La réponse à la question « qui perd combien » tient en un chiffre par retraité : avec une inflation de 2,1 %, un gel au-dessus du seuil retirerait 2,1 % de la retraite de base, soit 42 € par mois pour 2 000 € de retraite de base, 504 € sur l'année. Le texte n'est pas voté, et le taux réellement appliqué ne sera connu qu'avec le décret.
La règle : pleine inflation jusqu'à 1 260 €, un décret au-dessus
Le seuil de 1 260 € correspond au niveau de pension garanti à une personne ayant une carrière complète. Il se calcule sur le montant total des pensions, retraite de base et complémentaire additionnées, avant prélèvements, et il s'applique dans un contexte d'inflation remontée à 3 % en septembre.
- Sous 1 260 € : revalorisation à l'inflation, au 1er janvier pour les pensions de vieillesse et au 1er avril pour les pensions d'invalidité, comme d'habitude.
- Au-dessus de 1 260 € : un taux inférieur ou égal à l'inflation, fixé par décret, avec l'assurance qu'aucune pension ne diminue.
- Un second seuil possible à 2 000 € : le décret pourra prévoir un taux intermédiaire entre 1 260 et 2 000 €, pour rendre l'effort plus progressif.
Le dossier ne publie pas le taux qui serait retenu. Il en donne seulement le rendement : 4,1 milliards d'euros en 2027, dont 3,0 milliards pour les régimes de base de la Sécurité sociale et 1,1 milliard pour le budget de l'État, qui verse les pensions des fonctionnaires d'État. Une revalorisation complète coûterait environ 6,2 milliards : le scénario par défaut en retire donc les deux tiers.
Qui perd combien, selon le taux retenu
Le décret ne s'applique qu'aux régimes de base, ceux de la Sécurité sociale, des indépendants, des agriculteurs et de la fonction publique, dont les pensions sont en grande partie financées par l'État employeur. La complémentaire Agirc-Arrco des salariés du privé obéit à ses propres règles, fixées par les partenaires sociaux, qui l'avaient déjà sous-indexée de 0,4 point entre 2024 et 2026 et ne l'avaient pas revalorisée en 2025. Le manque à gagner se calcule donc sur la retraite de base.
Le calcul repose sur une inflation de 2,1 %, le niveau moyen retenu par le gouvernement pour 2026. La perte n'est pas ponctuelle : chaque revalorisation suivante s'appliquera à une pension plus basse, si bien que l'écart avec une indexation complète demeure tant qu'aucun rattrapage n'est décidé.
Le calculateur ci-dessous applique la règle à votre situation. Le curseur permet de tester le taux que retiendra le décret, entre le gel et l'inflation pleine.
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Le piège du seuil à 1 260 €
Un seuil unique crée une marche. Un retraité qui touche 1 255 € par mois serait revalorisé de 2,1 %, soit 26 € de plus, quand un voisin à 1 265 € pourrait ne rien gagner en cas de gel. Celui qui touchait le plus se retrouverait avec la pension la plus basse après la revalorisation.
Le second seuil à 2 000 € sert précisément à adoucir cet effet, en appliquant un taux intermédiaire aux pensions moyennes. Le décret pourra aussi prévoir un mécanisme de lissage autour de 1 260 €, que le dossier ne détaille pas.
- Vérifiez le total exact de vos pensions sur votre relevé annuel, base et complémentaire réunies, avant prélèvements.
- Additionnez toutes les caisses : une carrière mixte, salariée puis indépendante, verse plusieurs pensions de base.
- Distinguez la réversion : le dossier ne précise pas si une pension de réversion entre dans le calcul du seuil.
Les plus petites pensions restent protégées, ce qui compte quand 40 % des retraités touchent moins de 1 000 € par mois. Les titulaires du minimum vieillesse bénéficient eux aussi d'une indexation complète, tout comme l'allocation aux adultes handicapés et le RSA.
L'abattement fiscal plafonné, l'autre effort demandé
La sous-indexation n'arrive pas seule. Le projet de loi de finances plafonne l'abattement de 10 % sur les pensions à 3 000 € par foyer, contre 4 439 € aujourd'hui. Seuls les foyers qui déclarent plus de 30 000 € de pensions par an verront leur impôt augmenter, ce qui représente environ un tiers des foyers comptant un retraité selon le gouvernement.
Ces mesures tranchent entre les scénarios évoqués en septembre, que nous avions chiffrés dans notre comparaison du gel et de la fin de l'abattement. Le gouvernement a retenu une combinaison des deux, avec un plafond plutôt qu'une suppression :
- La revalorisation : pleine sous 1 260 €, réduite au-dessus, pour 4,1 milliards d'euros d'économies.
- L'abattement : conservé, mais plafonné à 3 000 €, ce qui réduirait d'un quart le coût de cet avantage fiscal.
- La majoration pour 3 enfants : un forfait identique pour les femmes et les hommes pour les départs à partir du 1er juillet 2027, comme le détaille notre article sur le forfait remplaçant les 10 %.
Ce que peut faire un retraité concerné
Aucune démarche ne permet d'échapper à la règle, qui s'appliquera automatiquement. La marge de manœuvre se situe du côté de l'épargne et des aides auxquelles un retraité a droit sans les demander.
- Placer l'épargne de précaution au meilleur taux : le livret d'épargne populaire rapporte plus que le Livret A pour les revenus modestes.
- Vérifier ses droits locaux : la taxe foncière des retraités peut être allégée ou supprimée sous conditions de revenus.
- Revoir les dépenses fixes : la mutuelle d'un retraité est souvent le premier poste à renégocier.
Une mesure réversible, et pas encore votée
La sous-indexation dépend du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale, attendu en décembre. Elle est conçue pour pouvoir être annulée par un simple décret : le gouvernement issu des élections de 2027 pourra relever le taux appliqué au-dessus de 1 260 €, sans repasser par le Parlement.
D'ici là, le taux exact reste à fixer. Le sujet divise : en septembre, 53 % des 3 283 lecteurs de JeChange qui ont voté acceptaient une baisse des retraites, à condition qu'elle vise d'abord les plus élevées. Les parlementaires peuvent aussi modifier le seuil, le relever ou supprimer la mesure, et le second seuil de 2 000 € reste à préciser.
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