1,8 million de retraités annoncés, 474 000 revalorisés
Pour justifier le recul de l'âge légal à 64 ans, le gouvernement avait promis une retraite minimale de 1 200 € bruts par mois. Ce montant correspond à 85 % du SMIC net, pour une carrière complète cotisée au salaire minimum. Le ministre du Travail Olivier Dussopt promettait alors d'améliorer les petites pensions de 1,8 million de retraités, avec des hausses de 70 à 100 € par mois. Ce chiffre visait les retraites déjà versées, pas les départs à venir.
Le décompte vient de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, le service statistique des ministères sociaux. Il figure dans la fiche 08 du panorama 2025 des retraités et des retraites. Près de 474 000 personnes ont reçu la première vague de la majoration, pour 50 € bruts par mois en moyenne. Les deux tiers des bénéficiaires sont des femmes, parce que leur pension est plus souvent portée au minimum. À ce niveau de ressources, un budget se tient au mois près, par exemple avec la méthode 50-30-20.
Deux mesures distinctes, une seule pour les retraites déjà versées
La réforme a fait deux choses que les annonces ont mélangées. Elle a d'abord relevé le minimum contributif, la pension plancher du régime général pour une carrière complète peu rémunérée. Elle a ensuite créé une majoration exceptionnelle pour les personnes déjà parties. La première ne produit ses effets qu'au fil des nouveaux départs, la seconde seule touchait les retraites en cours de paiement.
- Le minimum contributif relevé de 100 € par mois au 1er septembre 2023, pour les nouveaux retraités : 75 € sur la partie majorée et 25 € sur le reste. L'indexation suit désormais le SMIC et non plus l'inflation.
- La majoration exceptionnelle pour les retraites déjà demandées avant septembre 2023, plafonnée à 100 € par mois pour une carrière complète, et réduite au prorata en dessous.
- Une seconde vague appliquée en 2024, pour les retraites les plus anciennes, les travailleurs indépendants et les personnes parties entre janvier et septembre 2023.
Pour les nouveaux retraités, la réforme relève la pension de 185 000 personnes par an. Ce flux annuel ne se compare pas au 1,8 million annoncé, qui désignait des retraites déjà en paiement. Les retraités partis avant 2023 n'ont, eux, qu'un levier sur leur budget : leurs charges, que le rachat de crédits après 60 ans permet de rééchelonner.
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Pourquoi le gain moyen tombe à 50 €
Trois règles expliquent l'écart entre les 100 € du plafond et les 50 € versés. Elles rabotent la majoration avant même son versement, chacune pour une raison différente.
- La durée validée réduit le montant : calculée pour une carrière complète, la majoration se ramène au prorata des trimestres validés. La moitié des trimestres ouvre la moitié du montant.
- L'écrêtement rabote le reste : une fois la majoration appliquée, la pension ne peut pas dépasser le montant entier du minimum contributif majoré. Un seuil tous régimes limite en plus le total des pensions perçues.
- Le minimum contributif ne concerne qu'une partie des retraités : 17,5 % des nouveaux retraités du régime général le percevaient en 2021. La part dépassait 40 % tous régimes confondus à la fin des années 2000, et 44 % fin 2008.
La part des retraités servis au minimum recule depuis 2012, quand l'écrêtement selon le niveau des pensions tous régimes a été pris en compte. Pour ceux qui perçoivent un minimum de pension, celui-ci représente en moyenne 25 % de leur pension de droit direct. Le reste vient de leur carrière, de leurs complémentaires ou d'une assurance-vie constituée avant le départ.
Le constat de la Cour des comptes, le 27 mai 2026
Dans un rapport publié le 27 mai 2026, la Cour des comptes a jugé la mise en œuvre de la majoration particulièrement complexe. Elle a relevé que les montants réellement versés ont souvent été inférieurs aux annonces. À septembre 2024, environ 500 000 personnes avaient été revalorisées, sur les 1,7 million que la mesure ciblait.
Sur ces 500 000 personnes, 20 000 seulement ont touché la revalorisation maximale de 100 €, soit 4 % des bénéficiaires. Le plafond a servi d'argument de communication bien plus que de montant versé. Pour un retraité, 50 € par mois de moins que promis représentent 6 000 € sur 10 ans, l'équivalent d'un livret d'épargne alimenté sur la même durée.
Ce que verse le minimum contributif, trimestre par trimestre
Au 1er janvier 2025, le minimum contributif s'élève à 747,69 € par mois pour une carrière complète, et à 893,65 € avec la majoration. Celle-ci ne s'ouvre qu'au-delà de 120 trimestres payés par les cotisations du retraité, les périodes validées sans cotisation ne comptant pas pour ce seuil. En carrière incomplète, les deux montants sont réduits au prorata des trimestres validés.
Le passage du seuil se voit à l'euro près. Avec 120 trimestres validés et cotisés, le calcul donne 521,64 € par mois. Un seul trimestre cotisé de plus porte la pension plancher à 628,67 €, contre 525,99 € sans la majoration. À ce niveau de revenus, un microcrédit couvre mieux une dépense ponctuelle qu'un crédit immobilier après 60 ans.
Le crédit à la consommation, ses taux et ses durées Les taux pratiqués selon le montant emprunté, la durée de remboursement et le coût total d'un crédit destiné à financer un besoin ponctuel.Les 1 200 € annoncés ne sont pas un plancher de pension
La confusion la plus répandue porte sur ce montant : les 1 200 € bruts visent 85 % du SMIC net pour une carrière complète cotisée au SMIC. Ce n'est ni un montant garanti à tous, ni un plancher universel de pension, mais une cible pour un profil précis : carrière complète, rémunérée au salaire minimum.
- Ne pas attendre 1 200 € avec une carrière incomplète : chaque trimestre manquant réduit le montant au prorata.
- Ne pas confondre la majoration et une revalorisation générale : seules les pensions portées au minimum contributif sont concernées.
- Ne pas compter sur un versement au plafond : 20 000 personnes seulement ont touché les 100 € complets.
- Vérifier son relevé de carrière avant de demander sa retraite : ce sont les trimestres cotisés qui ouvrent la majoration, au-delà de 120.
- Ouvrir un livret d'épargne populaire : réservé aux revenus modestes, il vise les foyers concernés par le minimum contributif.
- Étudier la rente d'une assurance-vie : elle complète une pension plancher sans dépendre d'une réforme.
Le Comité de suivi des retraites est chargé de veiller à cet objectif de 1 200 €, que les pensions versées n'atteignent pas. Tant que la proratisation et l'écrêtement restent inchangés, une carrière incomplète produira un minimum contributif réduit d'autant. Les 50 € mesurés restent la référence, pas les 100 € annoncés.
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