Une minorité qui pèse lourd
Environ 4,5 % des retraités perçoivent plus de 3 000 euros bruts par mois. À eux seuls, les plus hauts pensionnés captent une fraction de la dépense sans commune mesure avec leur nombre. Agir sur cette frange concentrée rapporte donc vite plusieurs milliards. C'est l'un des scénarios que nous avons explorés dans notre décryptage du coût réel des retraites en France.
Ce vertige chiffré ravive une question qui divise les Français. Et vous, qu'en pensez-vous ?
Ce que chaque scénario rapporterait, rapporté au déficit
Réduire la part des pensions située au-dessus du seuil, sans faire passer personne en dessous, produit des économies proportionnelles à l'effort demandé. Mises en regard du déficit officiel du système, de 5,1 milliards d'euros, elles prennent tout leur sens.
Autrement dit, un rabot de 20 % sur les seules pensions au-dessus de 3 000 euros suffirait, à lui seul, à effacer le déficit officiel du système. Rapporté au déficit réel, plus proche de 20 milliards une fois la dette intégrée, l'effort comblerait encore près d'un quart du trou. Ces chiffres restent des ordres de grandeur, à prendre avec prudence pour les très hautes pensions.
Le taux de rendement interne des grosses retraites
Le même indicateur envoie, pour les hauts revenus, le signal inverse. Rapporté à ce qu'ils ont cotisé, leur rendement passe sous la moyenne du système, estimée par l'INSEE à environ 1,75 % par an pour la génération 1975. Une partie de leurs cotisations finance la collectivité sans leur ouvrir de droits proportionnels.
La mécanique est logique. Au-dessus du plafond de la Sécurité sociale et via les prélèvements déplafonnés ou de solidarité, les hauts salaires versent des cotisations qui ne se transforment pas en pension à hauteur équivalente. En valeur absolue, ils touchent malgré tout bien davantage : un cadre supérieur perçoit en moyenne 930 000 euros de pension sur sa retraite, contre moins de 300 000 euros pour un ouvrier, soit près de trois fois plus.
Un facteur joue toutefois en leur faveur : ils vivent plus longtemps, environ 20,9 ans à la retraite contre 15,8 ans pour un ouvrier. Cette longévité rehausse leur rendement, sans effacer le fait qu'ils restent, proportionnellement, les moins bien servis par un système conçu pour redistribuer.
Économies : qui doit être mis à contribution ?
À l'heure où il faut trouver des économies, la question de la répartition de l'effort devient centrale. Les actifs cotisent déjà lourdement, près de 28 % de leur rémunération avec les complémentaires, et leur pouvoir d'achat est contraint. Leur en demander davantage revient à alourdir encore la charge de ceux qui produisent la richesse.
L'argument avancé par plusieurs économistes est de solliciter en priorité les retraités les plus aisés, qui disposent souvent, en plus d'une pension confortable, d'une épargne et d'un patrimoine conséquents. En contrepartie, une baisse ciblée d'impôts ou de prélèvements sur les actifs pourrait rééquilibrer l'ensemble, pour que le fardeau pesant sur les actifs recule réellement, et non qu'il se déplace d'une poche à l'autre.
Épargner, quel que soit le scénario
Nul ne sait quelle réforme sera retenue, ni quand. Pour un actif comme pour un futur retraité, la seule variable réellement sous contrôle reste sa propre épargne.
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