L’appétit de Patrick Drahi dans les télécoms ne connaît pas de limites

Stratégie mûrement réfléchie ou magistral coup de bluff ? En déclarant avec une certaine nonchalance l’intérêt du groupe Altice-Numericable pour un rachat de Bouygues Telecom, le directeur général Dexter Goei a en tout cas l’art de rouvrir avec panache le fameux dossier de la consolidation des télécoms français, qu’on pensait enterré pour au moins quelques temps.

Patrick Drahi, président d'Altice, holding de Numericable
Une simple déclaration d'intention de la part d'un officiel de Numericable aura suffi à relancer les rumeurs autour d'une consolidation des télécoms

De fait, l'intérêt du patron de Numericable, Patrick Drahi, pour Bouygues Telecom n'est pas nouveau et pourrait s'inscrire dans sa volonté de faire de son groupe une nouvelle puissance incontournable, en renforçant la convergence de ses offres en Internet fixe et mobile. Alors même que le rachat de SFR n'est pas encore digéré, une telle perspective est-elle cependant crédible ?

Une annonce en forme de pavé dans la mare…

Dexter Goei, directeur général d'Altice, la maison-mère de Numericable, était l'invité d'une conférence tenue par le groupe Morgan Stanley à Barcelone ce jeudi 20 novembre 2014. Sollicité par l'un des participants quant à un éventuel rachat de Bouygues Telecom par Numericable, le dirigeant étonnait l'assistance en ne rejetant pas cette idée, bien au contraire : il allait même jusqu'à estimer que Numericable s'imposait d'emblée comme « l'acheteur le plus naturel », et ajoutait qu'il ne serait pas étonné par une annonce en ce sens au cours de l'année 2015.

…en pleine finalisation du rachat de SFR

La piste lancée par Dexter Goei est d'autant plus inattendue qu'elle tombe au moment même où le rachat de SFR se concrétise jusque dans ses derniers détails : après le feu vert de l'Autorité de la concurrence et la levée des ultimes réserves, la fusion sera officielle à compter de ce jeudi 27 novembre 2014 et s'est traduite, dès la semaine dernière, par le remaniement du comité exécutif du nouveau groupe Numericable-SFR. Sans même mentionner que Numericable, dans le même temps, a lancé une offre de rachat de Portugal Telecom, qui n'a pas encore reçu de réponse !

Les observateurs qui ont bonne mémoire se rappelleront cependant que la piste d'un mariage entre Numericable et Bouygues avait été évoquée dès le mois de mars par Patrick Drahi en personne, comme une seconde étape à envisager après le rachat de SFR. Il s'agit donc vraisemblablement d'une stratégie de moyen terme bel et bien envisagée par le groupe.

Ce dernier serait doublement gagnant, puisqu'il éliminerait ainsi un concurrent gênant dans le domaine de l'Internet fixe tout en renforçant ses parts de marché dans la téléphonie mobile. Une convergence renforcée et suffisante pour venir se frotter à Orange, qui reste pour l'instant le numéro 1 incontesté du secteur, même en prenant en compte les synergies en cours.

Altice-Numericable a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Malgré les efforts déjà consentis par le groupe pour se payer SFR, plusieurs cabinets d'analyse comme Oddo Securities estiment que Numericable aurait effectivement les moyens d'absorber Bouygues Telecom au cours de l'année 2015, du moins si un accord était conclu en ce sens. De fait, les investisseurs croient au potentiel de ces grands mouvements, tout particulièrement dans le secteur des télécoms, ce qui fait que l'argent abonde : Patrick Drahi est ainsi parvenu à lever environ 9 milliards d'euros pour financer le rachat de SFR.

Le rachat de Bouygues Telecom, toutefois, devrait se faire sans nouvelle augmentation de capital et par la voie d'un endettement classique. Dans cette hypothèse, la dette totale du nouveau groupe équivaudrait à cinq fois son Ebitda, ce qui est élevé mais soutenable. Par ailleurs l'achat pourrait être moins élevé que prévu si Numericable était contraint par l'Autorité de la concurrence à se séparer de certaines filières avant de conclure la transaction.

La consolidation des télécoms français : encore d'actualité ou pas ?

Toutes ces spéculations restent évidemment soumises à une incertitude majeure : Bouygues Telecom est-il toujours à vendre ? Rien n'est moins sûr si l'on en juge par la stratégie de reconquête initiée par l'entreprise, qui se traduit à la fois par un drastique plan d'économies et par la multiplication d'offres commerciales alléchantes dans le domaine de la 4G ou de la fibre optique. Le groupe, par la voix de Martin Bouygues, estimait ce vendredi un rachat peu intéressant, même s'il conservait une porte de sortie en se déclarant « attentif » aux évolutions du marché.

Par ailleurs, et malgré ses dénégations régulières, Xavier Niel pourrait finir par envisager à nouveau un rachat de Bouygues Telecom par Free. L'opérateur pourrait y trouver un intérêt direct en s'accaparant le solide réseau d'antennes qui lui fait encore défaut, et en écartant une offre concurrente qui séduit un nombre record de clients depuis le début de l'année. Les enchères restent donc ouvertes !

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