Une baisse continue, et loin d'être terminée

Le mouvement dure depuis cinq exercices consécutifs. Sur l'ensemble des opérations réalisées avec une carte bancaire émise en France, le taux de fraude global atteint 0,047 %, son plus bas niveau historique. Rapporté aux volumes, cela représente 475 millions d'euros dérobés sur 1 005 milliards d'euros de transactions.

Le paiement en ligne concentre toujours 70 % de cette fraude pour seulement 27 % des montants dépensés, mais l'écart se resserre année après année. Trois leviers expliquent la trajectoire.

  • La généralisation de l'authentification forte : validation par empreinte, code ou reconnaissance faciale dans l'application bancaire, imposée par la directive européenne sur les services de paiement.
  • Le recul des paiements non authentifiés : les opérations qui échappent au protocole 3-D Secure ont chuté de 22 % en un an, sous l'effet d'un plan de sécurisation piloté par la Banque de France.
  • L'encadrement des paiements récurrents : les prélèvements par carte déclenchés par les commerçants, typiques des abonnements, voient leur taux de fraude reculer de 21 %.

Trois secteurs restent nettement au-dessus de la moyenne

La moyenne nationale des paiements à distance s'établit à 0,072 %. Trois catégories de marchands s'en écartent franchement, et ce sont elles qui concentrent le risque résiduel pour les acheteurs.

Taux de fraude par secteur sur les paiements à distance en France (2025)
Secteur d'achatTaux de fraudeÉcart à la moyenne
Produits techniques et culturels0,156 %x 2,2
Vente entre particuliers, recharge de compte0,114 %x 1,6
Jeux et paris en ligne0,096 %x 1,3
Téléphonie et communication0,093 %x 1,3
Moyenne, tous secteurs0,072 %référence
Assurance0,035 %− 51 %

L'informatique, la hi-fi, la photo et l'électroménager forment de loin la catégorie la plus attaquée, avec un taux de 0,156 %. La logique est purement économique : ces produits sont chers, immédiatement revendables et faciles à écouler. Rapporté au nombre d'opérations, l'écart est encore plus net, avec 1,2 transaction frauduleuse pour mille achats, un record tous secteurs confondus.

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Le cas particulier des plateformes entre particuliers

La deuxième catégorie la plus exposée mérite une lecture différente. Elle regroupe les sites de vente entre particuliers et les services de rechargement de compte, avec un taux de 0,114 %. Ici, la carte volée ne sert pas à acheter : elle sert à déplacer de l'argent.

Le schéma est connu des enquêteurs. Un numéro de carte usurpé alimente un compte sur une plateforme, puis les fonds ressortent vers un autre compte, dilués et difficiles à tracer. Ce canal fonctionne comme une chambre de compensation pour la délinquance financière, ce qui explique un taux durablement élevé malgré les contrôles.

Pour l'acheteur ou le vendeur particulier, la vigilance porte moins sur le site lui-même que sur les tentatives de sortie de plateforme.

  • Un acheteur qui propose de payer hors du site : le prétexte des frais de commission est le classique absolu de l'escroquerie aux petites annonces.
  • Un lien de paiement envoyé par message : les plateformes légitimes ne demandent jamais de saisir ses coordonnées bancaires via un lien reçu par SMS.
  • Une demande de code reçu par SMS : ce code valide une opération, il ne confirme jamais une réception de fonds.

Ce qui protège réellement au moment de payer

Le rapport identifie un facteur discriminant plus puissant que le secteur d'achat lui-même : la présence ou non d'une authentification. Les paiements qui n'utilisent ni le protocole 3-D Secure ni l'authentification forte affichent un taux de 0,13 %, soit deux fois celui des autres canaux.

Trois réglages, disponibles chez la quasi-totalité des établissements, réduisent l'exposition sans compliquer les achats du quotidien.

  1. Activez la carte virtuelle pour les sites inconnus : la carte bancaire virtuelle génère un numéro à usage unique, inutilisable si le marchand se fait pirater. Plusieurs banques la proposent sans supplément.
  2. Refusez l'enregistrement de la carte chez le marchand : l'Observatoire recommande explicitement de réserver cette facilité aux sites dont la fiabilité est établie.
  3. Ajustez vos plafonds à la baisse : le plafond de paiement en ligne se règle en général depuis l'application, et se relève ponctuellement pour un achat important.

Enfin, une carte à autorisation systématique limite structurellement le préjudice, puisque chaque opération vérifie le solde disponible. Le vrai bouclier reste toutefois la rapidité de réaction : une opposition posée dans l'heure coupe court à la série de débits qui suit presque toujours le premier essai.

Carte bancaire piratée : la marche à suivre Opposition, contestation, délais de remboursement : le guide complet des démarches.

Un débit frauduleux se conteste, même sans plainte

La baisse du taux de fraude ne change rien à vos droits en cas d'incident. Une opération que vous n'avez pas autorisée et qui n'a pas fait l'objet d'une authentification forte doit être remboursée sans délai par la banque, et la négligence, même grave, ne peut pas lui être opposée dans ce cas de figure.

Un point mérite d'être connu, car il est régulièrement contourné en agence : le dépôt de plainte ne peut pas être exigé comme préalable au traitement de votre demande de remboursement. Le signalement des fraudes à la carte sur internet se fait par ailleurs en ligne sur la plateforme Perceval de la gendarmerie, une démarche distincte et complémentaire. Faute de réponse satisfaisante, le médiateur bancaire peut être saisi gratuitement pendant un an. Et si les frais bancaires ou la qualité du service client finissent par peser, le comparatif des banques reste le meilleur moyen de mesurer l'écart avec la concurrence.