Vers une baisse des rendements de l'assurance-vie ?

D'après le Haut Conseil de Stabilité Financière, la politique monétaire actuelle des banques centrales et de la BCE doit mener à une baisse du taux des contrats d'assurance-vie. Explications.

taux de l'assurance-vie
Après une rémunération moyenne des fonds en euros de seulement 2,48 % en 2014, ce taux pourrait chuter à 2,25 % nets de frais de gestion en 2015.

Les épargnants, inquiets de constater la baisse du rendement de leurs fonds en euros année après année, peuvent-ils espérer dans un avenir proche la remontée des taux et un regain d'attractivité de leurs contrats d'assurance-vie ?

Rien n'est moins sûr si l'on en croit le communiqué de presse publié ce jeudi 10 septembre 2015 à la suite de la sixième réunion du Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF), tenue sous l'égide du ministre des Finances Michel Sapin.

Bien loin d'envisager le retour à une situation plus conventionnelle, le HCSF pointe notamment la politique monétaire actuelle très accommodante de la plupart des banques centrales qui serait directement à l'origine de la baisse du prix de l'argent.

Le HCSF : un nouvel organe au service de la stabilité des marchés financiers

Le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) est un nouveau venu dans le paysage de l'administration financière à la française, et son nom reste assez confidentiel pour le commun des mortels mais aussi pour beaucoup de spécialistes. Sa naissance a été actée par la loi de séparation et de régulation des affaires bancaires du 26 juillet 2013, qui en fait l'héritier direct de l'ancien Conseil de la régulation financière et du risque systémique (Corefris).

Le HCSF, qui se réunit tous les trimestres, regroupe les responsables de la Banque de France, de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et de l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) sous l'autorité du ministre des Finances dans un but précis : détecter les risques pouvant mener à une nouvelle crise financière et émettre des propositions pour les minimiser ou les supprimer.

Crise des marchés émergents : une exposition limitée pour la France

Le dernier communiqué de presse du HCSF s'intéresse tout d'abord à la crise de plusieurs marchés financiers émergents, et notamment bien sûr à la situation chinoise. De la fin du mois de juin jusqu'à la fin du mois d'août, au plus fort de la panique, l'indice de la bourse de Shangaï a en effet perdu environ 30 %, soit approximativement 3 000 milliards de dollars ou 2 600 milliards d'euros.

Même s'il « demeure vigilant sur la situation macroéconomique et financière » des principales économies émergentes à travers le monde, le haut conseil se veut rassurant sur ce sujet. D'après lui, l'exposition du secteur financier français vis-à-vis de cette crise est en effet limitée. Certains observateurs s'interrogent cependant sur la véracité de cette déclaration qui pourrait relever d'une volonté de tranquilisation...

Une politique monétaire accommodante…

Parce qu'elle est influencée par l'exemple de la banque centrale américaine (la FED) ou encore par la banque centrale japonaise, mais aussi parce qu'elle est soumise à la pression politique de plusieurs États, la banque centrale européenne (BCE) a nettement élargi le champ traditionnel de ses missions depuis le début de l'année.

Bien de loin de se cantonner à son rôle habituel de prêteur à très court terme pour les grands réseaux bancaires, la BCE a en effet engagé un programme de rachat massif des titres souverains des pays membres de la zone euro, c'est-à-dire de leur dette.

Lancée en janvier 2015 et prévue pour une durée totale de 19 mois, cette politique de « quantitative easing » représente une injection spectaculaire de 1 140 milliards d'euros dans le circuit économique européen.

…qui pousse à une baisse de rémunération de l'épargne…

Le rachat massif des obligations d'État par la banque centrale européenne vise en priorité à orienter les investisseurs vers le secteur privé pour y trouver une meilleure rentabilité, et ainsi relancer l'économie. Mais en toute logique, cette politique entraîne aussi une nette diminution du taux auquel les États parviennent à s'endetter.

Cette situation nuit de façon très sévère à l'attractivité des contrats d'assurance-vie, qui sont investis massivement dans des obligations d'État pour offrir une rémunération sécurisée aux épargnants. Après une rémunération moyenne des fonds en euros de seulement 2,48 % en 2014, on estime déjà que ce taux pourrait chuter à 2,25 % nets de frais de gestion en 2015.

En conséquence, le HCSF préconise la « poursuite des ajustements à la baisse ». À faire la sourde oreille et à ignorer la situation du marché en proposant des rémunérations irréalistes, les assureurs et les banques pourraient même mettre en danger leur propre santé financière. Alors même que le taux du livret A vient d'atteindre un nouveau plancher à 0,75 % au 1er août 2015, autant dire que les perspectives sont bien mornes pour tous les épargnants qui ne se sentent pas prêts à prendre quelques risques ! La seule solution pour maintenir actuellement un rendement correct pour un capital en assurance-vie reste en effet de le diversifier vers des fonds en unités de compte.

À lire également : Que choisir entre un Livret A et une assurance-vie ?

…et à une dynamisation du crédit bancaire

Dans ce contexte de taux très bas, le HCSF observe également avec une certaine vigilance l'évolution du marché du crédit immobilier.

La forte activité du secteur, en ce moment, est surtout due à des opérations de rachat ou de renégociation de crédit pour des particuliers ayant déjà emprunté par le passé.

Cependant, en se volant mutuellement des clients à coup de taux d'intérêt toujours plus attractifs, les banques tendent à diminuer la rentabilité moyenne du crédit immobilier et pourraient, là aussi, mettre en danger leur « rentabilité future », avec un vrai risque systémique à la clé.

Bientôt un nouveau « coussin de fonds propres » pour les banques

Au vu des différents risques évoqués ci-dessus, les règles prudentielles imposées aux banques vont prochainement évoluer. Le HCSF annonce la mise en place, dès le 1er janvier 2016, d'un nouveau « coussin de fonds propres contra-cyclique ».

Derrière ce terme barbare se cache simplement l'obligation pour chaque banque de conserver, en permanence, une certaine somme d'argent supplémentaire dans ses fonds propres pour faire face à un imprévu et limiter les conséquences d'un retournement de cycle.

La somme en question, réévaluée chaque trimestre, pourra être comprise entre 0 et 2,5 % des actifs de la banque.

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