Comment fonctionne le compte polonais

Le nouveau compte, baptisé OKI (Osobiste Konto Inwestycyjne), s'inspire directement du modèle suédois en vigueur depuis 2012. Son principe tient en une phrase : tant que la valeur logée sur le compte reste sous 100 000 zlotys, tous les gains échappent à l'impôt sur les plus-values, le fameux impôt Belka de 19 % qui frappe habituellement dividendes, intérêts et plus-values en Pologne.

Le plafond porte sur le capital placé, pas seulement sur les gains. Au-delà de 100 000 zlotys, la fraction excédentaire n'est plus exonérée mais soumise à une taxe annuelle de 0,85 % sur la valeur, révisée chaque année. Une poche de 25 000 zlotys maximum peut par ailleurs être placée en dépôts ou en obligations d'État, le reste allant aux actions, aux ETF et aux autres instruments cotés. L'objectif politique est assumé : détourner l'épargne des livrets peu rémunérateurs vers la Bourse de Varsovie.

Bon à savoir : en Pologne, les actions ne représentent que 2,9 % du patrimoine des ménages, contre 8,2 % en moyenne dans l'Union européenne. Le gouvernement espère attirer près de 74 milliards de zlotys vers la Bourse de Varsovie d'ici 2040.

Une idée qui gagne l'Europe

La Pologne n'invente rien : elle rattrape ses voisins. Le Royaume-Uni propose depuis longtemps l'ISA, une enveloppe qui permet d'investir jusqu'à 20 000 livres par an en actions, totalement exonérées d'impôt sur le revenu comme sur les plus-values. La Suède, elle, a vu son compte équivalent séduire près de 40 % des adultes. Le point commun de ces dispositifs : rendre l'investissement en Bourse aussi simple et lisible qu'un livret d'épargne, sans usine à gaz fiscale.

La différence de logique avec la France est frappante. Ces comptes exonèrent y compris les actions non domestiques, actions américaines comprises, là où le principal outil français reste cloisonné au marché européen.

Ces réformes répondent partout au même constat : les ménages laissent trop d'argent dormir sur des comptes peu rémunérés. La France n'échappe pas à cette prudence. Seuls 12,5 % des ménages français détiennent des actions en direct, une part en hausse mais loin des standards anglo-saxons : aux États-Unis, en intégrant les fonds et les plans retraite, près de six adultes sur dix sont exposés à la Bourse. Élargir la détention d'actions, c'est aussi orienter l'épargne vers le financement des entreprises.

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Et la France dans tout cela

La France n'est pas dépourvue, mais son offre est plus contrainte. Le compte-titres ordinaire, lui, n'offre aucun avantage : chaque plus-value y est taxée à la flat tax de 31,4 % depuis 2026. Pour investir en franchise d'impôt, il faut se tourner vers deux enveloppes bien encadrées.

Trois enveloppes, trois logiques de plafond
Dispositif Fiscalité des gains Nature du plafond
OKI (Pologne) Exonérés sous le plafond ~23 200 € de valeur totale du compte
ISA (Royaume-Uni) Exonérés ~23 000 € versés chaque année
PEA (France) Exonérés d'impôt après 5 ans, hors prélèvements sociaux 150 000 € de versements cumulés

La comparaison a ses limites, et c'est justement ce qui est instructif : les trois plafonds ne mesurent pas la même chose. La Pologne plafonne la valeur totale logée sur le compte, le Royaume-Uni les versements de l'année, la France les versements cumulés sur la vie du plan. Trois façons de dire jusqu'où l'avantage fiscal s'applique.

Le PEA reste l'arme française la plus proche : après cinq ans, les plus-values sont exonérées d'impôt sur le revenu, seuls les prélèvements sociaux demeurant dus. Mais surtout, il exclut les actions hors Europe : impossible d'y loger une action américaine, quand l'OKI polonais et l'ISA britannique les acceptent sans distinction.

La France a pourtant lancé, en 2024, un dispositif qui rappelle de près la philosophie polonaise : le plan d'épargne avenir climat (PEAC). Comme l'OKI, il s'agit d'une enveloppe boursière dont les gains sont totalement exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux, pensée pour orienter l'épargne vers les actions. Plafonné à 22 950 euros, un montant proche des 23 200 euros polonais, il investit en actions et vise un rendement supérieur au Livret A, sans garantie. Les différences, elles, sont de taille.

  • Public : le PEAC est réservé aux moins de 21 ans, là où l'OKI est ouvert à tous les adultes.
  • Disponibilité : les fonds du PEAC sont bloqués jusqu'aux 18 ans du titulaire, quand le compte polonais reste liquide.
  • Liberté d'investissement : le PEAC est fléché vers la finance verte et labellisée, alors que l'OKI laisse choisir librement actions et ETF.

Autrement dit, la France a l'intuition, mais l'a réservée aux jeunes et encadrée de contraintes. La Pologne, elle, en fait un outil grand public et sans condition d'âge.

Le débat n'est pas clos. Une proposition de loi déposée en juin 2025 vise à assouplir le PEA, en supprimant son plafond de versement et en autorisant plusieurs plans par personne. Elle n'a pas encore été adoptée. En attendant, l'épargnant français qui veut investir sans alourdir sa note fiscale n'a pas d'alternative miracle : le PEA pour les actions européennes, l'assurance-vie pour la souplesse et la transmission, et un compte-titres pleinement taxé pour tout le reste. La leçon polonaise, elle, tient en un mot : la simplicité.

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