Détenteurs d'un Livret A : une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule

Décidément, c’est une bien mauvaise semaine à laquelle doivent s’attendre les épargnants, détenteurs du fameux Livret A. La réforme visant au relèvement du plafond du produit d’épargne préféré des Français serait sur le point d’être enterrée par le gouvernement. Au-delà, son taux, en l’état historiquement bas puisque fixé à 1,25 % pourrait être revu une nouvelle fois à la baisse. Le gouvernement ne confirme pas plus qu’il ne dément ce qui seraient deux coups durs portés à l’épargne des Français ; Bercy se bornant à indiquer que des arbitrages définitifs seront rendus sous une quinzaine de jours.

Le taux du Livret A devrait à nouveau baisser

Promesse de campagne du candidat François Hollande, le relèvement du plafond du Livret A ne devrait finalement pas atteindre 30 600 euros. Selon des informations avancées par le Journal Du Dimanche, le gouvernement s'apprêterait à enterrer cette réforme mort-née.

Le relèvement du plafond du Livret A aura fait long feu

Plus que jamais, la promesse présidentielle d'un relèvement du plafond du Livret A semble s'éloigner. Le placement préféré des épargnants, que possèdent près de 90 % des Français, a du plomb dans l'aile. L'on se souvient que le plafond du fameux livret avait été relevé au 1er janvier 2013, passant de 19 125 € à 22 950 €. Soit une hausse cumulée de 50 % par rapport au plafond en vigueur jusqu'en septembre de l'année passée (15 300 €). Dans le même temps, son taux, ainsi que celui propre au LDD avaient tous deux étaient revus à la baisse, chutant de 2,25 à 1,75 % net au 1er février 2013.

Le gouvernement se voulait alors rassurant à l'adresse des épargnants, faisant montre de sa volonté de procéder avant la fin du quinquennat à un nouveau relèvement du plafond du Livret A. Il n'en sera finalement rien, si l'on se fie du moins à l'absence de démenti du ministre des Finances, Michel Sapin, interrogé sur l'intention prêtée au gouvernement d'enterrer cette réforme. L'hôte de Bercy, sibyllin, a seulement fait savoir que se réunira dans une quinzaine de jours un « comité pour la place financière de Paris à horizon 2020 ». À l'ordre du jour dudit comité, les grands sujets de l'épargne – dont le Livret A – et son utilisation. 

Les « travers » du Livret A, perçu comme une « niche fiscale » 

« En réalité, [le relèvement du plafond du livret] n'a jamais été à l'ordre du jour », croit savoir un ancien collaborateur de Pierre Moscovici, cité par le JDD. Ce jugement aurait pu être formulé par nombre de professionnels du secteur de l'épargne. En effet, ni les banques, ni la Caisse des Dépôts et Consignations, laquelle gère les fonds, ni les HLM, dont les besoins en financement sont couverts par la collecte, ne semblent demandeurs d'un relèvement. Dans les faits, l'association de plusieurs facteurs obère toute volonté politique d'un relèvement du plafond du Livret A. 

Tout d'abord, l'objectif d'un doublement des logements sociaux n'est plus à l'ordre du jour. Depuis 2011, le parc des HLM stagne en France. Ensuite, Bercy ne cache pas que les exonérations relatives à ce placement d'épargne constituent un manque à gagner conséquent pour les finances publiques. En période de « disette budgétaire », le Livret A, de concert avec le LDD, représentent aux yeux de la puissance publique une « niche fiscale » qui aurait coûté, pour la seule année 2013, 750 millions d'euros à l'État. Enfin, à l'appui d'une décision qui ne semble plus faire de doute se joue un arbitrage stratégique décidé par Bercy : le gouvernement souhaite désormais orienter l'épargne des Français vers les entreprises.

Le taux du livret A pourrait à nouveau chuter à 1 % voire moins

L'adage est bien connu : « une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule ». Déjà à un plus-bas historique puisque fixé à 1,25 %, le taux du placement préféré des Français pourrait de nouveau être revu à la baisse. Le Premier ministre, interrogé ce lundi au micro de RTL, n'a pas écarté une éventuelle diminution du taux du livret, préférant attendre « quelques jours pour prendre un certain nombre de décisions ».

Comme chaque année à la mi-janvier et à la mi-juillet, le Banque de France est en charge de calculer les taux de rémunération des livrets d'épargne réglementés. Ce calcul est facteur d'une combinaison de taux observés sur le marché monétaire mais également de l'augmentation des prix à la consommation – l'inflation. Si l'on se fie à l'avis de nombre d'analystes financiers, l'inflation s'étant chiffrée au mois d'avril à 0,6 %, la Banque de France devrait mécaniquement proposer de baisser la rémunération du livret d'un quart de point à 1 %, voire d'un demi-point pour les plus pessimistes à hauteur de 0,75 %.

Le calcul de la Banque de France : une équation à une inconnue

Cependant, le calcul du taux du livret demeure soumis pour validation à l'exécutif. Il s'agit donc de ne pas aller trop vite en besogne. Pour rappel, une telle baisse aurait déjà dû voir le jour en tout début d'année. Toutefois, Pierre Moscovici, à la tête de Bercy à l'époque, en avait décidé tout autrement. Sans doute conscient de l'impopularité d'une telle décision dans l'opinion, et voulant par ailleurs ne pas fragiliser outre mesure le pouvoir d'achat des ménages, le patron de l'Économie avait décidé de maintenir le taux à 1,25 %. Et la savante équation mise sur pied par la Banque de France pourrait à nouveau buter sur une inconnue de taille : la décision politique à venir de M. Sapin.

Le Livret A affiche sa résistance

  • 1,25 % : c'est le taux de rémunération actuel dudit livré, et ce, net d'impôt
  • 8 % : seulement 8 % de ses détenteurs atteignent le plafond de 22 950 €
  • 50 % : c'est le cumul des deux relèvements successifs qu'a connu le plafond du Livret A du 1er octobre 2012 au 1er janvier 2013
  • 390 : en millions d'euros, c'est le montant de la collecte enregistrée par ce produit au mois d'avril
  • 371,1 : en milliards d'euros, c'est le bilan de l'encours qu'affichent le Livret A et le LDD

Source : Banque de France

Mise à jour au 10/10/2014 : Bercy a fait connaître ce jour que le taux du Livret A sera abaissé à 1 % net à compter du début du mois d'août. Cet arbitrage du gouvernement a été rendu alors même que le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, avait proposé une baisse du taux à 0,75 %. Notons par ailleurs que si la règle de calcul mathématique liée à l'inflation avait été strictement observée, le taux du produit d'épargne préféré des Français aurait mécaniquement chuté à 0,5 %.

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