM. Chaque épargnant, ainsi, peut être informé du caractère plus ou moins responsable du placement envisagé.

Quels sont les différents types d'ISR ?

La notion d'investissement socialement responsable peut renvoyer à plusieurs catégories de produits financiers :

  • La forme la plus répandue en France est celle du fonds de développement durable. Ces fonds intègrent exclusivement des actions ou obligations d'entreprises sélectionnées pour leur niveau d'engagement en faveur du développement durable.
  • Plus courants en Europe du Nord et dans les pays anglo-saxons, les fonds d'exclusion adoptent le raisonnement inverse et proposent un portefeuille global qui exclut les sociétés les moins vertueuses. Certains fonds vont même jusqu'à exclure totalement un secteur économique entier lorsque l'éthique de ce dernier pose question. C'est souvent le cas des entreprises spécialisées dans l'armement, les jeux d'argent ou encore la vente de cigarettes.
  • L'activisme actionnarial, enfin, implique d'investir dans un fonds qui va avoir pour objectif d'obtenir un poids conséquent dans l'actionnariat d'une ou plusieurs entreprises. Et ce, en vue de peser ensuite sur ses décisions et d'influer sur le caractère éthique ou durable de son activité (interdiction de produire dans certains pays, d'utiliser certains produits chimiques, etc.).

Ces différents leviers de l'ISR ne doivent pas être confondus avec d'autres produits financiers proches comme les fonds de partage (partage de la rentabilité entre l'épargnant et une association humanitaire) ou encore le crowdfunding solidaire.

Un secteur en pleine croissance mais à la notoriété encore confidentielle

Le secteur de l'investissement socialement responsable grossit à un rythme assez impressionnant. En 2012, Novethic estimait que le secteur ne pesait encore « que » 149 milliards d'euros en France. À en croire cette fois Eurosif, un réseau européen destiné à la promotion des ISR, cette forme innovante de placement aurait atteint un poids de 746 milliards d'euros en 2015 en France, pour un total de 7 000 milliards d'euros à l'échelle européenne (estimation 2014).

Si l'épargne traditionnelle des particuliers est déjà bien représentée – notamment via les unités de compte des assurances-vie –, c'est surtout l'épargne salariale qui s'impose comme le vecteur privilégié des ISR. Toujours selon Eurosif, un tiers de l'épargne salariale accumulée en 2015 aurait profité directement à ce secteur.

Les ISR souffrent pourtant encore d'un déficit criant de notoriété. Une étude réalisée en 2016 par Ipsos Mori pour Vigeo Eiris et le forum de l'investissement responsable (FIR) révèle que 66 % des Français n'ont jamais entendu parler de ce concept. Soit à peine 1 % de moins qu'en 2015 ! Même les détenteurs de contrats d'assurance-vie ignorent à 58 % l'existence des ISR. Cette méconnaissance, paradoxalement, n'est pas le signe d'un manque d'intérêt puisque plus de 50 % des sondés sont favorables à la prise en compte des critères ESG par les fonds d'investissement.

Identifier un placement responsable : le « label ISR »

Jusqu'à aujourd'hui, les Français souhaitant orienter leur épargne vers les ISR pouvaient se repérer dans la jungle des placements grâce à deux labels distincts : celui du CIES et le label ISR de Novethic, lancé en 2009. Ce dernier va disparaître à la fin de l'année 2016 au profit d'un nouveau label officiel « ISR », dont les modalités ont été définies par un décret du 10 janvier 2016.

En pratique, le label ISR sera attribué pour une durée de trois ans renouvelable par des organismes de certification, eux-mêmes accrédités par le Comité français d'accréditation (COFRAC). Pour obtenir le précieux sésame, les fonds concernés devront montrer patte blanche et respecter un cahier des charges assez lourd, établi par un arrêté ministériel publié à la même date au Journal officiel.

Ce référentiel a pour but de s'assurer que les fonds « concilient performance économique et impact social et environnemental ». Reste à savoir si ce label pourra acquérir la notoriété suffisante pour diffuser un peu plus les ISR dans l'épargne des Français !

0 note - Soyez le premier à noter
  • (obligatoire)
  • ☆ ☆ ☆ ☆ ☆