Quatre cours qui montent, une demande qui recule

Le choc est un choc d'offre importé, et il touche les trois énergies à la fois. Le contrat de gaz d'octobre a pris 35 % depuis le 17 août, dont 13,6 % sur les sept derniers jours. La fermeture de l'oléoduc saoudien Est-Ouest après des attaques venues d'Irak et la suspension de plusieurs champs libyens ont ajouté 20 % au Brent en un mois. Et la moyenne du spot électrique sur trente jours est plus de deux fois supérieure à celle du premier semestre.

Quatre cours qui montent en même temps, un pays qui consomme moins
Marché Cours au 14-15 septembre Repères
Gaz PEG (contrat octobre)82,42 €/MWh61,15 € le 17 août, 43,38 € au plus bas d'avril
Pétrole Brent109 $ le baril91 $ il y a un mois, 68 $ il y a un an
Électricité spot (moyenne du jour)216,33 €/MWh le 14 sept.138,66 € sur 30 jours, 61,90 € au 1er semestre
Quota CO2 européen82 €/t74 € en mai

En face, aucun signe de surchauffe de la demande. RTE relève une consommation d'électricité stable au premier semestre 2026, toujours 6 % sous la moyenne 2014-2019 pour la troisième année consécutive. La consommation de gaz corrigée du climat, à 393 TWh, est 20 % sous son niveau de 2019. Ce n'est pas la crise de 2022, où l'Europe perdait son premier fournisseur par gazoduc en pleine reprise économique : c'est un choc d'offre venu du Golfe qui frappe un pays dont la demande n'a jamais été aussi faible. C'est aussi pour cela que les prix montent sans pénurie, et que les stocks continuent de se remplir.

Ce que disent vraiment le spot et la courbe à terme

Un cours de gaz n'est pas un chiffre mais une courbe, et la lecture change tout. Au 14 septembre, le contrat d'octobre cote 82,42 €, novembre 81,25 €, décembre 81,08 € et l'hiver entier 81,09 €. Autrement dit, le marché ne demande aucune prime supplémentaire pour la période de chauffe : il valorise la crise comme un choc présent, pas comme une escalade à venir. Le décrochage se produit ensuite. L'année 2027 se négocie 60 €, soit 27 % de moins, 2028 tombe à 36 € et 2029 à 28 €.

1534547393Oct. 2026 : 82 €/MWh82 €/MWhOct. 2026Nov. 2026 : 81 €/MWhNov. 2026Déc. 2026 : 81 €/MWhDéc. 20262027 : 60 €/MWh60 €/MWh20272028 : 36 €/MWh36 €/MWh20282029 : 28 €/MWh20292030 : 25 €/MWh25 €/MWh2030
Courbe à terme du gaz PEG au 14 septembre 2026, en euros par mégawattheure. L'hiver se paie au prix d'octobre ; l'année 2027 cote déjà 27 % de moins, 2028 moitié moins.

Cette pente descendante, que les traders appellent déport, intègre la montée en puissance des terminaux américains, passés à 85 millions de tonnes par an et qui compensent déjà environ 60 % des volumes qataris perdus, la réparation progressive de Ras Laffan et l'arrivée de nouvelles capacités de liquéfaction en 2027-2028. Une courbe est un consensus, pas une prévision : en avril, ce même contrat d'octobre cotait 43,38 €, et le marché n'avait pas vu venir le doublement qui a suivi. Sa forme dit néanmoins une chose utile pour un ménage : figer le prix d'aujourd'hui sur deux ou trois ans, c'est figer une prime de crise que le marché lui-même ne prévoit pas de faire durer.

Le spot de l'électricité, lui, s'est décroché de sa trajectoire de début d'année. RTE avait mesuré une moyenne de 61,9 € le mégawattheure au premier semestre, avec 407 heures de prix négatifs. En septembre, les journées se déroulent en deux temps : 38 € à 13 h le mardi 15 septembre quand le solaire inonde le réseau, 258 € à 19 h quand il disparaît et que la pointe du soir appelle les centrales à gaz.

0901802713611er semestre|2026 : 62 €/MWh621er semestre202630 derniers|jours : 139 €/MWh13930 derniersjoursLundi|14 sept. : 216 €/MWh216Lundi14 sept.Pointe 20 h|14 sept. : 306 €/MWh306Pointe 20 h14 sept.
Prix spot de l'électricité en France (EPEX day-ahead), en euros par mégawattheure : moyenne du premier semestre, moyenne glissante sur 30 jours, journée du lundi 14 septembre et heure de pointe de cette même journée.

La mécanique est arithmétique. Une centrale à cycle combiné convertit le gaz avec un rendement d'environ 55 % et paie son CO2 à 82 € la tonne : avec un gaz à 82 €, son coût de production approche 180 € le mégawattheure, et c'est elle qui fixe le prix aux heures où elle est appelée. Le prix de l'électricité en France n'est pas devenu un prix du gaz, mais son prix de pointe l'est redevenu, deux à quatre heures par jour, et cela suffit à doubler la moyenne journalière. Pour les ménages, ce spot n'atteint pas la facture tout de suite : le prix de l'électricité au tarif réglementé est figé jusqu'au 1er février 2027, et sa révision se calcule sur deux ans de prix à terme lissés, comme le détaille notre analyse du calendaire 2027, qui a tout de même pris 44,7 % en un mois.

Top 5 des offres de gaz les moins chères en octobre 2026

Offre Caractéristiques Score Facture Simulation
Gaz à prix fixes 2 ans
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 860155,00€/an

−15512,96 € économisés /an

Abo. 341,4028,45 € · kWh 0,1336 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 02/10/2026

1 891157,58€/an

−12510,40 € économisés /an

Abo. 360,7230,06 € · kWh 0,1346 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 922160,17€/an

−947,86 € économisés /an

Abo. 360,7930,07 € · kWh 0,1373 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 934161,17€/an

−826,82 € économisés /an

Abo. 517,4443,12 € · kWh 0,1246 €

Prix fixe acheminement inclus
Selectra Score B

Vérifié 01/10/2026

1 946162,17€/an

−705,85 € économisés /an

Abo. 360,7230,06 € · kWh 0,1394 €

Gaz à prix fixes 2 ans
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 860155,00€/an

−15512,96 € économisés /an

Abo. 341,4028,45 € · kWh 0,1336 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 02/10/2026

1 891157,58€/an

−12510,40 € économisés /an

Abo. 360,7230,06 € · kWh 0,1346 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 922160,17€/an

−947,86 € économisés /an

Abo. 360,7930,07 € · kWh 0,1373 €

Gaz en partie vert
Selectra Score A

Vérifié 01/10/2026

1 934161,17€/an

−826,82 € économisés /an

Abo. 517,4443,12 € · kWh 0,1246 €

Prix fixe acheminement inclus
Selectra Score B

Vérifié 01/10/2026

1 946162,17€/an

−705,85 € économisés /an

Abo. 360,7230,06 € · kWh 0,1394 €

Profil : consommation de 11 370 kWh de gaz par an, dans la zone tarifaire de la commune de Nantes.

Les écarts de tarifs sont calculés par rapport au Prix Repère Gaz, via le comparateur Selectra.

Le signe  indique que le fournisseur est partenaire de JeChange pour l'offre. Les numéros affichés sont non-surtaxés.

Prix du gaz : marchés, prix repère et offres Le guide complet des mécanismes qui fixent le prix du kilowattheure de gaz.

Gaz : c'est l'offre qui est amputée, pas la demande qui déborde

Le marché du gaz naturel liquéfié a perdu l'un de ses piliers au printemps, et il ne l'a pas encore remplacé.

  • Le Qatar tourne à 83 % de ses capacités depuis les frappes iraniennes des 18 et 19 mars sur Ras Laffan : deux trains de liquéfaction sur quatorze sont détruits, soit 12,8 millions de tonnes par an, et QatarEnergy a déclaré la force majeure sur une partie de ses contrats. Les réparations prendront de trois à cinq ans.
  • Le détroit d'Ormuz reste un robinet à ouverture variable : Téhéran l'a fermé huit fois entre mars et août, parfois plusieurs jours de suite, et Washington bloque en retour les ports iraniens. Chaque fermeture renvoie les acheteurs asiatiques vers les cargaisons atlantiques que l'Europe convoite.
  • Le gaz russe n'a pas encore disparu, il disparaît au pire moment. Le GNL russe au comptant est interdit depuis avril, mais les contrats de long terme courent jusqu'au 31 décembre : au premier semestre, l'Union européenne en a encore réceptionné 136 cargaisons, près de 10 millions de tonnes, en hausse de 16 % sur un an, Montoir-de-Bretagne et Dunkerque en tête. Le 1er janvier 2027, ce flux s'arrête, en plein cœur de la saison de chauffe.
  • Les stocks français rattrapent leur retard sans l'avoir comblé : 71,3 % au 2 septembre contre 59 % un mois plus tôt, pour une cible de 85 % à la mi-octobre. La moyenne européenne plafonne à 68 % et l'Allemagne à 53 %, ce qui maintient une demande de remplissage concurrente jusqu'en novembre, comme l'expliquait notre point sur le remplissage des stocks.

Ce déséquilibre a déjà traversé la facture. Le prix repère du kilowattheure chauffage passe à 0,14558 € TTC au 1er octobre, en hausse de 8,0 % sur un mois et de 48 % depuis janvier. Une seule brique bouge : le coût d'approvisionnement retenu par la CRE, calculé sur les cotations du mois précédent, monte de 52,30 à 61,35 € le mégawattheure hors taxes. Les autres composantes, acheminement, taxes, coûts commerciaux, pèsent ensemble 59,98 € et ne dépendent pas des marchés. La règle de conversion est donc simple : chaque tranche de 10 € gagnée par le gaz sur les marchés ajoute 1,2 centime au kilowattheure TTC, soit 136 € par an pour un chauffage de 11 370 kWh. Les cotations de septembre, autour de 75 € en moyenne, préparent déjà le prix repère de novembre, dont nous avons détaillé la trajectoire mois par mois.

Votre facture de gaz selon le niveau des cours

Facture annuelle TTC

 €

soit un kWh chauffage à  c€ TTC, contre 14,56 c€ au prix repère d'octobre :  € par an

Abonnement chauffage 360,79 €/an ; acheminement, taxes et coûts commerciaux au niveau d'octobre 2026 ; hors effet de zone tarifaire

JeChange

Pétrole : le fioul et le carburant, l'autre moitié du choc

Réduire la crise au gaz et à l'électricité, c'est oublier 2,6 millions de résidences principales chauffées au fioul, soit près de 9 % des logements selon l'Insee, dont près d'une sur deux est en situation de vulnérabilité énergétique. Pour elles, le baril à 109 dollars n'est pas un canal indirect, c'est le prix de la cuve. Le fioul domestique est passé de 1 401 € les 1 000 litres fin juin à 1 793 € le 4 septembre, puis autour de 1 873 € le 14 septembre selon les distributeurs, en hausse de 62 % sur un an. Remplir une cuve de 2 000 litres coûte aujourd'hui 944 € de plus qu'avant l'été.

Le carburant est le second poste oublié, et il concerne tous les ménages. Le gazole s'affiche à 2,301 € le litre au 11 septembre contre 1,628 € en août 2025, et une partie de la hausse ne vient pas du brut : les marges de raffinage sur le gazole ont dépassé 100 dollars le baril début septembre, contre 15 à 30 dollars en temps normal. Pour un automobiliste qui consomme 684 litres par an, la facture annuelle s'alourdit de 460 €.

Ce que la hausse coûte déjà à un foyer type, énergie par énergie
Poste Point de départ Aujourd'hui Écart sur un an
Gaz chauffage, 11 370 kWh0,0986 €/kWh (prix repère janvier)0,1456 €/kWh (octobre)+ 534 €
Fioul, cuve de 2 000 L1 401 € les 1 000 L (fin juin)1 873 € (14 sept.)+ 944 €
Gazole, 684 L par an1,628 €/L (août 2025)2,301 €/L (11 sept.)+ 460 €
Électricité, tarif réglementé+ 2,5 % au 1er août 2026figé jusqu'au 1er février 2027≈ + 50 € sur 2 000 €

Reste le lien entre le pétrole et le gaz, réel mais déplacé : l'indexation pétrolière a disparu des contrats européens, pas des contrats asiatiques. Quand le Brent grimpe, le GNL sous contrat indexé devient plus cher que le GNL au comptant, et les acheteurs japonais ou coréens se reportent sur le marché spot, exactement celui où l'Europe se fournit pour remplir ses stocks. Le pétrole cher ne fixe plus le prix du gaz, il en aiguise la concurrence.

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JeChange

Consommer moins protège, mais moins qu'on ne le croit

Au prix repère d'octobre, un foyer chauffé au gaz qui consomme 11 370 kWh paie 2 016 € par an : 361 € d'abonnement et 1 655 € de consommation. Réduire sa consommation de 10 % lui fait gagner 166 €, soit 8,2 % de la facture. L'effort paie donc presque proportionnellement, et il paie d'autant plus que la brique d'approvisionnement, celle qui flambe, est entièrement proportionnelle au volume consommé. Ce qui ne bouge pas se lit dans la décomposition du prix.

  • Suit votre consommation : l'approvisionnement (61,35 €/MWh HT en octobre), la part variable de l'acheminement (26,24 €), la TICGN (16,66 €) et la contribution CEE (12,22 €).
  • Suit aussi le thermostat : chaque degré de moins réduit la consommation de chauffage de l'ordre de 7 %, ce qui vaut environ 116 € par an au prix d'octobre pour ce foyer.
  • Ne bouge pas : l'abonnement de 360,79 € TTC, soit 18 % de la facture, composé de la part fixe d'acheminement (196,68 € HT), de la contribution tarifaire d'acheminement (48,62 €) et des coûts commerciaux fixes (55,36 €).
  • Monte quand tout le monde consomme moins : le tarif d'utilisation du réseau électrique a augmenté de 3,04 % au 1er août 2026 précisément parce que la consommation de 2025 avait été inférieure aux prévisions d'Enedis. L'effet existe, il se compte en points sur la seule part réseau, pas en dizaines d'euros.

Trois scénarios pour l'hiver, avec leurs déclencheurs

Plutôt qu'une prévision, mieux vaut trois branches, chacune assortie de signaux observables. Le prix repère se calcule avec deux mois de décalage sur les cotations, ce qui laisse à chaque fois le temps de réagir.

Trois scénarios pour l'hiver, et les déclencheurs à surveiller
Scénario Déclencheurs observables Effet sur le prix repère du gaz
Détente (l'espoir de la courbe)réouverture durable d'Ormuz, stocks français à 85 % mi-octobre, PEG hiver repassé sous 70 €recul dès janvier-février, avec deux mois de décalage
Plateau (scénario central)PEG entre 75 et 85 € jusqu'en janvier, hiver normal, stocks entre 80 et 85 %au-dessus de 0,15 €/kWh tout l'hiver
Chocvague de froid prolongée, nouvel incident dans le Golfe ou sur un terminal, stocks sous 75 % au 1er novembre, GNL russe coupé au 1er janvierPEG au-delà de 100 €, prix repère proche de 0,19 €/kWh

Le scénario central est celui que dessine la courbe : un plateau élevé jusqu'en janvier, puis une décrue au printemps. Dans cette configuration, le risque pour un foyer n'est pas la pénurie mais l'exposition contractuelle. Un contrat indexé sur le prix repère encaissera chaque révision mensuelle jusqu'en janvier, puis profitera de la baisse ; un prix fixe signé aujourd'hui l'en protège, mais au niveau de la crise, alors que la courbe valorise 2027 à un kilowattheure de 0,144 €, sous le prix repère d'octobre. La question à poser à une offre fixe n'est donc pas « protège-t-elle ? » mais « à quel prix du kilowattheure, et pour combien de temps » : au-dessus de 0,15 €, elle facture l'hiver ; en dessous, elle facture la courbe. Quatre foyers sur dix sont déjà à prix fixe, les autres ont trois données à réunir avant de trancher : la nature exacte de leur contrat, leur consommation annuelle et leur zone tarifaire. Le suivi du prix du PEG dira ensuite, semaine après semaine, laquelle des trois branches l'emporte, et changer de fournisseur reste le seul levier à effet immédiat sur la facture, côté gaz comme côté électricité.

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