Le kWh de plus n'est jamais un kWh moyen
Le réseau appelle ses centrales dans l'ordre de leur coût de fonctionnement. L'éolien, le solaire et l'hydraulique au fil de l'eau passent en premier, parce que leur combustible est gratuit. Le nucléaire suit, avec un coût variable faible. Les centrales à gaz viennent en dernier, et le charbon après elles. La dernière centrale appelée pour boucler la demande est dite « marginale », et c'est son coût qui devient le prix de gros de l'heure.
La CRE insiste sur le caractère conventionnel de ce calcul : plusieurs filières se trouvent souvent à quelques euros les unes des autres, les barrages se gèrent en fonction de la valeur future de leur eau, et le couplage européen fait entrer les voisins dans l'équation. Le résultat n'en est pas moins net, et stable d'une année sur l'autre :
Deux mouvements se lisent dans ce tableau. Le nucléaire a pris 6 points de marginalité en un an, pendant que l'hydraulique en perdait 7, conséquence d'une année moins arrosée. Et le gaz a continué de reculer, après la chute déjà enregistrée entre 2023 et 2024. La CRE note cependant que le prix du gaz peut peser sur le prix de l'électricité même aux heures où aucune centrale à gaz ne tourne en France, par les échanges aux frontières et par la valeur que les exploitants de barrages attribuent à leur eau.
Ce que le partage 77 / 10 fait au prix que vous payez
Le prix moyen du marché spot s'est établi à 61 €/MWh en 2025, contre 58 en 2024. Mais la moyenne cache un relief extrême : 513 heures à prix négatif, quand le solaire déborde en milieu de journée, et 1 807 heures au-dessus de 100 €/MWh, essentiellement les matins et les soirées d'hiver, quand le gaz prend la main. Notre analyse de l'effet des marchés sur le tarif réglementé de 2027 montre comment ces prix de gros se répercutent, avec retard, sur la part « énergie » de la facture.
Pour le particulier, ce relief s'achète ou se subit selon le contrat. Trois familles d'offres transforment différemment le partage 77 / 10 en euros :
- Les offres à prix fixe ou le tarif réglementé lissent tout : le kWh coûte le même prix qu'il sorte d'un barrage ou d'une turbine à gaz, et la volatilité est absorbée par le fournisseur.
- Les heures creuses et Tempo reproduisent grossièrement le relief : moins cher quand le bas carbone est marginal, plus cher les jours rouges où le gaz entre en jeu.
- Les offres dynamiques de Sobry ou Frank Énergie suivent le prix spot heure par heure, avec le risque que nous détaillions dans notre dossier sur les offres indexées sur le spot.
Le calculateur ci-dessous applique les prix du tarif réglementé heures pleines / heures creuses à un usage nouveau, pour mesurer ce que vaut le simple fait de le décaler.
Prix de l'électricité : comment se forme le tarif que vous payez La part énergie, le réseau et les taxes dans le prix du kWh, l'évolution du tarif réglementé et ce que les marchés de gros y changent.Ce que le kWh de plus émet, et pourquoi ce n'est pas 19,6 g
Le même raisonnement vaut pour le carbone. La moyenne de 2025, 19,6 g de CO2 par kWh produit, mélange toutes les heures de l'année. Le kWh que vous ajoutez, lui, est fourni par la centrale marginale : 77 % du temps il ne coûte presque rien en CO2, et 10 % du temps il sort d'une centrale à gaz, entre 350 et 500 g le kWh selon la machine. Nous avons détaillé ce relief horaire dans notre article sur l'électricité la plus propre de l'histoire, mais pas à toute heure.
Le rapport de la CRE ajoute une information que la moyenne ne donne pas : la marginalité du gaz et de l'hydraulique augmente fortement en hiver, période de forte demande, tandis que le nucléaire et les renouvelables fixent les prix l'été. La leçon est la même que pour le prix : un usage souple, placé la nuit ou l'après-midi, s'appuie presque toujours sur le bas carbone ; un usage rigide, en soirée d'hiver, appelle plus souvent le gaz.
- Chauffe-eau et voiture électrique se déplacent sans effort vers les heures creuses, où le bas carbone est marginal presque à coup sûr.
- Lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge acceptent un départ différé, et les heures creuses de l'après-midi, que le gestionnaire de réseau généralise depuis cet été, leur conviennent.
- Le chauffage électrique est le seul usage qui ne se déplace pas : il tombe, par construction, sur les 10 % d'heures où le gaz fixe le prix et le CO2.
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Un partage qui conditionne les 38 % d'électricité de 2035
La programmation pluriannuelle de l'énergie, adoptée en février 2026, prévoit de porter l'électricité de 27 % à 38 % de la consommation finale d'énergie en 2035, pendant que les fossiles reculeraient de 60 % à 30 %. Chacun de ces nouveaux usages ne vaudra, pour le climat comme pour la facture, que ce que vaudra le kWh marginal qui le servira. Avec 95,2 % de production bas carbone et un gaz marginal une heure sur dix, la France part d'une position que peu de voisins connaissent : la CRE relève que les prix allemands restent dans la logique d'une marginalité du gaz prédominante, ce qui explique l'écart de prix de gros qui s'est creusé entre les deux pays.
Deux chantiers décideront si ce partage tient. La prolongation des réacteurs existants maintient la filière qui a pris 6 points de marginalité en 2025. Et le pilotage des usages, de la recharge des voitures aux ballons d'eau chaude, décide de la part des heures où le gaz devra encore démarrer. Le classement ci-dessous compare les offres du moment pour un foyer qui prépare l'arrivée d'un usage électrique de plus.
Top 5 des offres d'électricité les moins chères en octobre 2026
Vérifié 01/10/2026
94278,50€/an
−1068,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 02/10/2026
97881,50€/an
−705,84 € économisés /anAbo. 190,4415,87 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,82 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1838 €
Vérifié 18/08/2026
97881,50€/an
−705,82 € économisés /anAbo. 190,8015,90 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
94278,50€/an
−1068,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 02/10/2026
97881,50€/an
−705,84 € économisés /anAbo. 190,4415,87 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,82 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1838 €
Vérifié 18/08/2026
97881,50€/an
−705,82 € économisés /anAbo. 190,8015,90 € · kWh 0,1837 €
Profil : option Base avec une puissance de 6 kVA et une consommation de 4 287 kWh par an.
Les écarts de tarifs sont calculés par rapport au Tarif réglementé d'EDF, via le comparateur Selectra.
Le signe indique que le fournisseur est partenaire de JeChange pour l'offre. Les numéros affichés sont non-surtaxés.
Ce que ce chiffre change dans un choix de contrat
Un kWh de plus coûte au réseau le prix de sa centrale marginale, pas le prix moyen. Un ménage qui ajoute 2 500 kWh par an pour une voiture électrique paie 138 € de moins en les plaçant à 100 % en heures creuses plutôt qu'en heures pleines, au tarif réglementé d'août 2026. Et dans l'intervalle, ces kWh sont servis par le nucléaire, l'eau et le vent plutôt que par le gaz. C'est le point où le contrat et le climat tirent dans le même sens, et il mérite d'être vérifié avant de signer la prochaine offre d'électricité.
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