Un basculement en une seule année

Le plus frappant n'est pas le niveau, c'est la vitesse. Cette tranche d'âge pesait 45 % des victimes en 2024. Elle en pèse plus de 70 % en 2025. Dans le même temps, le nombre total de victimes enregistrées par la police et la gendarmerie est passé de 417 300 à 448 300, une hausse de 7 %.

Le pic se situe très précisément entre 20 et 24 ans, avec 9,6 victimes pour 1 000 habitants, contre 9 l'année précédente. La tranche d'âge la plus à l'aise avec les outils numériques est aussi celle qui se fait le plus escroquer, ce qui contredit frontalement l'idée reçue selon laquelle la maîtrise technique protégerait.

Qui sont les victimes d'escroquerie et de fraude aux moyens de paiement
Indicateur20242025
Victimes enregistrées417 300448 300
Part des 18-44 ans45 %plus de 70 %
Pic, tranche 20-24 ans9 pour 1 0009,6 pour 1 000
Escroqueries liées au numérique50 %53 %
Part des entreprises et administrations—8 %

Pourquoi l'aisance numérique ne protège pas

L'explication tient moins à la naïveté qu'à l'exposition. Plus de la moitié des escroqueries recensées sont désormais liées au numérique, contre 31 % en 2016. Or l'intensité d'usage des canaux concernés suit exactement la pyramide des âges inversée.

  • Le volume de transactions : achats en ligne quotidiens, abonnements multiples, paiements entre particuliers. Chaque opération est une occasion supplémentaire d'être ciblé.
  • Les plateformes de revente : les sites de vente entre particuliers affichent l'un des taux de fraude les plus élevés du commerce en ligne, à 0,114 %, et leur audience est très jeune.
  • La vitesse d'exécution : un paiement validé en trois secondes sur un téléphone laisse moins de place au doute qu'un virement rempli à la main.
  • La confiance dans l'interface : un message frauduleux qui s'affiche dans le fil de discussion habituel de sa banque emporte l'adhésion, précisément parce que l'utilisateur est habitué au canal.

À l'inverse, la part des entreprises, administrations et collectivités parmi les victimes s'est effondrée, à 8 % en 2025 contre 16 % en 2016. Les organisations se sont dotées de procédures de contrôle, pas les particuliers.

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Un phénomène très largement sous-déclaré

Les chiffres ci-dessus ne montrent que la partie visible. Selon une enquête de victimation du service statistique du ministère de l'Intérieur, un peu plus d'une victime d'escroquerie sur dix porte plainte.

La plateforme Perceval de la gendarmerie, dédiée aux fraudes à la carte bancaire sur internet, illustre parfaitement le biais. Elle a recueilli 206 902 signalements en 2025, en recul de 9 %. Surtout, la comparaison des montants révèle un tri implicite : le montant moyen d'une transaction frauduleuse s'établit à 60 € dans les statistiques bancaires, contre 178 € dans les signalements Perceval. Autrement dit, les petites fraudes ne sont presque jamais déclarées.

Pourquoi signaler même 20 € : un signalement Perceval couvre en moyenne 3,49 transactions issues des mêmes données de carte usurpées. C'est ce recoupement qui permet aux enquêteurs de relier des victimes entre elles et de remonter aux réseaux. Un débit isolé de 15 € n'est jamais isolé du point de vue du fraudeur.

Les gestes qui font la différence à 25 ans

Les réflexes de protection ne dépendent pas de l'âge, mais leur application concrète, si. Quatre réglages traitent l'essentiel du risque pour un usage intensif du paiement en ligne.

  1. Cloisonnez les achats en ligne : une carte bancaire virtuelle génère un numéro à usage unique, sans valeur pour un fraudeur en cas de fuite de données chez le marchand.
  2. Baissez le plafond par défaut : le plafond de paiement se relève ponctuellement depuis l'application pour un achat important, puis se remet en place.
  3. Refusez la sortie de plateforme : sur un site de vente entre particuliers, toute proposition de payer ailleurs, par lien ou par virement direct, est un signal d'alerte, quel que soit le prétexte invoqué.
  4. Ne communiquez jamais un code reçu par message : ce code valide une opération sortante, il ne confirme jamais la réception d'un paiement.

Pour un premier compte, ces arbitrages se posent dès l'ouverture. Les offres dédiées aux jeunes actifs et aux étudiants diffèrent sensiblement sur la finesse des réglages de sécurité, souvent plus que sur les tarifs affichés. Une carte à autorisation systématique limite mécaniquement le préjudice possible.

Carte piratée : obtenir le remboursement La procédure, les délais légaux et les refus que votre banque ne peut pas vous opposer.

Réagir vite compte plus que réagir bien

En cas de débit non reconnu, la chronologie prime sur la qualité du dossier. La mise en opposition met immédiatement fin à votre responsabilité pour les opérations suivantes, ce qui suffit souvent à arrêter la série de débits qui accompagne presque toujours le premier essai.

Le signalement des fraudes à la carte sur internet passe ensuite par la plateforme Perceval, et les autres cas d'escroquerie en ligne par la plateforme Thésée, qui a recensé 55 300 dépôts de plainte en 2025. Ces démarches ne conditionnent pas le remboursement : une banque ne peut pas exiger un dépôt de plainte comme préalable à l'instruction de votre demande. Si la réponse ne vient pas ou ne convient pas, le médiateur bancaire est saisissable gratuitement, et le comparatif des banques permet de mesurer ce que vaut réellement le service client de la vôtre.