Créée à 1,1 %, en remplacement des cotisations familiales
La CSG naît dans la loi de finances pour 1991, portée par le gouvernement de Michel Rocard. Son taux initial de 1,1 % se substitue à une part des cotisations patronales d'allocations familiales. L'innovation ne tient pas au taux, très modeste, mais à l'assiette : là où les cotisations ne pèsent que sur le travail, la CSG frappe d'emblée les salaires, les pensions, les allocations et les revenus du patrimoine.
C'est cette architecture qui a fait sa fortune budgétaire. Chaque point de CSG rapporte beaucoup, parce que presque tous les revenus y sont soumis. Et chaque hausse d'un point paraît anodine sur une fiche de paie prise isolément.
Ce que la CSG retire chaque mois à un salaire moyen
Pour mesurer le chemin parcouru, le calcul est fait sur le salaire moyen du secteur privé mesuré par l'Insee en 2024, soit 3 602 € brut par mois en équivalent temps plein, l'équivalent de 2 733 € net. Chaque ligne applique le taux de son époque et l'abattement d'assiette en vigueur alors.
Le résultat se passe de commentaire : à salaire égal, la ligne CSG-CRDS prélève aujourd'hui neuf fois plus qu'à sa création, soit environ 4 120 € par an contre 452 € en 1991. Deux marches expliquent l'essentiel du chemin, 1998 et 2018.
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Ce que la fiche de paie ne montre pas
Lire ce tableau comme une perte sèche serait pourtant une erreur, et c'est la partie de l'histoire que les hausses de CSG font oublier. Ces deux grandes marches ont été financées par la suppression de cotisations salariales, pas ajoutées à l'existant.
En 1998, la CSG bondit de 3,4 % à 7,5 %, mais la cotisation maladie salariale tombe dans le même mouvement de 5,5 % à 0,75 %. En 2018, la hausse de 1,7 point s'accompagne de la disparition de la cotisation maladie restante et de la cotisation chômage de 2,4 %. Pour un salarié du privé, l'opération de 2018 s'est soldée par un gain net d'environ 1,4 point de salaire brut, une cinquantaine d'euros par mois sur un salaire moyen.
La CSG n'a donc pas alourdi la feuille de paie des salariés autant que sa courbe le suggère. Elle a surtout changé la nature du prélèvement : une cotisation ouvrant des droits a été remplacée par un impôt qui n'en ouvre aucun.
Les vrais perdants : retraités et épargnants
Le basculement a fait des gagnants et des perdants, et la ligne de partage ne passe pas par le niveau de revenu mais par sa nature.
- Les retraités, dont la CSG est passée de 6,6 % à 8,3 % en 2018 sans aucune contrepartie, faute de cotisation chômage ou maladie à supprimer sur une pension.
- Les épargnants, dont les placements supportent 18,6 % de prélèvements sociaux depuis le 1er janvier 2026, contre 0,5 % trente ans plus tôt. Seuls le Livret A, le LDDS et le LEP y échappent encore.
- Les indépendants et les fonctionnaires, pour qui les compensations ont pris des formes partielles et décalées dans le temps.
La colère de 2018 a d'ailleurs porté ses fruits sur un point : dès 2019, un taux dérogatoire de 6,6 % a été rétabli pour les pensions les plus modestes. C'est l'une des rares fois où une hausse de CSG a été partiellement annulée après coup.
Deuxième impôt de France, et le plus discret
Avec 157 milliards d'euros encaissés en 2025, la CSG représente environ un cinquième des recettes de la Sécurité sociale et se classe au deuxième rang des prélèvements du pays, derrière la TVA et devant l'impôt sur le revenu. Peu de contribuables le savent, et cette discrétion n'a rien d'accidentel.
La CSG est retenue à la source depuis sa création, appliquée à un taux unique quel que soit le revenu, et ne fait l'objet d'aucune déclaration. Elle est le prélèvement le plus lourd que la plupart des Français n'ont jamais eu à calculer eux-mêmes, ce qui explique qu'une hausse de 1,7 point y passe plus facilement qu'une hausse équivalente de l'impôt sur le revenu.
Comparer les comptes bancaires et leurs frais Frais de tenue de compte, carte, découvert : ce qui reste vraiment sur votre compte dépend aussi de votre banque.Reste la question que trente-cinq ans d'histoire laissent ouverte. Un prélèvement à assiette large, à taux unique et sans déclaration est l'outil le plus commode dont dispose un gouvernement pour trouver des recettes. Rien ne dit que 9,2 % sur les salaires et 10,6 % sur le capital soient un point d'arrivée.
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