De 0 € à midi à 305 € le soir, la même semaine
Un prix nul ou négatif signale un excès de production sur la consommation, le plus souvent un midi ensoleillé de week-end, quand le solaire tourne à plein et que le nucléaire ne peut pas s'effacer assez vite. Le même réseau cote ensuite plus de 300 € le soir, quand le soleil disparaît et que les foyers rentrent. Ces cotations sont celles du marché spot, aussi appelé marché du lendemain : chaque jour en début d'après-midi, la bourse européenne de l'électricité confronte les offres des producteurs et les demandes des fournisseurs et fixe un prix pour chaque heure du jour suivant. C'est ce prix de gros, public et connu la veille, qui est tombé à 0 €, pas le prix d'un contrat. Notre page sur le prix de marché de l'électricité le suit au quotidien.
Un écart de 1 à 15 dans la même journée n'existe sur aucune facture française, parce que le prix que paie un ménage est celui de son contrat, pas celui du marché. Nous avons chiffré ce que donnerait une exposition intégrale dans notre analyse des offres indexées sur le marché.
Personne ne paie l'électricité à 0 €, et c'est un choix français
Le prix qui tombe à zéro est celui du marché spot, où fournisseurs et producteurs s'échangent l'électricité heure par heure, et même par quart d'heure depuis octobre 2025. Le prix que paie un ménage est fixé par son contrat, et presque tous les contrats vendus en France sont construits pour ne pas suivre ce marché au jour le jour.
Le tarif réglementé, qui couvre encore 19,37 millions de sites résidentiels au 31 mars 2026, soit 55,2 % des foyers, ne regarde jamais le prix spot du jour. La Commission de régulation de l'énergie l'approvisionne avec des produits à terme annuels, achetés de façon lissée sur les 24 mois qui précèdent l'année de livraison. Une heure à zéro un samedi de septembre 2026 ne pèse donc rien dans le tarif de 2026, et presque rien dans celui de 2027 ou 2028, sinon par l'influence que ces creux répétés exercent sur les prix à terme. Notre page tarif réglementé ou offre de marché détaille cette construction.
Même logique du côté des offres de marché. Les contrats indexés sur le tarif réglementé le suivent avec un rabais. Les offres à prix fixe figent le kilowattheure au niveau de la courbe à terme du jour de la signature, et le fournisseur se couvre sur ces mêmes marchés pour tenir sa promesse. Quant aux heures creuses et aux offres de type Tempo, elles traduisent une réalité physique voisine, mais à des horaires fixés une fois pour toutes, jamais sur le cours spot du jour.
Restent les offres à tarification dynamique, que nous avions présentées dans notre article sur les 513 heures de prix négatifs de 2025. Deux fournisseurs, Sobry et Frank Énergie, facturent la part énergie au prix horaire du marché et se rémunèrent sur un abonnement et une commission fixe au kilowattheure. Chez Frank Énergie, une heure de prix négatif se traduit par un crédit : le client est payé pour consommer. Sobry plafonne le prix, à 21,67 centimes l'hiver sur son offre SoCap. Mais ces contrats se comptent en milliers, sur 35 millions de sites résidentiels, soit bien moins de 0,1 % du marché. Les fournisseurs de plus de 200 000 clients ont pourtant l'obligation légale d'en proposer une. Un régime transitoire assoupli, instauré pendant la crise de 2022 et prolongé par la CRE jusqu'au 30 juin 2027, leur permet de s'en acquitter avec des offres à signal de court terme plutôt qu'au vrai prix horaire, en attendant les nouvelles règles attendues d'ici octobre 2026.
Prix fixe ou prix indexé Ce que garantit chaque formule, ce qu'elle laisse au marché et à quel profil de foyer elle convient.L'Espagne a fait le choix inverse, puis a reculé
Le contraste est net avec l'Espagne, dont nous avons décrit le tarif réglementé presque gratuit l'après-midi. Le PVPC, auquel restent abonnés 8,2 millions de consommateurs selon le régulateur espagnol, a longtemps répercuté intégralement le prix horaire du marché. Le choc de 2022 a poussé Madrid à en lisser une part croissante : la composante à terme représentait 25 % du prix en 2024, 40 % en 2025 et atteint 55 % en 2026. Même le pays qui avait poussé le plus loin la facture au prix du jour lui retire progressivement son exposition, tout en gardant 45 % de part horaire, assez pour que le creux solaire se voie encore sur la facture.
En France, la question est tranchée depuis longtemps dans l'autre sens. La stabilité du prix a été préférée au signal horaire, et le tarif réglementé d'EDF sert de référence à l'immense majorité des offres de marché.
Le marché arrive quand même sur la facture, avec un à deux ans de retard
Que le prix horaire ne se voie pas ne signifie pas que le marché ne compte pas. Il entre dans le tarif réglementé par un autre canal, les achats à terme : la CRE n'attend pas l'année de livraison pour acheter l'électricité du tarif, elle l'achète par petites tranches, régulièrement, pendant les deux années qui précèdent. Le prix intégré au tarif d'une année donnée est donc la moyenne des prix de gros des deux années d'avant, jamais le prix du moment. La délibération de la CRE du 14 janvier 2026 donne les chiffres.
Le décalage saute aux yeux. En 2025, le tarif réglementé intégrait une électricité achetée 103 € le mégawattheure, alors qu'elle ne valait plus que 61 € sur le marché spot : les achats de 2023 et 2024 portaient encore la trace de la crise. Cette électricité chère ne pesait toutefois que sur 56,2 % des volumes, le reste venant du nucléaire historique vendu 42 € par EDF au titre de l'ARENH. En 2026, le prix intégré tombe à 63,9 €, mais l'ARENH disparaît et tout le volume passe au prix de marché : la CRE chiffre la baisse nette de la part énergie à 6,88 € le mégawattheure hors taxes. D'où des mouvements de tarif sans rapport apparent avec le marché du moment : − 15 % en février 2025, − 0,74 % en février 2026, puis + 2,5 % en août 2026 sous l'effet des réseaux et du mécanisme de capacité. Les creux de 2025 et 2026, heures négatives comprises, ne se liront pleinement que dans les tarifs de 2027 et 2028. Le détail des lignes de la facture figure sur nos pages prix de l'électricité et taxes de la facture.
Les offres à prix fixe suivent le même chemin, en plus rapide : chaque nouvelle grille se cale sur la courbe à terme du moment. C'est pourquoi les fournisseurs alternatifs ont pu afficher des prix nettement inférieurs au tarif réglementé en 2024 et 2025, quand celui-ci traînait encore ses achats de crise, un écart que notre page électricité la moins chère mesure chaque mois.
Top 5 des offres d'électricité à prix bloqués les moins chères en octobre 2026
Vérifié 01/10/2026
94278,50€/an
−1068,85 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 02/10/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,4415,87 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1838 €
Vérifié 18/08/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,8015,90 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 19/08/2026
99582,92€/an
−534,43 € économisés /anAbo. 207,9617,33 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
94278,50€/an
−1068,85 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 02/10/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,4415,87 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1838 €
Vérifié 18/08/2026
97881,50€/an
−705,85 € économisés /anAbo. 190,8015,90 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 19/08/2026
99582,92€/an
−534,43 € économisés /anAbo. 207,9617,33 € · kWh 0,1837 €
Profil : option Base avec une puissance de 6 kVA et une consommation de 4 287 kWh par an.
Les écarts de tarifs sont calculés par rapport au Tarif réglementé d'EDF, via le comparateur Selectra.
Le signe indique que le fournisseur est partenaire de JeChange pour l'offre. Les numéros affichés sont non-surtaxés.
Les fournisseurs qui achètent au jour le jour, à leurs risques et périls
Un dernier canal existe, invisible sur le contrat : la stratégie d'achat du fournisseur. Certains se couvrent à terme, deux ou trois ans à l'avance, pour sécuriser un prix fixe. D'autres, plus petits ou plus joueurs, achètent une part importante de leur électricité sur le marché spot, au jour le jour. Quand celui-ci est bas, ils encaissent la différence et peuvent la répercuter dans leurs grilles ; quand il s'envole, ils sont pris en tenaille entre un prix d'achat qui explose et un prix de vente promis.
- Entre l'automne 2021 et 2022, cette exposition a emporté une série de fournisseurs : E.Leclerc Énergies a jeté l'éponge en octobre 2021, Hydroption a été placé en liquidation, puis Cdiscount Énergie, Planète Oui et Bulb ont cessé leur activité, alors que le prix spot passait d'environ 45 € à près de 240 € le mégawattheure.
- Le client d'un fournisseur défaillant ne perd pas l'électricité, il bascule vers un fournisseur de secours désigné par l'État, mais aux conditions de ce dernier, et il découvre souvent à cette occasion que son prix bas reposait sur un pari.
- À l'inverse, en 2024 et 2025, acheter au jour le jour a été payant, avec un prix spot sous les 65 € en moyenne, et les fournisseurs les plus agressifs l'ont répercuté dans leurs prix de souscription.
Pour le ménage, ce canal n'apparaît nulle part dans les conditions générales. Il se lit dans le prix affiché à la souscription, dans la fréquence des révisions de grille et dans la solidité du fournisseur qui le propose, trois critères que notre comparatif prix fixe ou indexé passe en revue.
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Les heures creuses de l'après-midi, la seule répercussion pour le plus grand nombre
Si le prix horaire ne descend pas jusqu'à la facture, le signal, lui, commence à y arriver sous une forme lisible : les plages horaires. Le régulateur a engagé une refonte des heures creuses, avec une partie des créneaux nocturnes déplacée vers l'après-midi, entre 11 et 17 heures, pour coller aux heures où le solaire fait plonger le marché. C'est la traduction domestique, en tarif à deux paliers, des heures à zéro de ce mois de septembre. Le calendrier de la bascule figure sur notre page heures creuses.
- Un foyer en heures creuses l'après-midi capte le creux solaire avec un lave-linge, un ballon d'eau chaude ou une recharge de voiture programmés, sans aucune exposition au marché.
- Un foyer équipé d'un compteur Linky et d'usages pilotables peut aller plus loin avec une offre dynamique, en acceptant une facture qui change chaque mois et des soirées d'hiver à plus de 300 € le mégawattheure.
- Tous les autres verront ces heures à zéro dans leur tarif, mais en 2027 ou 2028, une fois digérées par le lissage du tarif réglementé et par les nouvelles grilles à prix fixe.
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