Un complément de 205 € par mois que la moitié des éligibles ne demande pas
L'allocation est différentielle : elle complète les pensions et revenus du retraité jusqu'à 1 043,59 € par mois pour une personne seule et 1 620,18 € pour un couple, montants revalorisés de 0,9 % au 1er janvier 2026. Elle se demande dès 65 ans, ou 62 ans en cas d'inaptitude au travail, auprès de la caisse qui verse la retraite principale. Elle ne s'ajoute pas à la pension, elle comble l'écart entre la pension et le plancher, ce qui explique le montant moyen de 205 € mesuré chez les non-demandeurs.
- Le taux de non-recours : 50 % des personnes seules éligibles, d'après le dossier de la Drees de mai 2022 sur les données de 2016, le chiffre de référence repris par le rapport parlementaire n° 1478.
- La perte pour le retraité : 205 € par mois en moyenne, soit 2 460 € par an et plus de 24 000 € sur 10 ans de retraite.
- Le nombre de personnes concernées : plus de 300 000 retraités éligibles qui n'ont rien demandé, alors que 40 % des retraités touchent moins de 1 000 € par mois, comme le rappelle notre article sur les pensions inférieures à 1 000 €.
Les enquêtes téléphoniques menées par la Cnav auprès des non-demandeurs, citées par la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, donnent un motif loin devant les autres : 67 % évoquent la récupération sur succession. Le refus d'un minimum social ou la méconnaissance du droit pèsent bien moins que la crainte de léser ses enfants, et cette crainte repose le plus souvent sur une règle mal connue.
La reprise sur succession, seulement au-delà de 108 586 €
La règle tient en trois bornes. Au décès de l'allocataire, l'État reprend les sommes versées uniquement si l'actif net de la succession, c'est-à-dire le patrimoine laissé moins les dettes et les frais d'obsèques, dépasse 108 586,14 € en métropole et 150 000 € outre-mer, seuil revalorisé au 1er janvier 2026. La reprise s'exerce sur la seule partie de l'actif qui dépasse ce seuil, sans pouvoir excéder les sommes réellement perçues, ni un plafond de 8 463,42 € par année d'allocation pour une personne seule, 11 322,77 € pour un couple.
Trois protections complètent le dispositif. Le conjoint survivant, ou le partenaire, peut demander que la reprise soit différée jusqu'à son propre décès. L'héritier de plus de 65 ans qui vivait au foyer de l'allocataire et dont les ressources ne dépassent pas 1 043,59 € par mois bénéficie du même report. Les héritiers ne paient jamais sur leur patrimoine propre : la caisse se sert sur la succession, et sur elle seule, ce qui distingue cette reprise des frais bancaires décrits dans notre article sur les plafonds légaux des frais de succession.
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Calculez ce que l'État reprendrait sur votre succession
Pour un retraité seul qui a perçu 205 € par mois pendant 10 ans, soit 24 600 €, le calcul dépend entièrement de la valeur du patrimoine au décès. Une succession de 60 000 € ne rembourse rien. Une succession de 120 000 € rembourse 11 414 €, la part au-dessus du seuil. Une succession de 250 000 € rembourse les 24 600 € versés, pas un euro de plus, et les héritiers gardent 225 400 €.
Le résultat renverse l'intuition la plus répandue. Un retraité propriétaire d'un logement de 250 000 € qui renonce à l'allocation prive ses héritiers de rien : ils recevront 250 000 € au lieu de 225 400 €, mais lui aura vécu 10 ans avec 205 € de moins par mois. Renoncer revient à financer soi-même, sur sa propre vie, un héritage que l'État ne reprendrait qu'en partie, quand un livret alimenté de 205 € par mois constituerait, lui, un capital transmissible.
Crédit pour les retraités : ce que les banques accordent après 65 ans Les prêts accessibles aux retraités, les conditions d'âge et d'assurance, et les solutions pour financer un besoin ponctuel sans entamer une petite pension.La proposition de loi votée par 165 voix contre 0
La proposition de loi « visant à renforcer la solidarité envers les retraités pauvres », déposée par la députée Émeline K/Bidi, a été adoptée par l'Assemblée nationale le 11 juin 2026 par 165 voix pour et aucune contre. Elle supprime la récupération sur succession pour les allocataires. En contrepartie, un amendement du gouvernement crée un forfait logement d'environ 40 € par mois en moins pour les propriétaires et les personnes logées gratuitement, afin de contenir le coût de la mesure.
Le texte a été transmis au Sénat le jour même, sans date d'examen à ce stade. Il s'inscrit dans un budget 2027 où les retraités sont déjà sollicités, comme le détaille notre article sur les 6 milliards demandés aux retraités. Tant que le Sénat n'a pas voté, la reprise sur succession reste en vigueur, et le seuil de 108 586 € reste la seule protection, ce qui n'empêche pas de déposer la demande dès maintenant.
Demander l'allocation, ou emprunter pour tenir
Un retraité qui renonce à 205 € par mois finit par combler l'écart autrement : découvert, crédit à la consommation, aide des enfants. Or les banques prêtent aux retraités à des conditions plus strictes, comme l'explique notre page sur le crédit pour les retraités, et le rachat de crédits après 60 ans coûte des intérêts que l'allocation, elle, ne coûte pas. L'allocation est un droit gratuit sur toute la durée de la retraite, quand un crédit se rembourse avec intérêts sur des revenus qui ne remonteront pas.
- Demander l'allocation dès 65 ans, ou dès 62 ans en cas d'inaptitude, avec le formulaire de la caisse de retraite principale : elle prend effet le 1er jour du mois qui suit la demande, jamais avant.
- Vérifier d'abord le relevé de carrière : un trimestre oublié relève la pension avant même l'allocation, comme le montre notre article sur le trimestre manquant qui coûte 1,25 % de pension à vie.
- Estimer l'actif net de la future succession : sous 108 586 €, la question de la reprise ne se pose pas.
- Ne pas renoncer pour protéger un logement de moins de 108 586 € : la reprise ne s'exercera pas.
- Ne pas laisser le compte courant en découvert pendant l'instruction : le premier versement peut prendre plusieurs semaines après la décision de la caisse.
- Ne pas confondre avec le livret d'épargne populaire, autre droit sous condition de ressources que des millions d'éligibles oublient, décrit dans notre article sur le livret réglementé à 2,5 %.
Le non-recours coûte aux retraités 205 € par mois et à leurs héritiers, dans la plupart des cas, rien du tout. La reprise sur succession touche une minorité de successions, celles qui dépassent 108 586 €, et elle pourrait disparaître si le Sénat suit l'Assemblée : entre-temps, la demande reste le seul geste qui change quelque chose au budget du foyer.
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