Une inversion complète des heures creuses et des heures pleines
La proposition émane de l'Alliance Énergie Climat, qui réunit Avenirs Énergétiques, l'Observatoire des énergies renouvelables et Agir pour le climat, fondée en 2017 par le climatologue Jean Jouzel. Elle vise l'option heures pleines / heures creuses du tarif réglementé de vente, celle des particuliers et des très petites entreprises de moins de dix salariés.
Les six heures de pointe ne seraient pas figées à la même minute pour tout le monde :
- Trois heures à choisir entre 6 h et 10 h, trois autres entre 18 h et 22 h.
- Chaque foyer calerait ses propres horaires au quart d'heure près, pour étaler la montée et la descente de la demande au lieu de faire basculer tous les compteurs à la même seconde.
- Tout le reste passe en heures creuses, y compris la tranche de 9 h à 18 h, aujourd'hui au prix fort.
Pourquoi la grille héritée des années 1980 ne colle plus aux prix de gros
La structure actuelle date du parc nucléaire des années 1980 : produire la nuit coûtait moins cher, et le réseau se dimensionnait sur la pointe du soir. Les prix de gros n'ont plus cette forme. D'après les relevés de RTE repris par le document, l'écart entre le creux et la pointe d'un jour ouvré est passé de 14 % en 2019 à 80 % le matin et 94 % le soir en 2025.
- Le solaire écrase les prix de milieu de journée : une installation sous obligation d'achat ne captait plus en 2025 que la moitié du prix spot moyen.
- Une partie de cette électricité est perdue faute de preneurs : les excédents renouvelables sont écrêtés en pleine journée, quand la demande reste massée matin et soir.
- La pointe du soir appelle encore des centrales au gaz : pendant les canicules de l'été 2026, le prix spot a dépassé 200 €/MWh en soirée, contre moins de 100 en pleine lumière.
Deux prix et des horaires fixes : la lisibilité plutôt que la finesse
C'est l'argument central du document, et il porte sur le message, pas sur le montant. Un tarif n'oriente les comportements que s'il se retient sans effort. Deux prix, deux plages, des horaires choisis une fois pour toutes : la règle tient en une phrase et vaut tous les jours de l'année, week-ends compris.
- Rien à consulter : aucune couleur annoncée la veille, aucune application à ouvrir.
- Le prix redevient cohérent avec le système : cher quand le réseau est tendu, bas quand le solaire produit, au lieu de « la nuit c'est moins cher » comme en 1980.
- L'écart se voit : 10 centimes entre les deux plages, contre 5,5 aujourd'hui. Le document assume cette marche, faute de quoi personne ne déplacerait quoi que ce soit.
C'est le choix inverse de la tarification horosaisonnière, qui colle au système de bien plus près. L'option Tempo croise trois couleurs de jour et deux plages horaires, soit six prix du kWh, et certaines offres de marché suivent carrément les cours horaires. Ces grilles récompensent davantage qui sait s'y tenir, mais elles exigent une attention quotidienne : c'est sans doute pourquoi Tempo reste très minoritaire près de trente ans après sa création.
Facture inchangée pour qui ne bouge rien, 10 % de moins pour qui décale
C'est le point sur lequel la proposition se défend par avance. Dans l'hypothèse du document, un foyer qui consomme le double aux heures de pointe et ne change rien voit sa facture quotidienne passer de 5,98 € à 6,00 €. Autrement dit, rien. Le gain n'arrive qu'à celui qui déplace : en basculant vers les heures creuses le surplus consommé matin et soir, la même journée retombe à 5,40 €, soit 10 % de moins.
Sur l'année, le document avance une centaine d'euros pour un ménage moyen et 300 € pour un foyer chauffé à l'électricité, ce second chiffre correspondant à environ 17 000 kWh. Voici quatre situations, abonnement mis à part.
La ligne de partage ne passe pas par le niveau de consommation, mais par la part qui peut être programmée.
- Un foyer présent en journée : télétravail, temps partiel, retraite. Cuisine, lessive et chauffage tombent d'office dans la plage creuse de 9 h à 18 h.
- Un ballon d'eau chaude asservi au compteur : il bascule tout seul, comme il le fait déjà depuis des décennies.
- Une voiture électrique à recharge programmable : la charge se cale sur 21 h à 6 h ou sur l'après-midi, et le surcoût des heures de pointe disparaît.
- Une très petite entreprise aux horaires souples : une boulangerie qui ne profite du tarif creux que pour sa première fournée y passerait aussi ses cuissons de fin de matinée.
- Deux actifs absents toute la journée : leur consommation se masse précisément sur les six heures qui deviennent chères. Sans rien reprogrammer, leur facture monte de 44 € par an sur le profil de référence.
- Un chauffage électrique piloté à la main : sans thermostat programmable ni pompe à chaleur, la relance du soir tombe dans la tranche à 26 centimes.
- Un foyer déjà entièrement calé sur la nuit : son kWh nocturne passerait de 15,89 à 16 centimes. L'écart est minuscule, mais il joue contre lui.
Calculez l'écart sur votre propre facture
Le calcul ci-dessous reprend les barèmes du tableau au centime près. Choisissez la situation qui vous ressemble, ajustez votre consommation annuelle telle qu'elle figure sur votre facture, puis faites glisser la part de pointe que vous pensez pouvoir décaler.
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Le tarif Base disparaîtrait en 2027, et l'abonnement reste à trancher
La proposition ne s'arrête pas aux horaires. Elle acte la disparition de l'option Base pour les puissances de 6 à 15 kVA en 2027, après ce qui a déjà été fait au 1er février 2026 au-dessus de 18 kVA. Le tarif Base n'est plus proposé aux nouveaux clients, mais il équipe encore un très grand nombre de compteurs, y compris depuis que l'option heures creuses s'est ouverte aux petites puissances.
Le montant de l'abonnement reste ouvert au débat, comme la protection des ménages modestes qui s'électrifient. Le document écarte en revanche toute tranche de kWh gratuits : une exception sociale glissée dans la grille brouillerait le signal pour tout le monde.
Le dernier mot revient aux pouvoirs publics. Les prix avancés ne sont que des suggestions : c'est à la Commission de régulation de l'énergie de proposer les barèmes, et au gouvernement de les arbitrer.
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