Orange en lice pour racheter Bouygues Telecom

On savait que Martin Bouygues cherchait une porte de sortie honorable pour sa filiale télécom, éconduite par Vivendi dans le dossier du rachat de SFR. La lumière au bout du tunnel pourrait venir de là où l’on ne l’attendait pas : Orange. Alors que les deux opérateurs n’entendent pour l’heure ni confirmer, ni infirmer d’éventuelles discussions en lien avec un rapprochement, l’opération, juridiquement instable, aurait toutefois bien du mal à passer sous les fourches caudines des autorités européennes de la concurrence.

Logo de l'opérateur Orange

L'information a fuité en début de soirée hier par voie de presse. Orange serait en lice en vue de racheter Bouygues Telecom. Selon le quotidien économique Les Échos, Martin Bouygues se serait entretenu de manière informelle avec son homologue Stéphane Richard sur ce point. De même, le gouvernement aurait été tenu dans la confidence. Explications.

Orange comme antidote en vue de conjurer tout risque de casse sociale

Les prémisses de cette éventuelle opération sont à rechercher du côté de la prise de parole du syndicat CFE-CGC de Bouygues Telecom. Par un courrier adressé à Manuel Valls et dont le contenu a été rendu public hier en début d'après-midi, les représentant syndicaux des personnels de l'opérateur ont plaidé auprès de Matignon en faveur d'une fusion de ce dernier d'avec Orange.

Comme l'on pouvait le présager, l'argument d'autorité qui a été avancé auprès du Premier ministre porte sur l'emploi. Pour rappel, en ce début de semaine, des éléments de presse s'étaient fait l'écho d'un plan social d'envergure affectant les rangs de Bouygues Telecom. Sur un effectif de près de 9 000 salariés, entre 1 500 et 2 000 postes seraient menacés. C'est précisément dans le but d'anticiper les conséquences sociales de ce plan et ainsi sauvegarder ces milliers d'emplois qu'un comité d'entreprise s'est réuni chez Bouygues.

La lecture opérée par le syndicat de la situation sur le plan de l'emploi se veut particulièrement limpide. Et l'énoncé de ses conséquences l'est tout autant. « Dans le contexte actuel, rapprocher Bouygues et Orange permettrait non seulement de sauver les emplois immédiatement menacés chez Bouygues Telecom, mais aurait également du sens en termes de synergie industrielle », affirment l'organisation syndicale dans cette lettre ouverte.

Une « histoire de gros sous » qui s'invite dans les coulisses des négociations

La seconde salve est venue du quotidien Les Échos. Celui-ci a révélé en début de soirée la tenue de discussions, « à plusieurs reprises », entre Martin Bouygues et Stéphane Richard, en vue d'un éventuel rachat du premier par le second. Alors que la piste Free était sur la table des négociations, le géant des BTP pourrait au final privilégier une offre de l'opérateur historique à celle de la filiale d'Iliad. En cause, toujours selon des éléments avancés par Les Échos, Free, l'acheteur naturel dans ce dossier serait un  « mauvais payeur ». Dans le détail, croit savoir le quotidien, Xavier Niel n'aurait proposé « que » 4 à 5 milliards d'euros quand Martin Bouygues en espérerait le double.

Mais une absorption de Bouygues par Orange présenterait aux yeux des actionnaires de Bouygues, et notamment à ceux du groupe JCDecaux, un second avantage non négligeable. Cette opération permettrait au groupe industriel français, lequel détient 10 % du capital de l'opérateur Bouygues, de monter à celui d'Orange. En ce sens, Orange, groupe international de premier rang, « trop gros pour faire faillite et non-opéable », constituerait une « superbe sortie par le haut pour les actionnaires de [Bouygues], aujourd'hui dans un cul-de-sac ».

La crainte de la destruction d'emploi : faire-valoir de l'État-actionnaire dans le dossier

Depuis des mois déjà et l'entrée en fonction d'Arnaud Montebourg au gouvernement, les pouvoirs publics n'ont de cesse de marteler le leitmotiv du maintien de l'emploi dans les télécoms. Précisément, le ministre de l'Économie poursuit de longue date une obsession : revenir dans les télécoms à un équilibre entretenu par trois opérateurs en vue de mettre un terme à la guerre des prix, synonyme de casse sociale aux yeux du patron de Bercy. 

Toutefois, le gouvernement semble cette fois-ci être bien mieux paré pour se jeter dans cette nouvelle bataille. En effet, à la différence de l'épisode du rachat de SFR, qui lui avait valu une belle déconvenue, l'État est actionnaire à 27 % d'Orange. Et a donc non seulement son mot à dire en lien avec toute éventuelle fusion, mais également des leviers de pression considérables à faire valoir en vue d'orienter dans un sens ou dans l'autre une quelconque opération.

Le risque concurrentiel tuera-t-il dans l'œuf toute velléité de fusion ?

Mais même avec l'aval et le soutien du gouvernement, cette opération pourrait bien ne jamais voir le jour. En cause : le poids déraisonnable d'un futur ensemble Orange-Bouygues sur le marché hexagonal. La nouvelle entité, éclatant la taille critique de l'opérateur historique, pèserait la moitié du marché mobile français (exprimé en volume de cartes SIM), pour un poids quasi-équivalent sur le segment de l'internet fixe. 

Déjà leader du marché, il est ainsi peu probable que Bruxelles, compétente sur cette opération, avalise tel quel un renforcement significatif d'un opérateur jouant les premiers rôles sur son sol domestique. Quand bien même les autorités européennes de la concurrence valideraient semblable fusion, le régulateur européen réclamerait à Orange d'énormes concessions

Dans le détail, la cession du réseau mobile de Bouygues à Free ainsi qu'une partie de ses fréquences, pour un montant de 1,8 milliard d'euros, ne suffirait pas à contenter Bruxelles. Des contreparties supplémentaires pourraient être exigées de la part d'Orange, portant notamment sur le parc de clientèle détenu par la mariée Bouygues dans l'internet fixe. Et, là encore, il n'est pas certain que ces « remèdes » suffisent à endormir la vigilance du gendarme européen. 

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