Gaz russe : Vladimir Poutine veut être payé en roubles (₽), pourquoi ?

En mars, Vladimir Poutine a exigé que le gaz russe soit payé en roubles. Pourquoi cette demande, et quels sont les enjeux ?

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Que demande Moscou exactement pour le paiement du gaz russe ?

Fin mars, Vladimir Poutine a annoncé que les livraisons de gaz russe vers l’Union européenne et les Etats-Unis devraient être payées en roubles . Une manière de détourner les sanctions mises en place en soutenant la devise bousculée.

En début de semaine, le Kremlin n’exigeait pas cette conversion. Vladimir Poutine a annoncé en revanche jeudi avoir signé un décret. De fait, il a déclaré jeudi matin que les importateurs européens devront se plier à payer le gaz en roubles .

Selon ce décret signé par le président russe, les sociétés étrangères pourront effectuer un versement en euros ou en dollars sur les comptes en roubles . Ces dernières devront ouvrir des comptes dans les banques russes. « Les entreprises pourront continuer à payer en euros auprès des banques qui, elles-mêmes, devront convertir les euros en roubles, notamment Gazprombank », précise Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. Autrement dit, il s’agit de la banque russe contrôlée par l’entreprise Gazprom. Celle-ci n’est pas sous la coupe de sanctions internationales.

gazoduc

Que représente le gaz russe pour l’Europe ?

Depuis plusieurs mois, Vladimir Poutine souffle le chaud et le froid sur la fourniture de gaz russe vers l’Europe. Il a en effet totalement conscience de sa dépendance. Pour cette même raison, l’Europe refuse un embargo sur le gaz russe. En effet, s’il était amené à couper le gaz russe, Poutine mettrait à mal le continent européen pour l’hiver prochain. Même avec des stocks bas, l’été approchant, ce n’est pas tant pour cette année que l’inquiétude grandit. Le chancelier allemand, Olaf Scholz annonçait l’arrêt des livraisons de pétrole et de gaz russes revient à « plonger notre pays et toute l’Europe dans la récession ». En effet, Berlin prévoit une possible sortie du gaz russe vers mi-2024, mais pas avant.

Quel est l’intérêt pour le rouble (₽) et la banque centrale russe ?

Le cours du rouble s’est littéralement effondré depuis le début de la guerre. Avec une chute de plus de 30 %, il fallait début mars 138 roubles pour un dollar. Depuis les annonces de mercredi, le cours a bondi de plus de 8 %. La conversion est donc passée à 96 roubles pour un dollar.

Vladimir Poutine envisage que ce paiement en roubles se fasse de la même manière pour d’autres exportations. Cela pourrait en effet s’élargir aux « engrais, céréales, pétrole, charbon, huile alimentaire, métaux et bois », précise le Kremlin.

« En obligeant les clients européens à acheter des roubles, cela permettrait surtout à Vladimir Poutine de désenclaver la banque centrale et de fluidifier le marché monétaire russe », selon Serge Assouline. Ce dernier est le directeur général d’un cabinet de conseils spécialisé dans la gestion des risques financiers, Forex Finance. Pour lui, c’est « une partie d’échecs. Mais les Européens semblent avoir contre-attaqué. En passant uniquement par Gazprombank, dont les avoirs n’étaient pas gelés, ils évitent de laisser toutes les banques russes et la banque centrale revenir dans le jeu ».

Quelle est la réaction des Européens ? Quels sont les risques ?

Le ministre de l’Economie et du Climat allemand, Robert Habeck, a déclaré que « tous les ministres du G7 sont tombés d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une violation unilatérale et claire des contrats existants ». Emmanuel Macron affirme que ce n’était « ni possible, ni contractuel ».

L’Autriche, l’Allemagne et la France ont déclaré se préparer à un potentiel arrêt de l’importation de gaz russe. Bruno Le Maire annonçait qu’il « peut y avoir une situation dans laquelle demain, dans des circonstances très particulières, il n’y aura plus de gaz russe. C’est à nous de préparer ces scénarios-là, et nous les préparons ».

Pour le gouvernement, les contrats sont respectés

En effet, Barbara Pompili affirme « qu’imposer un paiement en roubles constituerait une rupture de la plupart des contrats. Les contrats passés par les entreprises françaises notamment sont libellés en euros. Les entreprises sont légitimes à refuser un changement de devise ».

Un contrat déchiré en deux

Les risques de refuser de payer en roubles (₽) pour le gaz russe ?

« Pour acheter du gaz naturel russe, elles doivent ouvrir des comptes en roubles dans des banques russes. C’est à partir de ces comptes que seront effectués les paiements pour le gaz livré à partir de demain », a déclaré le président russe dans une allocution télévisée. A partir du premier avril, il exhorte les pays « inamicaux » à payer les livraisons de gaz russe en roubles. Il annonce de même vouloir renforcer la « souveraineté » de la Russie.

« Si de tels paiements ne sont pas effectués, nous considérerons cela comme un défaut de la part des acheteurs, avec toutes les conséquences qui en découlent. Personne ne nous vend quoi que ce soit gratuitement. Nous n’allons pas non plus faire de charité – c’est-à-dire que les contrats existants seront annulés », a-t-il ajouté. La suspension des contrats en cours pour ceux qui n’obtempèrent pas font craindre un arrêt de livraison à la France et à l’Allemagne.

Une fermeture des vannes pour la France et l’Allemagne, une option à laquelle les deux pays se préparent

« Le président Poutine nous a confirmé d’ailleurs qu’une solution serait trouvée et il n’a pas manifesté l’intention de supprimer la fourniture de son gaz à ce stade », explique Emmanuel Macron.

De son côté, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a demandé à la Russie d’honorer « totalement et intégralement » les contrats qu’elle a déjà signés. Face à un président menaçant, il a ajouté que « nous devons nous préparer à toutes les hypothèses ».

Depuis le début du conflit, l’Europe met toutes les chances de son côté pour pallier sa dépendance au gaz russe. Sur le court terme, cela risque d’être compliqué. Les vannes seront-elles coupées ? Si la question pour la France ne devient un réel problème que pour l’hiver prochain, le gaz russe coupé pourrait entraîner l’Allemagne dans une crise économique comme elle n’en a plus connu depuis la fin de la Seconde guerre.

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