La balance telle que le régulateur la chiffre
L'exercice est inédit par sa méthode : dans son rapport sur l'économie du système électrique, la CRE ne compare pas des coûts de production théoriques par filière, elle simule le fonctionnement complet du système électrique français sur une année réelle, heure par heure, dans deux configurations de parc. La différence entre les deux donne l'effet net des capacités solaires et éoliennes raccordées ces cinq dernières années.
Cette comparaison ne dit rien du prix payé par les ménages, qui dépend aussi de la fourniture et des taxes. Une précision s'impose sur ce solde : les deux montants ne sont pas de même nature, l'économie mesure un effet de prix sur une année quand le surcoût s'étale sur toute la durée de vie des installations. La CRE le rappelle explicitement. En régime de croisière, les deux approches restent comparables ; en cas de crise ponctuelle, l'effet prix est temporaire alors que les coûts, eux, persistent.
D'où viennent les 8 milliards d'économies
Le mécanisme est celui de la formation des prix de gros de l'électricité. À chaque heure, le prix est fixé par la dernière centrale appelée pour équilibrer le réseau. Plus le parc compte de capacités dont le coût de fonctionnement est proche de zéro, moins les centrales à gaz sont sollicitées, et plus le prix décroche.
Les simulations du régulateur évaluent cette baisse à 20 € par mégawattheure en moyenne annuelle. Pondérée par les heures où les Français consomment réellement, elle tombe à 16,1 €/MWh. Appliquée aux 446 TWh consommés en France métropolitaine, pertes de réseau comprises, cette baisse représente de l'ordre de 8 milliards d'euros restés dans la poche des consommateurs.
La bascule est spectaculaire côté solaire, dont la puissance installée a presque triplé en cinq ans. Cette croissance alimente aussi l'offre commerciale : les contrats d'électricité verte se sont multipliés sur la même période, à des prix désormais très proches des offres classiques.
Ces prix bas n'arrivent pas seuls jusqu'à votre facture
Un prix de gros qui recule ne se transforme pas automatiquement en facture allégée. La part énergie que paient les ménages dépend de la date à laquelle leur fournisseur a acheté l'électricité, et surtout du contrat signé. Trois situations très différentes coexistent aujourd'hui :
- Un prix fixe signé au plus haut du marché gèle la facture pour deux ou trois ans : la baisse des prix de gros ne vous atteint pas avant l'échéance du contrat.
- Une offre indexée suit le mouvement avec un décalage, le temps que les prix à terme intègrent la baisse des prix au comptant.
- Le tarif réglementé amortit les deux sens, puisqu'il repose sur une moyenne d'achats étalés dans le temps, comme le rappelle le suivi des évolutions tarifaires successives.
La comparaison entre un prix fixe et un prix indexé devient donc décisive dans un marché où les prix de gros ont durablement décroché.
Top 3 des offres d'électricité les moins chères en octobre 2026
Vérifié 01/10/2026
94278,50€/an
−1068,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 02/10/2026
97180,92€/an
−776,43 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1821 €
Vérifié 01/10/2026
97881,50€/an
−705,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1837 €
Vérifié 01/10/2026
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−1068,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1753 €
Vérifié 02/10/2026
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−776,43 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1821 €
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97881,50€/an
−705,86 € économisés /anAbo. 190,3215,86 € · kWh 0,1837 €
Profil : option Base avec une puissance de 6 kVA et une consommation de 4 287 kWh par an.
Les écarts de tarifs sont calculés par rapport au Tarif réglementé d'EDF, via le comparateur Selectra.
Le signe indique que le fournisseur est partenaire de JeChange pour l'offre. Les numéros affichés sont non-surtaxés.
Les 2,7 milliards de surcoût, ligne par ligne
Le régulateur ne masque pas l'autre plateau de la balance. Les coûts complets du système, nets des échanges européens, s'établissent à 48,0 milliards d'euros avec le parc de 2025, contre 45,3 milliards avec celui de 2020. Le détail de cet écart :
- Le coût complet des nouvelles capacités renouvelables pèse 3,1 milliards d'euros par an, part la plus lourde de l'addition.
- Le renforcement des réseaux nécessaire pour les raccorder ajoute 400 millions d'euros chaque année, une charge portée par le tarif d'utilisation des réseaux.
- Les exportations rapportent moins : la baisse des prix français érode la marge des producteurs à l'export, pour une perte nette de 500 millions d'euros.
- Les centrales thermiques évincées font économiser 500 millions d'euros de combustible, et 100 millions de plus côté nucléaire.
- Les recettes d'interconnexion progressent de 700 millions d'euros, l'écart de prix avec les pays voisins s'étant creusé.
À ce bilan financier s'ajoutent 4,7 millions de tonnes de CO2 non émises en France et 7 millions de tonnes évitées chez les voisins européens. Ce surcoût ne pèse pas sur les ménages mais sur deux acteurs précis : l'État, qui finance le soutien public aux renouvelables, et les producteurs sans contrat de soutien, dont les revenus de marché s'érodent.
En cas de crise, la balance s'inverse
La CRE a rejoué la même année 2025 dans trois conjonctures dégradées, calquées sur ce qui s'est produit en 2022 : un triplement du prix du gaz, une indisponibilité massive du parc nucléaire, puis les deux simultanément.
Dans le scénario le plus sévère, le système coûte moins cher avec le parc de 2025 que sans lui : 3,2 milliards d'euros d'importations évitées et 2,1 milliards de combustible économisé dépassent la hausse des coûts complets. Le régulateur parle d'une valeur assurantielle, celle d'un parc qui amortit les chocs de prix au moment précis où les ménages y sont le plus exposés. C'est exactement ce qui avait déclenché la vague de hausses tarifaires de 2022.
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Ce que 16,1 euros par mégawattheure pèsent chez vous
Ramenée à un foyer, la baisse de prix captée en 2025 se calcule simplement : elle s'applique à chaque mégawattheure consommé. Pour une consommation de référence de 4 287 kWh par an, l'effet approche 69 € sur l'année. Le simulateur ci-dessous applique le même barème à votre propre consommation, et permet de basculer sur les scénarios de crise étudiés par la CRE.
Ce montant reste un ordre de grandeur, pas une ligne identifiable sur votre facture. Il mesure l'écart entre deux mondes simulés, pas une remise appliquée par votre fournisseur, et il ne remplace pas l'examen de votre propre facture d'électricité. Reste que l'équivalent de deux mois d'abonnement disparaît de votre facture grâce à un parc que vous financez par ailleurs via l'impôt, ce qui rend la comparaison des deux plateaux beaucoup moins abstraite.
Ce que la note ne dit pas
Le régulateur assortit son bilan de deux réserves fortes. La première tient à la méthode : les 8 milliards ne sont pas un constat comptable mais une simulation, l'année 2025 rejouée avec le parc de 2020. La seconde regarde vers l'avenir.
La CRE prévient qu'une hausse du parc renouvelable au-delà de 50 % de la puissance installée, si elle s'accompagnait d'une consommation qui stagne et de flexibilités insuffisantes, ne serait probablement pas soutenable. Deux leviers sont mis en avant pour éviter ce scénario : électrifier davantage d'usages, du véhicule électrique à la pompe à chaleur, et déplacer la consommation vers les heures où l'électricité est abondante. Le régulateur a d'ailleurs ouvert un chantier sur le placement des heures creuses, dont les nouveaux horaires arrivent progressivement chez les particuliers.
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